Perspectives

Haïti : Pourquoi les forces de l’ordre sont-elles impuissantes face aux gangs armés ?


mercredi 16 juin 2021

Par Gotson Pierre

P-au-P., 16 juin 2021 [AlterPresse] --- Alors que l’on assiste à une poussée continue de violence et d’insécurité en Haïti, particulièrement dans des quartiers de la capitale, une question s’impose : pourquoi la police ne parvient-elle pas à renverser la vapeur par rapport aux gangs qui occupent de plus en plus de terrains ?

Cette interrogation, concernant l’institution policière, qui compte aujourd’hui environ 16,000 agentes et agents, appelle plusieurs considérations dans les milieux de droits humains, consultés par AlterPresse.

Un affaiblissement de la police est généralement souligné. Sa puissance de feu face aux bandits ne ferait pas le poids, à cause d’un manque d’équipements appropriés.

D’autre part, un rapport du Réseau national de défense des droits humains indique que 60% des membres des forces spécialisées sont en détachement auprès des autorités et pas disponibles pour les services de la police elle-même. Ils assurent également la sécurité spéciale de parents des autorités ou de personnalités du secteur privé.

Par ailleurs, les organismes de droits humains pointent du doigt une instrumentalisation de la police par le pouvoir en place, qui serait de connivence avec les gangs, tel que cela a été dénoncé de nombreuses fois. Cette situation contribuerait à mettre les policiers en situation d’insécurité.

En moyenne, 35 policiers font annuellement les frais de l’insécurité, depuis l’arrivée de Jovenel Moise au pouvoir en 2017, selon les statistiques. Dans les périodes précédentes, ce nombre ne dépassait pas 15 policiers par an. Rien que pour les premiers 6 mois de l’année 2021, 32 policiers ont été assassinés.

D’autre part, les locaux de la police sont de plus en plus ciblés par les gangs armés. Du 5 au 7 juin 2021, 9 sous-commissariats de police ont été attaqués et occupés par des gangs. Au 16 juin 2021, 6 sous-commissariats de la police sont encore aux mains des bandits.

Un calme précaire est revenu, dans les dernières 24 heures, au niveau de quelques quartiers, où la tension s’est accrue depuis plusieurs jours. En plus des régions sud et nord de la capitale, maintenues sous pression par les gangs armés, le Boulevard Toussaint Louverture, conduisant vers l’aéroport international, a été pris d’assaut, le 14 juin 2021, par des groupes armés.

Ce secteur, où de grandes entreprises sont installées, a été vite vidé. Elles ont été contraintes de suspendre rapidement leurs activités.

De nombreuses détonations d’armes à feu ont fait augmenter l’angoisse chez les riveraines et riverains de Martissant (périphérie sud), au bas de Delmas, La Saline (non loin du bord de mer) et à Cité Soleil (périphérie nord).

Le quartier de Martissant ne s’est toujours pas remis des affrontements de la semaine dernière entre gangs rivaux. Des centaines de familles sont toujours réfugiées dans les régions avoisinantes.

La présence policière promise et attendue, n’est jamais arrivée. [gp apr 16/06/2021 09:30]