Politique : Un vide institutionnel total, en 2022, en Haïti, prévient le Mouvement paysan de Papaye

Hinche (Haïti), 30 déc. 2021 [AlterPresse] --- La république d’Haiti entrera, en 2022, dans un « vide institutionnel total », avertit le coordonnateur du Mouvement paysan de Papaye / Hinche (Mpp), Chavannes Jean-Baptiste, dans une interview accordée à l’agence en ligne AlterPresse.

« Le 7 février 2022 est la date que l’ancien président Jovenel Moïse avait fixée, de manière inconstitutionnelle, pour la fin de son mandat. Le mandat d’Ariel Henry, qui a été nommé par Jovenel Moïse, ne saurait, automatiquement, aller au-delà de celui que Jovenel Moïse avait fixé lui-même », argumente le Mpp.

Ariel Henry a été nommé, le 5 juillet 2021, premier ministre par le président de facto Jovenel Moïse, assassiné 2 jours après, soit le mercredi 7 juillet 2021.

Sa mission consistait à « former un gouvernement d’ouverture, incluant les forces vives de la nation, résoudre le problème criant de l’insécurité et accompagner le Conseil électoral provisoire (Cep) pour la réalisation des élections générales et du référendum », selon un tweet de Jovenel Moïse.

Loin de remplir ce rôle, Ariel Henry, également chef du Conseil supérieur de la police nationale (Cspn), fait pâle figure.

Sous sa direction, le pays connait actuellement une recrudescence des actes de criminalité, dont le kidnapping sans précédent.

Aucune disposition réelle ne semble être mise en œuvre pour l’organisation d’élections crédibles et honnêtes. D’autant plus, le contexte délétère ne s’y prête pas.

« Le tiers du sénat, qui est encore là, va certainement clamer la fin de son mandat pour le 7 février 2023, mais Baton ki bat chen nwa a se li k ap bat chen blan an (le même sort lui est réservé, ndlr), le mandat des sénateurs prendra fin le deuxième lundi du mois de janvier 2022 », soutient le Mpp.

Seuls 10 sénateurs sont encore en fonction.

Leur mandat devrait expirer le deuxième lundi de janvier 2022. Cette position est rejetée par le président du sénat de la république, Joseph Lambert, qui fixe le départ des sénateurs restants le deuxième lundi de janvier 2023.

Ce tiers du sénat est entré en fonction, immédiatement après la fin du mandat du tiers sortant, soit en janvier 2017, justifie Joseph Lambert, rappelant combien les sénateurs sont élus pour six ans.

Le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (Cspj) avait invité Jovenel Moïse à appliquer l’article 134-2 de la Constitution pour lui-même, comme il l’avait appliqué, au cours de l’année 2020, pour la chambre des députés et un tiers des sénateurs.

« Ce lundi 13 janvier 2020 ramène la fin de la 50e législature. Nous constatons la caducité du parlement et nous prenons acte de ce vide institutionnel, occasionné par le départ de la chambre des députés et des 2/3 du sénat », avait déclaré le président contesté d’alors Jovenel Moïse, dans un tweet, rendu public, à minuit, le lundi 13 janvier 2020, sur son compte Twitter.

Le mandat de Jovenel Moïse devait arriver à terme le 7 février 2021, avaient insisté le Cspj, le barreau des avocates et avocats de Port-au-Prince ainsi que diverses institutions sociales et politiques.

Ils avaient évoqué l’article 134.2 de la Constitution du 29 mars 1987.

« L’élection présidentielle a lieu le dernier dimanche d’octobre de la cinquième année du mandat présidentiel. Le président élu entre en fonction le 7 février, suivant la date de son élection. Au cas où le scrutin ne peut avoir lieu avant le 7 février, le président élu entre en fonction immédiatement après la validation du scrutin et son mandat est censé avoir commencé le 7 février de l’année de l’élection », stipule cet article.

Vives inquiétudes face à la crise politique

La population est très inquiète par rapport à la situation de crise politique, qui persiste, même après l’assassinat, le mercredi 7 juillet 2021, de l’ancien président de facto, Jovenel Moïse.

Beaucoup craignent une exacerbation de cette crise après le 7 février 2022.

Le Mouvement paysan de Papaye souhaite que les protagonistes de l’accord du 30 août 2021 puissent trouver un accord, pour pouvoir monter un gouvernement de transition qui divorcerait avec le régime du Parti haïtien tèt kale (Phtk).

Le Mpp déclare s’opposer à la logique de plusieurs autres organisations politiques, qui recommandent de fusionner les principaux accords. [mj emb rc apr 30/12/2021 11:00]