Culture : Nawè n, une exposition-photos pour découvrir quatre lauréats du fonds pour la photographie émergente en Haïti

Par Marlyne Jean

P-au-P., 09 déc. 2021 [AlterPresse] --- Les quatre premiers lauréats du Fonds pour la photographie émergente en Haïti (Fpeh), lancé par la Fondasyon Konesans ak libète (Fokal), en 2018, ont présenté, le jeudi 9 décembre 2021, à la Maison Dufort, à l’avenue Lamartinière, plus connue sous le nom de Bois Verna (centre-ville de Port-au-Prince), leurs œuvres, à travers une exposition collective baptisée « Nawè n », a observé l’agence en ligne AlterPresse.

Il s’agit des photographes Fabienne Douce (photo logo), Josué Azor, Georges Harry Rouzier et Paulson Difficile, qui ont réalisé leurs travaux, entre 2018 et 2020, à travers le pays.

« L’exposition vise à leur donner de la visibilité et permettre au public de les découvrir, et intéresser d’autres jeunes à participer au Fonds, qui va bientôt être relancé », indique Maude Malengrez, coordonnatrice du programme média de la Fokal.

Fabienne Douce a mis en lumière une lutte traditionnelle à main nue, originaire de Jérémie (Grande Anse, une partie du Sud-Ouest d’Haïti), dénommée « le Pingue » et sa migration à Port-au-Prince, réalisée dans le cadre d’un travail anthropologique.

« Le Pingue est un autre aspect du rara (groupe musical traditionnel). C’est une lutte sans violence, où deux bandes de rara soutiennent, chacun, un joueur. Dans l’espace, les joueurs avancent, chacun, sur la cadence de la musique vers son adversaire. Ils cherchent à attraper avec les mains leur adversaire, pour pouvoir le forcer à mettre un genou par terre ou le renverser totalement, selon le pari qui a été fait », explique la photographe, qui intervenait par visioconférence.

Cette danse de lutte traditionnelle est plus pratiquée lors des périodes pascales, notamment dans la zone Nan Beny, à Carrefour Feuilles (banlieue sud-est de Port-au-Prince), au Parc Sainte-Thérèse à Pétionville et à Jérémie, poursuit-elle.

Josué Azor est l’auteur des ‘’Noctambules’’, des prises d’images réalisées à la tombée de la nuit, pour présenter la vie nocturne dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince.

Azor a photographié les fêtes nocturnes dénommées « Underground, (anba anba, en Créole haïtien), où des membres de la communauté Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transsexuels, Queers (Lgbtq) s’exposent, se détendent sans contrainte et « vivent leur liberté ».

Très attaché à la liberté d’expression, Josué Azor tient à dépeindre la réalité haïtienne, en apportant sa part dans la mémoire collective.

Le photographe affirme avoir parcouru, la nuit tombée, des rues du centre-ville de Port-au-Prince, dont Grand-Rue, Bel Air, le quartier de Canapé Vert et Pétionville, dans une période où la situation sécuritaire était moins grave.

Georges Harry Rouzier est l’auteur de « l’Ile Enchantée ». Il cherche, à travers son œuvre, à analyser le fonctionnement de la société haïtienne, du point du vue politique, sociétal et économique, à travers différents styles de musique.

Les rythmes musicaux en Haïti sont associés à des groupes sociaux différents, constate-t-il.

« Le compas cible beaucoup plus la bourgeoisie et la classe politique, et exige une voiture privée comme moyen de transport. Les soirées-compas sont organisées dans des endroits luxueux et, lorsqu’elles sont à des prix réduits, elles sont subventionnées.

Le vodou est réservé aux endroits reculés et à la paysannerie, alors qu’il est la tendance la plus vendue à travers le monde. Le Rabòday est considéré comme réservée à la classe ouvrière, car les auteurs sont peu connus et peinent à vivre de leurs œuvres, et autres ».

Paulson Difficile a réalisé le projet Ayiti Islam, pour exposer la pratique de la religion musulmane en Haïti, à travers plusieurs départements du pays.

Par ce travail, le photographe Difficile montre combien les jeunes Haïtiens adoptent l’Islam, dans plusieurs départements géographiques du pays, sans se soucier des critiques à leur égard.

« Dans les villes de province, les personnes aiment l’Islam, parce qu’elles apprennent des choses dans une langue nouvelle. Les adeptes admirent la discipline qu’inspire cette religion », explique-t-il.

Paulson Difficile a voulu mettre en exergue ce phénomène, qui prend de l’ampleur de manière inaperçue, pour éviter un choc à la société. [mj apr 09/12/2021 16:18]