Haïti-Crise : Les noms de huit pays étrangers mentionnés en relation avec l’attentat mortel contre Jovenel Moïse

Par Gotson Pierre

Actualisé le 11 juillet à 12:00

P-au-P., 09 juil. 2021 [AlterPresse] --- Huit pays étrangers sont mentionnés pour le moment en relation avec l’attentat mortel dont a été victime le président Jovenel Moïse, en sa résidence de Pèlerin, dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, selon des informations rassemblées par AlterPresse.

Les individus au nombre de 28 présentés comme les présumés auteurs de l’assassinat proviendraient des États-Unis, de la Colombie, auraient pris refuge à l’ambassade de Taiwan en Haïti, après leur forfait, et auraient utilisé la frontière entre Haïti et la République Dominicaine, sans oublier une escale au Panama.

Un Haïtien-Américain aurait travaillé pour le Canada par le passé. Une compagnie américaine de sécurité, appartenant à un ressortissant dun Venezuela, et ayant des ramifications en Colombie et au Mexique aurait organisé le recrutement des membres du Commando.

"C’était un commando de 28 assaillants, dont 26 Colombiens qui ont conduit l’opération en vue d’assassiner le président", a indiqué Léon Charles, directeur général de la police haïtienne, lors d’une conférence de presse, jeudi soir 9 juillet 2021.

Il a précisé que la police a capturé 17 des membres présumés du commando, dont 15 Colombiens et deux Américains d’origine haïtienne. Trois autres ont été tués durant les opérations, tandis que huit autres, toujours de nationalité colombienne, sont en fuite.

Lors d’une précédente intervention dans les médias, le directeur général de la police avait déjà fait état de 4 présumés membres du commando tués.

La filière colombienne

Le ministre colombien de la défense, Diego Molano, a fait savoir que « dans un premier temps, les informations indiquent qu’il s’agit de citoyens colombiens, membres retraités de l’armée nationale ». Il a donc ordonné à la police et à l’armée colombiennes de collaborer à l’enquête sur l’affaire.

Après avoir reçu une demande d’information d’Interpol sur six d’entre eux, la police colombienne a indiqué, à titre préliminaire, qu’il s’agirait de deux sous-officiers à la retraite de l’armée, ainsi que de quatre anciens militaires , selon le général Jorge Vargas. Deux d’entre eux sont morts durant les opérations policières qui ont suivi la perpétration du crime.

Une équipe d’analystes et d’enquêteurs est mise en place en Colombie pour collecter les informations requises par le bureau d’Interpol et un groupe de haut niveau a reçu l’ordre de se rendre en Haïti pour soutenir le processus d’enquête, informe l’armée colombienne.

Le journal colombien El Tiempo rapporte que, selon un document confidentiel dont disposent les autorités haïtiennes, colombiennes et américaines, plusieurs des personnes capturées et d’autres soupçonnées d’être impliquées dans le meurtre étaient en Haïti depuis un mois.


Les autorités judiciaires haïtiennes ont, de leur côté, avancé que certains des présumés assaillants se trouvaient en Haïti depuis environ trois mois.

Selon El Tiempo, quatre anciens militaires colombiens se sont rendus à Punta Cana (République dominicaine) le vendredi 4 juin, à 2h25 de l’après-midi, à bord d’un avion de la compagnie aérienne Avianca. Deux jours plus tard, ils sont partis par le poste frontière de Carrizal, situé à 5 heures de voiture de Punta Cana, à destination d’Haïti.


Auparavant deux autres militaires se sont rendus, le 6 mai, au Panama puis à Santo Domingo en République dominicaine, avant d’atterrir, le 10 mai, à Port-au-Prince.

La police colombienne indique, dans la presse locale, que le travail de renseignement en préparation de l’attentat aurait duré 32 jours.

Manuel Antonio Grosso Guarín, l’un des militaires les mieux préparés de l’armée colombienne

L’un d’entre eux, Manuel Antonio Grosso Guarín, 30 ans, était, jusqu’en 2019, l’un des militaires les mieux préparés de l’armée colombienne. Il a reçu une formation de commandement spécial, avec des instructeurs américains. Et, en 2013, il a été affecté au Groupe des forces spéciales de lutte contre le terrorisme urbain.

