#AssassinatJovenelMoïse

La solidarité avec Haïti ne consiste pas à décider à la place des Haïtiens


lundi 19 juillet 2021

Communication du Comité de Pilotage de la Coordination Europe Haïti en
solidarité avec le peuple haïtien, après l’assassinat de M. Jovenel Moïse

Document soumis à AlterPresse

La Coordination Europe Haïti (CoEH) est une plateforme d’ONG européennes de Plaidoyer agissant pour que l’Union Européenne et ses membres trouvent le chemin d’une solidarité réelle avec le peuple haïtien. Après l’assassinat, le 7 juillet 2021 de M. Jovenel Moïse, président de facto d’Haïti, le Comité de Pilotage de la Coordination tient à exprimer toute sa solidarité au peuple haïtien, victime depuis des mois d’un engrenage de violence, de corruption, de destruction des institutions dont M. Jovenel Moïse est devenu l’une des nombreuses victimes, après en avoir été un acteur important.

L’assassinat de M. Moïse est révoltant, tout comme le sont les enlèvements, viols, massacres et assassinats ciblés commis impunément par des gangs dont tout laisse à penser qu’ils bénéficient de la complicité des détenteurs du pouvoir, qui n’ont jusqu’à présent presque rien mis en oeuvre pour leur faire échec. Cela fait des mois que de nombreux secteurs de la société haïtienne dénoncent la dérive autoritaire et mafieuse du pouvoir en place, à rebours du soutien continu de la « communauté internationale » à son égard. Pis encore, celle-ci poursuit dans ses errances puisque la responsable du BINUH, le Bureau des Nations Unies pour Haïti, se permet de reconnaître M. Claude Joseph comme le chef d’État légitime devant assurer la mise en place d’élections en septembre. Claude Joseph, premier ministre nommé par M. Jovenel Moïse pour assurer l’interim, venait d’être remercié et devait être remplacé le jour même de l’assassinat. C’est donc à un premier ministre sans aucune légitimité démocratique que les Nations Unies confient la tâche d’organiser à court terme des élections, dans un pays où sévissent les gangs, les intimidations, les mensonges !

Depuis des mois, de nombreux secteurs de la société haïtienne proposent pourtant une autre voie, celle d’une transition qui prenne le temps de refonder l’Etat sur des bases solides, avant de parler d’élections. La CoEH ne comprend pas que la Communauté Internationale ne mise pas sur ce mouvement pour une transition démocratique et continue d’appuyer un régime qui a démontré sa capacité de nuisance.

N’est-il pas aussi temps pour l’Union Européenne de soutenir clairement la démocratie en Haïti ? Certes, elle a pris ses distances avec le projet controversé de référendum constitutionnel lancé par Jovenel Moïse. Elle doit aller plus loin et refuser de légitimer, après l’assassinat de ce dernier, un pouvoir qui ne fait qu’accélérer ces dérives. M. Peter Mulrean, ancien ambassadeur des Etats-Unis en Haïti, va dans ce sens, reprenant à son compte ce qu’affirment depuis des mois les acteurs sociaux haïtiens Laisser un pouvoir décrié organiser maintenant des élections, c’est lui donner les moyens de détruire encore un peu plus la démocratie. [1]

La solidarité avec Haïti ne consiste pas à décider à la place des Haïtiens, comme cela s’est produit trop souvent et encore aujourd’hui, avec la caution inacceptable des Nations Unies. La CoEH invite toutes celles et ceux, personnes ou institutions, qui veulent être solidaires d’Haïti à faire leur cet appel lancé le 8 juillet par une large coalition en Haïti : « Nous demandons aux secteurs de l’international qui reconnaissent que c’est aux Haïtiens de résoudre les problèmes d’Haïti d’apporter une solidarité sincère pour la solution de ces problèmes. » [2]

Bruxelles, le 14 juillet 2021

Pour le Comité de Pilotage de la Coordination Europe Haïti

Claude Mormont
Coordinateur