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Haïti : Accord d’Ariel Henry ou Consolidation du règne de la terreur


jeudi 23 septembre 2021

Par le Regroupement des Haïtiens de Montréal Contre l’Occupation d’Haïti (Rehmonco)

Soumis à AlterPresse le 22 septembre 2021

Depuis plusieurs années, les contestations populaires ont mis en échec la stabilisation du règne de la terreur dans le pays. L’autocrate Jovenel Moise a essayé de mettre tout en œuvre pour atteindre son objectif. Après avoir remobilisé les forces armées, en 2018, il a complètement domestiqué la police nationale, qui est devenue purement et simplement un escadron de la mort, ayant pour objectifs d’écraser toutes formes de revendications des classes opprimées et des opposants politiques.

Son action ne se limitait pas seulement au niveau institutionnel, il s’est servi également des forces informelles, dont les gangs armés, pour installer une ambiance de terreur dans le pays. Appuyés par plusieurs organismes internationaux dont l’Organisation des Nations unies (Onu) et la Banque interaméricaine de développement (Bid) [1] , ces gangs se sont fédérés sous le leadership de l’agence gouvernementale « Commission nationale de désarmement, démantèlement et réinsertion (Cnddr) », en 2019 [2].

En se basant sur cette structure répressive, l’autocrate président s’est lancé dans de grands sentiers pour consolider l’ordre de la terreur dans le pays. Le 7 février 2021, il s’autoproclamait président, après la fin de son mandat, en visant doter le pays d’une nouvelle Constitution, alors qu’il s’est approprié des pouvoirs judiciaires et législatifs. En devenant tout puissant sur l’échiquier politique, il s’est révélé, parallèlement, encombrant pour ses tuteurs locaux et internationaux. Si la bourgeoisie haïtienne soutient son programme de consolidation du pouvoir par la terreur, l’imprévisibilité du personnage fait de moins en moins l’unanimité, puisqu’elle crée une ambiance, empêchant l’application des directives de ses tuteurs locaux et internationaux.

Dans un contexte de querelles de fractions au sein du régime du Parti haïtien tèt kale (Phtk), l’autocrate Jovenel Moise a été mystérieusement assassiné, le 7 juillet 2021, dans l’intimité de sa résidence, sans la moindre intervention de ses agents de sécurité. Sa disparition ne signifie pas, pour autant, la fin de sa politique, dans la mesure où elle ne venait pas seulement de lui. C’était également la politique d’une équipe au pouvoir. Il en est de même de la mise en œuvre des politiques néolibérales, qui n’ont pas été une particularité des régimes militaires putschistes. Elle a été menée également par tous les gouvernements successifs, y compris le régime lavalas, en dépit du maquillage populiste de leur discours. Elle demeure l’unique orientation des politiques publiques du pays.

L’agenda de Jovenel Moise s’inscrivait dans la vision des classes dominantes haïtiennes et de l’impérialisme étasunien. C’est la raison pour laquelle les pays du Core group se sont empressés de sélectionner la meilleure marionnette pour continuer le programme. Dans ce contexte, l’ancien ministre de l’intérieur du régime Phtk, Ariel Henry, soupçonné dans l’assassinat de Jovenel Moise, a été imposé à la société haïtienne, en dépit des initiatives de la société civile visant à reformer la gouvernance du pays.

Soulignons que cette ingérence agressive s’intensifie dans un contexte, où le Grand Sud vient d’être vivement éprouvé par un séisme de magnitude 7.2. Le bilan est passé à 2,207 morts, 12,268 blessés et plus de 300 disparus. Les infrastructures urbaines et agricoles de trois départements (Sud, Grande Anse et Nippes / Sud-Ouest d’Haïti) sont considérablement endommagées. L’ampleur du désastre s’est accentuée avec l’orientation néocoloniale de l’État haïtien, fonctionnant comme un organisme étranger à la nation. Complètement assujetti à l’impérialisme, les politiques publiques de l’État sont généralement dictées par les organismes internationaux, dont le Fonds monétaire international (Fmi) et la Banque mondiale. Elles ne sont pas définies en fonction des besoins des populations urbaines et rurales du pays. Cette mainmise s’est révélée un facteur déterminant de la grande vulnérabilité du territoire aux intempéries. Les moindres secousses sismiques et activités cycloniques se transforment en catastrophe sociale. En dépit de ce bilan néfaste, la mainmise internationale sur le pays tend de plus en plus à se renforcer.

C’est ce qui explique l’empressement des puissances impérialistes, aujourd’hui, à désigner non seulement le premier ministre, mais également à décider de l’orientation de la transition politique, après la disparition de l’encombrant président Jovenel Moise. Cet empressement témoigne de la volonté des puissances tutrices, dont les États-Unis d’Amérique, en première ligne, à mettre hors de la scène politique les tenants des mouvements sociaux, qui ont, en grande partie, résisté à l’application de l’agenda des gouvernements de Jovenel Moise. L’enjeu consiste à éviter tout changement structurel dans la gouvernance du pays, lors de la période de transition.

Par ailleurs, le discours sur la création d’un gouvernement de consensus ne change rien dans cet objectif, dans la mesure où le Core group tient à faire de sa nouvelle marionnette, Ariel Henry, l’incarnation du prétendu consensus. Le mode opératoire consiste à ramener au gouvernement certains anciens opposants, fatigués de rester en dehors de la sphère du pouvoir. De ce fait, plusieurs leaders de regroupements de droite, communément appelé Secteur démocratique, ne se sont pas fait prier pour rejoindre le premier ministre de facto. C’est le cas également du parti politique « Fusion », abusivement appelé « socio-démocrate ». Ils ont signé un accord avec le parti au pouvoir (Phtk) pour diriger la transition, conformément aux attentes du Core group et des classes dominantes haïtiennes. Ils s’entendent à appliquer le même programme du président autocrate Jovenel Moise.

La reprise des pratiques de kidnapping contre rançon des gangs fédérés n’est pas en dehors de la démarche de légitimation du gouvernement d’Ariel Henry. Jovenel Moise s’est servi, tout au long de sa présidence, de la terreur pour garder le pouvoir et essayer de réduire au silence ses opposants politiques. Pour garantir le maintien du statu quo, le prétendu gouvernement de consensus d’Ariel Henry a déjà pris le même chemin. D’ailleurs, le premier a toujours été bien vu par les tenants des gangs fédérés, dont le principal leader « Barbecue ». Il saura à quel moment instrumentaliser l’insécurité, pour consolider son régime de terreur.

Dans ce contexte de crise sociale aiguë, le Regroupement des Haïtiens de Montréal Contre l’Occupation d’Haïti (Rehmonco) encourage les travailleuses et travailleurs, et les autres groupes opprimés à reprendre la lutte et les différentes formes de mobilisations contre la bourgeoisie compradore haïtienne, alliée naturelle de l’impérialisme étasunien. C’est dans ce processus de lutte que nous pouvons construire la force sociale, nécessaire, non seulement, à renverser ce régime de terreur, mais également à transformer l’ordre social d’apartheid dans le pays.

Notons, pour terminer, que l’initiative de trouver un gouvernement de transition de rupture à la situation actuelle relève d’une volonté de trouver une solution consensuelle, basée sur la souveraineté du peuple haïtien. En ce sens, l’initiative des mouvements sociaux haïtiens doit être encouragée.

Pour authentification,

Renel Exentus,

Ricardo Gustave

Montréal, le 20 septembre 2021

contact : rehmoncohaiti1915@gmail.com