Criminalité : L’organisation Médecins sans frontières (Msf) contrainte de quitter définitivement le quartier de Martissant en Haïti

P-au-P, 02 août 2021 [AlterPresse] --- Après avoir suspendu ses activités pour une semaine, du lundi 28 juin au lundi 5 juillet 2021, l’organisation Médecins sans frontières (Msf) a décidé de suspendre définitivement ses activités, dans le quartier de Martissant, dans la periphérie sud de la capitale, Port-au-Prince, à cause du climat de terreur entretenu par les gangs armés, dans un communiqué, rendu public le 2 août 2021 et consulté par l’agence en ligne AlterPresse.

Cette décision a été prise par Msf, après 15 ans de services fournis à la population de Martissant, où la guerre des gangs perdure depuis le mardi 1er juin 2021.

L’organisation Msf déclare être incapable d’avoir une garantie de sécurité pour son staff, ses patientes et ses patients, à cause de la situation insoutenable qui sévit à Martissant.

Msf desservait environ 300 mille personnes, à travers les services de prise en charge des traumas, des urgences médicales, gynéco-obstétricales, avec un personnel composé de 270 nationaux et 4 expatriés, souligne le communiqué.

Des actions communautaires ont été également portées sur la sensibilisation au Covid-19 (le nouveau coronavirus), aux violences sexuelles, à l’hygiène, à l’asthme, entre autres.

L’organisation Médecins sans frontières affirme poursuivre les discussions, afin de pouvoir relocaliser son centre d’urgence dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, espérant, toutefois, revenir à Martissant.

Elle appelle, donc, les groupes armés en Haïti à respecter la sécurité du personnel de santé, des patientes et des patients, du matériel et des structures médicales.

Les véhicules et les ambulances doivent pouvoir aussi circuler en toute sécurité.

Criminalité grandissante en Haïti

Du 1er au 15 juin 2021, les affrontements entre les gangs armés rivaux à Martissant ont provoqué le déplacement d’environ 10 mille personnes, qui vivent dans des conditions infrahumaines, dans les endroits où elles ont pu trouver refuge, selon un rapport du Centre d’analyse et de recherche en droits humains (Cardh), cité par la Plateforme des organisations haïtiennes des droits humains (Pohdh), dans un bilan publié à la fin du mois de juillet 2021, couvrant la période de janvier à juin 2021.

La Pohdh déplore une criminalité grandissante, caractérisée par la remontée des actes de kidnapping, d’assassinats et de massacres, dans les quartiers populaires en Haïti,

Elle dénonce la prolifération des gangs armés, qui jouissent de l’impunité et de la complicité des autorités étatiques.

Les tribunaux à Port-au-Prince sont quasiment fermés, à cause de la dégradation du climat d’insécurité, alimentée par la multiplication des gangs armés.

Le bilan d’un massacre au Bel Air, perpétré, le 1er avril 2021, par la fédération de gangs armés G9 fanmi ak alye, fait état de 13 personnes assassinées, 5 portées disparues et 4 autres blessées, alors que 22 résidences privées et trois maisons de commerce ont été incendiées, rappelle la Pohdh.

De janvier à mars 2021, 142 cas de kidnapping ont été recensés, selon le Cardh.

De mars à avril 2021, une augmentation de plus de 30% de cas de kidnapping a été observée.

44 personnes ont été assassinées par balles, 7 sont portées disparues, 15 autres ont été blessées et une femme violée, selon un rapport du Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), intitulé : « massacre à Bel Air et à Cité Soleil, sous le regard indifférent des autorités étatiques ».

Dans la nuit du 29 au 30 juin 2021, une fusillade a fait 19 morts, dont une quinzaine de personnes tuées à Delmas et 3 autres personnes abattues, dont le journaliste Diego Charles et la militante Marie Antoinette Duclaire, à la rue Acacia, dans le quartier de Christ-Roi (Port-au-Prince). [mj emb rc apr 02/08/2021 12:10]