Haïti/États-Unis : Plainte contre l’administration Biden pour les atrocités commises envers des milliers de demandeurs d’asile haïtiens

P-au-P, 23 déc. 2021 [AlterPresse] — Haitian Bridge Alliance, Justice Action Center, Innovation Law Lab et 11 demandeurs d’asile haïtiens ont intenté, le mercredi 22 décembre 2021, une action en justice contre l’administration du président américain Joseph Robinette Biden dit Joe Biden, pour les violations des droits de milliers de demandeuses et demandeurs d’asile haïtiens, qui étaient détenus dans un campement à Del Rio, au Texas, à la mi-septembre 2021, dans une prise de position conjointe dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

A travers leur plainte, ces organisations ont mentionné des violences physiques, de la discrimination raciale envers ces réfugiés, le refus de leur fournir des produits de première nécessité et des traitements médicaux, ainsi que l’absence totale de traitement des demandes d’asile.

Les organisations plaignantes demandent non seulement des comptes pour les abus racistes du gouvernement Biden à Del Rio, mais aussi le retour des milliers d’Haïtiennes et d’Haïtiens, expulsés par l’administration Biden du campement de Del Rio depuis septembre 2021, afin qu’ils puissent poursuivre leurs demandes d’asile aux États-Unis d’Amérique.

Les avocates et avocats en charge de cette affaire sont Nicole Phillips de Haitian Bridge Alliance, Jane Bentrott, Daniel Tully, Karen Tumlin, Esther Sung, Lauren Wilfong de Justice Action Center, Tess Hellgren et Stephen Manning de Innovation Law Lab.

L’action en justice souligne également le caractère illégal de la politique du Titre 42, invoquée par l’administration Trump et adoptée par le président Biden, qui utilise la pandémie de Covid-19 (le nouveau coronavirus) comme prétexte pour fermer la frontière aux demandeuses et demandeurs d’asile, lit-on dans la prise de position conjointe.

Ont été refusés des produits de première nécessité, tels qu’un abri et des soins médicaux, à des mères avec des nouveaux-nés, ainsi que rien à manger à des enfants ou seulement du pain, rapporte la cofondatrice et directrice exécutive de Haitian Bridge Alliance, Guerline Jozef, citant les témoignages enregistrés dans le campement de Del Rio.

Elle a aussi évoqué la dérision et la discrimination flagrantes des autorités américaines envers les demandeuses et demandeurs d’asile.

« Le monde a regardé les demandeuses et demandeurs d’asile noirs être maltraités et déshumanisés par des hommes à cheval. En tant que femme noire haïtienne-américaine, descendante de personnes réduites en esclavage dans les Amériques, je ne peux pas dissocier ce traitement des personnes de couleur noire, à Del Rio, du traitement historique des personnes de couleur noire aux États-Unis ».

Elle condamne le mépris et les préjugés anti-noirs, avec lesquels le gouvernement américain a traité les demandeurs d’asile et réfugiés, en les expulsant sommairement, sans aucune procédure régulière, au lieu de leur offrir la protection légale prévue par la loi.

« Le monde a été témoin du traitement abusif, auquel nos plaignantes et plaignants et d’autres personnes ont été confrontés à Del Rio – à ce jour, il n’y a eu aucune responsabilité », a déclaré, pour sa part, Karen Tumlin, fondatrice et directrice de Justice Action Center.

Cette action en justice constitue une manière de dire non à la suprématie blanche dans le système d’immigration, non à la violence, à la discrimination, à l’expulsion et à la cruauté, souligne Tess Hellgren, directrice juridique adjointe d’Innovation Law Lab.

Du dimanche 19 septembre à fin novembre 2021, plus de 12 mille migrantes et migrants ont été rapatriés des États-Unis d’Amérique dans des conditions infrahumaines, avait indiqué le Service Jésuite aux migrants (Sjm).

Parmi ces migrants, 25% sont des femmes, alors que 9% sont des enfants, avait précisé le Sjm.

Dans un document en date du 16 décembre 2021, l’organisation Amnesty International, le Center for Gender & Refugee Studies, la Haitian Bridge Alliance, la Clinique pour la justice mondiale de la Faculté de droit de l’Université de New York, Refugees International, Rezo Fwotalye Jano Siksè, le Sjm, et la plateforme Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés (Garr) ont appelé les États-Unis à mettre un terme aux expulsions des Haïtiennes et Haïtiens. [emb rc apr 23/12/2021 12:20]

Photo : Capture d’écran