Haïti-Assassinat de Jovenel Moïse : La Dirpod et l’Opl condamnent l’émission de mandats d’amener suspects à l’encontre du dirigeant politique, Paul Denis

P-au-P, 04 août 2021 [AlterPresse] --- L’émission de mandats d’amener suspects à l’encontre de plusieurs personnalités, dont le dirigeant du parti politique Inifòs, dans le cadre de l’assassinat, le 7 février 2021, du président de facto, Jovenel Moïse, constitue des manœuvres de persécution politique, s’insurgent la Direction politique de l’opposition démocratique (Dirpod) et le parti Organisation du peuple en lutte (Opl), dans des notes séparées dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

L’émission de ces mandats d’amener, par le commissaire du gouvernement près le tribunal civil de Port-au-Prince, Me. Bed-Ford Claude, à l’encontre de paisibles citoyens, n’est pas conforme au Code d’instruction criminelle (Cic), estime la Dirpod.

De telles manœuvres viseraient à empêcher que lumière soit faite sur l’assassinat de Jovenel Moïse, fustige-t-elle.

La Dirpod exhorte le commissaire de gouvernement à éviter de poser des actions, qui peuvent détruire davantage la crédibilité du pouvoir judiciaire et nuire à l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse.

De son côté, le parti politique Opl dénonce un acte d’intimidation contre tous les dirigeants politiques, qui luttaient contre les mauvaises pratiques et gestions de l’ancien président de facto Jovenel Moïse.

Par ses agissements, le commissaire de gouvernement près le tribunal civil de Port-au-Prince fait un usage malhonnête de l’appareil judiciaire, blâme l’Opl, qui appelle Me. Bed-Ford Claude à agir dans le cadre de la loi, dans le strict respect de la procédure liée à une enquête criminelle.

Claude a décerné des mandats d’amener à l’encontre de l’homme d’affaires Samir Handal, des dirigeants politiques Paul Denis du parti politique Inifòs, Liné Balthazar du Parti haïtien tèt kale (Phtk) et des pasteurs protestants Gérald Bataille et Gérard Forges.

Une démarche judiciaire choquante, selon Paul Denis

Le coordonnateur national du parti politique Inifòs déclare contester, avec véhémence, l’émission d’un mandat d’amener à son encontre, dans le contexte de l’enquête sur l’assassinat de l’ancien président de facto.

« Cette démarche judiciaire choquante ne repose sur aucun élément factuel. Je ne suis, ni de près, ni de loin, lié à ce crime abject. Associer mon nom à ce dossier porte gravement atteinte à mon honneur et revient à semer la confusion dans une investigation, qui doit être conduite avec impartialité, honnêteté et professionnalisme », déclare l’ancien titulaire du Ministère de la justice.

Paul Denis considère que les éléments, portés à la connaissance du commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, le portant à émettre ce mandat d’amener à son encontre, sont, à l’évidence, le fruit d’une manipulation, dont il appartient à la justice d’identifier les auteurs.

Paul Denis a reconnu avoir rencontré, une seule fois dans sa vie, à Port-au-Prince, en mars 2021, Emmanuel Sanon, l’un des principaux suspects dans l’assassinat de Jovenel Moïse, dans le contexte de la préparation d’une manifestation contre le prolongement du mandat du président d’alors.

Aucun mandat n’a été, par contre, décerné contre le titulaire actuel du Ministère de la justice et de la sécurité publique (Mjsp), Rockefeller Vincent, qui reconnaît également avoir eu des relations de travail avec l’un des accusés dans l’assassinat de Jovenel Moïse, Joseph Badio, lorsqu’il était directeur général de l’Unité de lutte contre la corruption (Ulcc), de janvier à juillet 2020.

Toutefois, Rockefeller Vincent affirme que ce fugitif, activement recherché par l’institution policière, n’a jamais été formellement membre de son cabinet particulier, ni un proche, encore moins un ami.

Par ailleurs, l’Office de la protection de la citoyenne et du citoyen (Opc) salue les efforts de la Direction centrale de la police judiciaire (Dcpj) et du parquet près le tribunal civil de Port-au-Prince, dans le traitement du dossier de l’assassinat de l’ancien président de facto Jovenel Moïse.

Pas moins de 44 personnes, dont 12 policiers nationaux, ont été arrêtés dans le cadre de cette affaire, alors que des avis de recherche sont lancés à l’endroit de plusieurs personnes soupçonnées d’y être impliquées.

Aucun procès criminel d’assassinat spectaculaire n’a eu lieu, durant les 25 dernières années

L’Opc, organisme public de défense des droits humains, déplore le fait qu’aucun procès criminel d’assassinat spectaculaire n’a été réalisé en Haïti, durant les deux dernières décennies, dans une note.

L’Opc relève combien de présumés assassins, quoique identifiés, ne sont jamais poursuivis par la justice.

De plus, certains, arrêtés par la police, ont été libérés par des juges, sans aucune forme de procès, avec soupçon de corruption.

« De 1995 à aujourd’hui, la population haïtienne n’a jamais suivi un grand procès criminel, avec condamnation des accusés coupables à de lourdes peines, qui pourrait servir d’action dissuasive pour les individus voulant commettre des actes répréhensibles au sein de la société ». [emb rc apr 04/08/2021 14:50]