Haïti : Levoy Exil ou « l’automne d’un patriarche »

Par Roody Edmé*

Soumis à AlterPresse le 12 octobre 2021

Le cinéaste Arnold Antonin poursuit inlassablement son précieux travail « d’immortaliser » sur pellicule les grandes figures de l’histoire et de la culture haïtienne. Dans un pays ou les archives sont souvent mal tenues et où la transmission du savoir culturel n’est pas assurée d’une génération à l’autre, un tel travail mérite d’être salué.

Le jeune Haïtien moyen connaît très peu sur nos écrivains et artistes contemporains. Dans la majorité de nos institutions académiques, on citera très peu ou pas du tout la contribution de grands metteurs en scène comme Hervé Denis et François Latour pour illustrer un cours sur le théâtre. On mentionnera le nom du journaliste Jean Dominique dans quelques médias le 3 avril de chaque année, sans plus. Son immense œuvre radiophonique reste inconnue des jeunes qui sont dans la tranche d’âge des 25-30 ans. Heureusement qu’il y a le film de l’Américain Jonathan Demme et l’imposant travail d’archivage de Duke University.

Le Ministère de l’Éducation et celui de la Culture devraient protéger et recommander dans les institutions culturelles et académiques l’ensemble des documentaires d’Arnold Antonin, le « veilleur de patrimoine ». Inlassablement avec le soutien de quelques fondations qui ne lui ont jamais marchandé leur concours, il a porté à l’écran le travail de nos meilleurs artistes et écrivains. Ce serait un grand dommage pour le système éducatif haïtien, spécialement dans le cadre du secondaire rénové, de ne pas recueillir et conserver de si précieux documentaires.

Le dernier film d’Arnold Antonin porte justement sur l’un des patriarches du mouvement « Saint Soleil » : Levoy Exil. Un artiste-philosophe qui puise son inspiration dans le vaudou. Le public découvre les connaissances profondes du peintre sur la mythologie vaudou. Tout un univers de corps célestes et de couleurs vives dans leurs significations profondes. On découvre aussi comment l’artiste parvient à entrer en « communication » avec les esprits et de produire sous leur dictée. Son œuvre est une sorte de fine passerelle entre le réel et l’imaginaire qui plairait aux créateurs du « réalisme merveilleux haïtien » et du « réalisme magique latino-américain ».

* Enseignant, éditorialiste

Photo : tableau de Levoy Exil mis en ligne sur son compte FB