Mais l’ex-militaire le plus haut gradé qui a été capturé en Haïti en lien avec le meurtre de Jobvenel Moïse est le lieutenant-colonel Carlos Giovanni Guerrero, qui fut responsable de plusieurs unités de l’armée colombienne.

L’agence de presse colombienne Apa présentent les militaires colombiens comme des machines à tuer. Chaque année, des centaines de soldats partent à la retraite avec une connaissance spécialisée en matière militaire et sont disponibles sur le marché du crime.

L’armée colombienne est reconnue à travers le monde pour le niveau de préparation de ses membres, engagés depuis plus de cinq décennies dans le conflit armé le plus long de l’Amérique latine, face aux guerillas Farc et Eln. L’élite de l’armée colombienne est formée par des experts militaires américains.

11 présumés mercenaires arrêtés à l’ambassade de Taiwan

On ne sait pas si ces deux militaires faisaient partie du groupe de 11 présumés mercenaires qui ont censé avoir pris refuge à l’ambassade Taiwan, situé à Pétion-Ville (périphérie est) après l’attentat à la residence de Jovenel Moïse.

Taiwan a donné la permission de perquisitionner les locaux de l’ambassade dans l’après-midi du 8 juillet, après avoir appris dans la matinée que la police haïtienne entendait entrer dans l’ambassade pour poursuivre les suspects, précise un communiqué de cette représentation diplomatique.

« La police a lancé une opération vers 16 heures et a arrêté avec succès 11 suspects. Le processus s’est déroulé sans heurts. La Police haïtienne (PNH) les a ramenés pour interrogatoire », lit-on dans le communiqué consulté par AlterPresse sur le site internet de l’ambassade.

Cette dernière « salue la réaction rapide des autorités haïtiennes et continue, comme toujours, de travailler aux côtés du peuple haïtien ».

Un Haitien-Américain ayant travaillé pour le Canada

Deux Haïtiens-Américains, ou Américains d’origine haïtienne, font partie également du groupe des présumés assaillants, il s’agit de James Solages et de Joseph Vincent.

Pour le moment, les informations disponibles permettent de savoir que James Solages, 35 ans, est le chef d’une entreprise d’entretien et de réparation et d’un organisme de bienfaisance haïtien.

Les données disponibles sur ses réseaux sociaux le présentent comme un ancien « agent diplomatique », il avait suivi un cours de protection et avait été « le commandant en chef des gardes du corps » à l’ambassade du Canada en Haïti, rapporte le journal britannique The Guardian.

Le ministère des affaires étrangères du Canada, a confirmé à la presse canadienne que Solages avait été « brièvement employé comme garde du corps de réserve par une entreprise de sécurité embauchée par Affaires mondiales Canada en 2010 ».

Quant au département d’État des États-Unis il a déclaré qu’il était au courant des informations faisant état d’arrestations d’Américains, mais qu’il n’était pas en mesure de confirmer leur identité.

Pas de blessé parmi les policiers haïtiens ?

Le numéro un de la police n’a pas fait état de blessé parmi les membres de l’institution policière, alors que les opérations se poursuivent pour retrouver d’autres membres du commando, composé de mercenaires étrangers, selon les autorités.

A ce stade, aucune éventuelle complicité au sein des forces haïtiennes n’a été mentionnée. Les responsables de la sécurité de Jovenel Moïse, le commissaire divisionnaire Jean Laguel Civil, coordonnateur et Dimitri Hérard, responsable de l’Unité de sécurité générale du Palais national (USGPN) doivent être entendus par la Direction centrale de la police judiciaire (Dcpj).

Claude Joseph et le chef ad intérim de la police Léon Charles ont, lors de déclarations à la presse, demandé à la population d’observer la « vigilance », sans s’en prendre à des personnes ou à des entreprises.

Le flou

Le leadership de Claude Joseph en tant que premier ministre intérimaire a été questionné en Haïti, où le premier ministre Ariel Henry venait juste d’être nommé par Jovenel Moïse. Cependant, Joseph bénéficie de l’appui du Bureau intégré de l’Onu en Haïti (Binuh).

Le chef intérimaire du gouvernement a répété à plusieurs reprises devant la presse que la situation était sous contrôle et invité la population à vaquer normalement à ses occupations.

Les activités générales, largement paralysées dans tout le pays durant les derniers jours, tendent à reprendre timidement. [gp apr 09/07/2021 13 :00]

Photos : source PNH