Perspectives

Haïti : Les États-Unis chercheraient à privilégier une solution politique à la crise, estime l’historien Georges Michel


mercredi 28 juillet 2021

P-au-P, 28 juill. 2021 [AlterPresse] --- Dans ce contexte d’aggravation de la crise en Haïti, les États-Unis d’Amérique chercheraient plutôt à résoudre la crise de manière politique, analyse l’historien Georges Michel, intervenant à l’émission FwoteLide diffusée sur AlterRadio 106.1 F.m.

Toutes les conditions, ayant engendré la première occupation américaine en Haïti (28 juillet 1915 - 19 août 1934), sont réunies et la situation actuelle est beaucoup plus grave dans le pays, avec la présence des gangs armés, qui ont des revendications politiques, souligne l’historien Georges Michel.

« Ils (les États-Unis) cherchent à résoudre le problème d’Haïti politiquement. Je ne sais pas s’ils vont y arriver. Les Américains n’ont plus envie d’intervenir, parce que cette situation est humiliante pour eux : intervenir, de manière successive, en Haïti, sans apporter de résultat. Ils s’en sortent très laids », a-t-il déclaré.

Le jeudi 22 juillet 2021, l’administration de Joseph Robinette (Joe) Biden a nommé l’ambassadeur Daniel Lewis Foote, membre du service diplomatique supérieur, comme envoyé spécial pour Haïti, avec pour principale mission de collaborer avec les partenaires haïtiens et internationaux en vue de pouvoir faciliter la paix et la stabilité à long terme en Haïti.

Daniel Lewis Foote devrait également contribuer aux efforts visant à organiser les élections dans le pays.

Daniel Foote et l’ambassadrice étasunienne en Haïti Michèle Jeanne Sison ont rencontré, le weekend écoulé, le premier ministre de facto Ariel Henry, plusieurs ministres, le président du reste du sénat, Joseph Lambert, le directeur général de la Police nationale d’Haïti (Pnh) et des représentants d’organisations de la société civile.

Pendant que les États-Unis continuent d’appeler à l’organisation des élections dans le pays, la crise risque de perdurer beaucoup plus, en cas de tenue d’élections dans les conditions actuelles, met en garde Georges Michel.

Des élections dans les conditions actuelles seront comme un coup d’épée et de machette dans l’eau, avertit-il.

« Qui vont voter avec ces gangs armés et ce Conseil électoral mal fagoté de Jovenel Moïse ? », se demande Georges Michel.

L’historien plaide, en ce sens, en faveur d’un minimum de consensus, entre les protagonistes en Haïti, pour dénouer la crise.

« Ils doivent trouver un consensus minimal. C’est indispensable. Même s’ils ne trouvent pas un consensus complet, ils doivent le trouver au moins à 75% entre la classe politique et la société civile, les 25% importent peu ».

La Fédération des barreaux d’Haïti (Fbh) a rejeté la demande du Conseil électoral provisoire (Cep) controversé, l’invitant à soumettre deux listes d’avocats, pour la formation des tribunaux référendaires et électoraux, dans une récente correspondance en réponse au dit Conseil.

L’actuel Cep controversé ne jouit d’aucune légitimité pour organiser les prochaines échéances électorales, rappelle la Fbh.

Dans une note de presse, en date du 21 juillet 2021, le Cep a informé que la période d’enregistrement et de confirmation des partis et groupements politiques a été prolongée jusqu’au vendredi 28 juillet 2021.

Une centaine de partis politiques et groupements politiques auraient déjà manifesté leur intention de participer aux prochaines joutes électorales, tente de rassurer le Cep controversé.

L’historien Georges Michel reste convaincu que le gouvernement en place ne pourrait pas organiser les élections dans le pays, avec 95% des actrices et acteurs qui sont contre ledit processus.

Quant à la condition sécuritaire du pays, l’historien Georges Michel considère qu’« Haïti a besoin de l’appui des États-Unis d’Amerique, pour combattre les gangs armés, vu que le pays ne dispose pas de moyens pour le faire ». [mj emb rc apr 28/07/2021 15:45]