Patrimoine : Plusieurs conférenciers alertent sur la fragilité de l’héritage patrimonial en Haïti

Par Daphnine Joseph

P-au-P, 20 avril 2021 [AlterPresse] --- L’importance, mais aussi la fragilité de l’héritage patrimonial en Haïti ont été au centre d’une conférence universitaire en ligne et présentielle, le dimanche 18 avril 2021, à laquelle a assisté l’agence en ligne AlterPresse.

Organisée par l’Institut haïtien patrimoine et tourisme (Inapat), cette conférence-débats s’est déroulée sur la complexité de l’héritage culturel haïtien, à l’occasion de la journée mondiale des monuments et des sites, le 18 avril 2021, dont le thème de l’année était « Passés complexes et futurs divers ».

Des chercheurs, professeurs, étudiantes et étudiants ont jeté un regard critique sur la gestion des patrimoines en Haïti.

L’héritage patrimonial du peuple haïtien est fragile et vulnérable, méconnu, menacé par l’ignorance et la cupidité, constate le chargé du bureau de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), Elmehdi Ag Muphtah, qui a ouvert le débat.

« Les monuments et sites haïtiens représentent un héritage solidement ancré. Car, ils sont le reflet de la construction, survenue au cours des siècles d‘identité plurielle haïtienne. Mais, c’est aussi un héritage d’une grande fragilité, comme le montre l’incendie, il y a un an (dans la nuit du 12 au 13 avril 2020), de la chapelle du Sacré-Cœur de Milot (Nord) », explique-t-il.

Mettant l’emphase sur la nécessité de la transmission de l’héritage culturel haïtien aux générations futures, Ag Muphtah insiste sur la responsabilité des femmes dans cette construction et la transmission du patrimoine immatériel et matériel haïtien.

Les actions, menées par l’État dans le domaine culturel haïtien, sont insuffisantes et même inefficaces, estime le Dr. Kenrick Démesvar, dans son intervention, relative à la gestion des patrimoines du pays.

Tout en rappelant les héritages oraux en voie de disparition dans le pays, Demesvar souligne combien les différents problèmes de l’insécurité du pays et la négligence autour des patrimoines sur le territoire national mettent en péril la majorité des monuments en Haïti.

Le professeur Kesler Bien-Aimé a tablé son intervention sur la nécessité de mettre en question des discours, des récits et des narratifs autour du patrimoine en Haïti.

Il s’agit des sites vandalisés, investis par la misère, par le besoin de survie.

Comment donner un avenir à ces monuments, au-delà d’un questionnement traditionnel, et inventer un nouveau discours autour de la notion de patrimoine, dans une perspective de transmission continue et durable ? », s’interroge le chercheur Kesler Bien-Aimé.

Selon l’expert en patrimoine culturel immatériel, les jeunes sont les principaux protagonistes dans cette démarche visant à assurer la transmission de notre héritage culturel.

En avril 2020, un incendie a éclaté à la Forêt des Pins, un espace crucial dans la préservation de la biodiversité en Haïti.

Les dégâts ont été considérables selon les autorités du Ministère de l’environnement.

Dans la nuit du 12 au 13 avril 2020, la chapelle royale de Milot est partie en fumée, 217 ans après sa construction sous le règne d’Henry Christophe.

Dans un communiqué, à l’occasion de la journée internationale des monuments et sites, le 18 avril 2021, le Ministère de la culture et de la communication insiste sur la nécessité de remettre l’histoire au centre des préoccupations nationales et de revaloriser le patrimoine, plus particulièrement auprès des jeunes.

Les jeunes sont appelés à poursuivre la réflexion actuelle sur la préservation du patrimoine.

La ville d’Anse-à-Veau (département des Nippes) qui fêtera le 26 juillet 2021, ses 300 ans de fondation regorge de forts potentiels historiques et touristiques, rappelle le ministère de la culture. [dj emb rc apr 20/04/2021 16:05]