Genre : Entre régression et déception, dans la lutte contre les violences faites aux femmes et filles en Haïti

Par Daphnine Joseph

P-au-P, 25 novembre 2021 [AlterPresse] --- La crise politique, jointe à la criminalité grandissante, laisse planer de profonds doutes sur les acquis de la lutte contre les violences faites aux femmes et filles en Haïti, depuis des décennies, selon les témoignages recueillis par l’agence en ligne AlterPresse.

Les cas répétitifs de viols, non punis par les autorités judiciaires, marquent les mémoires, à l’occasion du 25 novembre 2021, journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes.

« Orangez le monde : mettre fin, dès maintenant, à la violence à l’égard des femmes ! » est le thème retenu, cette année 2021, par l’Organisation des Nations unies (Onu).

Une certaine régression dans la lutte contre les violences faites aux femmes semble être observée, dans les quartiers défavorisés en Haïti, par beaucoup de femmes assoiffées de justice.

La responsable de programme au Réseau National de défense de droits humains (Rnddh), Marie-Rosie Auguste Ducénat, met l’emphase sur la nécessité d’une politique spécifique pour protéger les femmes et les filles en Haïti.

Des chiffres alarmants

De 2018 à 2021, 33 cas de viols collectifs sur des femmes et des filles ont été enregistrés (des informations sous évaluées), au cours de 13 attaques perpétrées, par des gangs armés, dans les quartiers défavorisés du département de l’Ouest, relève Marie-Rosie Auguste Ducénat.

Entre 2017 et 2018, 36 individus ont ete condamnes pour crimes sexuels, dans 10 juridictions en Haïti. Entre 2016 et 2017, 31 personnes ont été condamnées pour crimes sexuels, dans 11 juridictions de première instance.

Entre 2018 à 2019, 78 personnes ont répondu de leurs crimes, dans les 18 juridictions du pays. Ce qui est considéré, par la juriste Auguste Ducénat, comme une période exceptionnelle, durant laquelle il y a eu au moins une séance, pour un cas de viol, dans toutes les juridictions du pays.

Ensuite, les jugements ont chuté considérablement : seulement 18 personnes ont été mises derrières les barreaux, puis 12, entre 2020 et 2021.

« Au fil des années, les autorités étatiques ont eu moins d’intérêt pour réprimander les actes de violences à l’égard des femmes et des filles dans le pays. De l’année 2018 à date (2021), aucune personne impliquée dans les 13 massacres, signalés par le Rnddh, n’a été condamnée pour crimes sexuels ».

L’extension des groupes criminels armés dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince coïncide avec une accentuation des violations des droits de la femme, qui deviennent de plus en plus alarmantes.

A Martissant (dans la periphérie sud de Port-au-Prince), des femmes ont été violées en plein air et en plein jour, par des bandits armés sur la route nationale No. 2, au vu de passantes et passants, rapporte Marie Rosie Auguste Ducénat, citant diverses sources.

« Il faut qu’l y ait des accompagnements spécifiques et des sessions de formation spécifiques pour les femmes, ainsi qu’une politique spécifique devant combattre tout acte de violence sur des femmes dans le pays », plaide-t-elle.

Déception des organisations féministes

Sidérée face à la crise multidimensionnelle, qui aggrave les cas de violences faites aux femmes et aux filles, l’organisation féministe Solidarite fanm ayisyèn (Sofa) décide de ne pas organiser d’activités spéciales, à l’occasion du 25 novembre 2021, journée internationale pour l’élimination de la violence faite aux femmes et aux filles.

La communauté internationale n’a jamais pris en compte les propositions des féministes haïtiennes, ni celles des actrices et acteurs de société civile, déplore ;a coordonnatrice de la Sofa, Sabine Lamour.

La Sofa souligne combien certaines actions insidieuses des organisations internationales en Haïti entrainent de graves répercussions sur les femmes.

« Les violences à l’égard des femmes, entre 2018 et 2021, ont pris une grande ampleur au sein de la société haïtienne. Elles remettent en question tout le combat des féministes haïtiennes durant des décennies », regrette-elle.

Des initiatives pour accompagner et sensibiliser sur les violences faites aux femmes et aux filles

Malgré le contexte actuel de violences armées, d’autres organisations féministes ont un agenda assez élaboré, pour marquer les 16 jours d’activisme (du jeudi 25 novembre au vendredi 10 décembre 2021) contre les violences basées sur le genre.

La fondation Toya oriente ses activités vers les départements de la Grande Anse (une partie du Sud-Ouest d’Haïti) et du Sud, pour accompagner les femmes, qui ont été rudement frappées dans le tremblement de terre du samedi 14 août 2021, surtout en ce qui concerne la santé sexuelle et reproductive.

La structure Toya compte en profiter pour promouvoir une application mobile, Alo Toya, pour prévenir les violences faites aux femmes et aux filles en Haïti.

Dans le département du Sud-Est, dont la ville de Jacmel (principale ville en importance économique dans ce département), l’organisation Fanm Deside organise des activités de sensibilisation, à travers des conférences-débats, causeries, projections et expositions.

Entre-temps, avec un nouveau gouvernement de facto, installé à la tête du pays, dans la soirée du mercredi 24 novembre 2021, quel sera l’avenir judiciaire des dossiers de plusieurs femmes victimes de violences en Haïti ? [dj emb rc apr 25/11/2021 15:30]