Perspectives

Politique : Différentes manœuvres dilatoires pour faire perpétuer un régime autoritaire en Haïti


mardi 6 juillet 2021

P-au-P, 06 juillet 2021 [AlterPresse] --- Pendant que les criminels, avec la complicité d’officiels d’État, continuent de semer la terreur, en toute impunité, sur le territoire national, le régime de facto tente de poser différents pions pour continuer de se maintenir par la force au pouvoir politique en Haïti, selon les informations rassemblées par l’agence en ligne AlterPresse.

Après plus de 60 personnes abattues par balles en 6 jours, dont 40 à Cité Soleil, l’opinion publique vient d’être frappée par l’assassinat d’une balle à la tête, le lundi 5 juillet 2021, de l’infirmière Lorna Rose Virgile Fils-Aîmé, atteinte par les gangs armés de Martissant, qui ont tiré sur une ambulance de la Clinique Jean Wilfrid Albert, Paroisse St Mathias, Grande Colline, à bord de laquelle elle se trouvait.

Depuis le mardi 1er juin 2021, traverser Martissant est devenu un risque majeur pour toute personne. Les gangs armés, qui s’y affrontent, ont poussé plusieurs milliers de personnes à abandonner leurs maisons, pour aller se réfugier dans d’autres endroits plus sûrs.

« J’ai personnellement vu un blindé, à bord duquel se trouvait l’un des chefs de gangs armés... »

« J’ai personnellement vu un blindé, à bord duquel se trouvait l’un des chefs de gangs armés, aller s’approvisionner en produits pétroliers sur la route nationale No. 2 (vers le Sud d’Haïti). Derrière ce blindé, il y avait des motocyclettes, à bord desquelles se trouvaient des hommes lourdement armés de manch long », témoigne à AlterPresse un habitant de la banlieue sud de la capitale, Port-au-Prince.

Quotidiennement, les criminels armés imposent leur loi, dans plusieurs quartiers. Les institutions et les autorités, qui prétendent assurer la direction nationale, n’ont aucun scrupule à débiter leurs mensonges éhontés et les vaines promesses de rétablir la sécurité.

« Tous les jours, nous nous demandons dans quelle mesure Haïti atteindrait un niveau de gouffre aussi profond, que celui dans lequel chacune et chacun sont plongés, presque irrémédiablement. Or, apparemment, la descente dans un précipice sans limites est encore précipitée, quotidiennement, par les tenants du statu quo », observent plusieurs citoyennes et citoyens.

Cependant, « nous restons convaincus, tout de même, qu’il viendra un moment où le pays sortira de ce règne de terreur et de banditisme d’État, dont les auteurs, responsables et complices auront à rendre des comptes sur leurs méfaits ».

Investis d’une autorité discrétionnaire, pour donner décharge aux anciens premiers ministres et ministres

Parmi les procédés dilatoires, Jovenel Moïse et une horde de ministres de facto déclarent être investis d’une autorité discrétionnaire, pour donner décharge aux anciens premiers ministres et ministres, entre le 7 février 1991 et le 7 février 2017, qui auraient reçu, entre-temps, un avis favorable de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (Cscca)…

Le régime de facto, dont le mandat a pris fin depuis le 7 février 2021, continue de s’octroyer le droit de légiférer et de définir ses propres lois, pour prévenir toutes possibilités de reddition de comptes, dans la dilapidation présumée de plusieurs milliards de dollars américains du programme PetroCaribe de l’aide vénézuélienne à Haïti.

Dans le cadre de l’entêtement acharné pour la réalisation d’un referendum inconstitutionnel et illégal, qui serait couple, le 26 septembre 2021, avec des élections truquées, un nouveau premier ministre de facto vient d’être désigné…

« Former un gouvernement d’ouverture avec toutes les forces vives de la nation, résoudre le problème criant de l’insécurité et accompagner le Conseil électoral provisoire (Cep) pour la réalisation des élections générales et du référendum », serait la mission attribuée au premier ministre de facto désigné, Dr. Ariel Henry, ancien titulaire de l’intérieur et des affaires sociales.

Quelles forces vives sont disposées à s’aliéner la sympathie de la population ?

Quelles forces vives sont disposées à s’aliéner la sympathie de la population, à mettre de côté leurs convictions profondes, pour négocier sur le sang des milliers de personnes victimes des assassinats de gans armés ?

Dans quelle mesure un tel premier ministre de facto inspirera confiance à la population, comme le souhaite la récente mission, du mardi 8 au jeudi 10 juin 2021, de l’Organisation des États américains (Oea) ?

« Le remaniement ministériel ne nous intéresse pas au niveau du Mopod, qui ne participera pas dans aucun gouvernement avec le régime de facto, dont le mandat a pris fin depuis le 7 février 2021 », déclare à AlterPresse Raphaël André, porte-parole du parti politique Mouvement patriotique populaire dessalinien (Mopod).

Mettre les noms de dirigeants du Mopod dans certaines listes, circulant sur les réseaux sociaux, n’est qu’une manœuvre pour donner de la crédibilité à un processus irrégulier, affirme le parti politique Mopod, soulignant qu’il restera cohérent dans sa position contre le régime de facto, impliqué dans des actes de corruption des fonds publics du programme PetroCaribe de l’aide vénézuélienne à Haïti.

Dans ses rapports sur la gestion de plusieurs milliards de dollars américains du programme PetroCaribe, la Cscca accuse Jovenel Moïse d’avoir utilisé des « stratagèmes de détournements de fonds », à travers sa firme dénommée « Agritrans ».

« Comme parti politique, qui mène une bataille, depuis trois ans, contre l’inacceptable et la dictature, qu’a instaurés le parti au pouvoir, nous ne nous sentons pas concernés par la nomination » d’Ariel Henry comme nouveau premier ministre de facto, déclare à AlterPresse Edmonde Supplice Beauzile, présidente du parti politique Fusion.

Le parti politique Fusion dit être attaché à l’accord politique du 5 juin 2021, trouvé entre divers partis politiques (Direction politique de l’opposition démocratique / Dirpod, En Avant, Entente, Forces nationales pour la démocratie / Fnd), Mouvement pour la transformation et la valorisation d’Haïti /MTVAyiti et Operasyon Tèt Ansanm), qui exige le départ de Jovenel Moïse au pouvoir, puis la nomination d’,un Premier ministre qui devra prêter serment devant la Cour de Cassation.

« Pour nous, tant qu’il n’y aura pas d’accord politique, toute démarche est dénuée de sens. Tant qu’il n’y ait pas d’action, qui montre que Jovenel Moïse est prêt à quitter le pouvoir, nous ne nous sentons pas concernés », martèle le parti politique Fusion des sociaux-démocrates (Fusion). [mj rc apr 06/07/2021 14:40]

Photo : Capture d’écran / réseaux sociaux