Haïti-Criminalité : Plusieurs victimes toujours sous le choc, après la tuerie du 1er avril 2021 au Bel Air

P-au-P, 05 avril 2021 [AlterPresse] --- « Mon père, Franck Morléan, un vieillard âgé de 78 ans, a été brûlé vif à la maison. Après avoir évacué ma mère, en passant par une fenêtre, pour me jeter dans la cour d’une autre maison, j’allais tenter de sauver mon père, qui est aveugle. Je n’ai pas eu le temps de le sauver, parce que les gangs armés criblaient la maison de leurs balles. J’ai entendu mon père déclarer que le feu était en en train de le brûler vif... Le plus dur, dans cette situation, mon père a eu auparavant un Accident vasculaire cérébral (Avc), après avoir appris l’infection au Covid-19 d’un de nos parents, qui se trouve à l’extérieur du pays... ».

C’est le témoignage poignant, à l’agence en ligne AlterPresse, d’un quinquagénaire, fils de l’une des personnes victimes, dans la nouvelle attaque meurtrière, perpétrée, le jeudi 1er avril 2021, par la base dénommée Krache dife, qui fait partie de la fédération de gangs armés G9, à Bel Air, un quartier qui surplombe le Champ de Mars, qui abrite, non seulement le Palais national, mais aussi plusieurs unités de la Police nationale d’Haïti (Pnh).

La vidéo troublante du cadavre carbonisé de Franck Morléan, qui a fait le tour des réseaux sociaux, a suscité l’indignation de la population, en Haïti et à l’etranger.

Les yeux rougis de larmes, le fils de la victime porte encore quelques blessures non encore cicatrisées à l’une de ses oreilles et à sa tête, suite à cette attaque violente du 1er avril 2021.

Tout a commencé, le jeudi 1er avril 2021, aux environs de 4:00 pm (20:00 gmt), quand des hommes lourdement armés ont attaqué la zone, à partir de l’avenue Mgr. Guilloux, des rues des Fronts Forts, des Césars, Macajoux et Tiremasse, raconte le quinquagénaire.

Ils ont mis le feu dans plusieurs bâtiments, traversé ma cour, escaladé ma maison, tiré plusieurs coups de feu et incendié ma maison, alors que j’étais avec ma mère et mon père à l’intérieur.

« J’ai pu sauver ma mère, qui s’est brûlée au poignet, en passant sous une fenêtre, pour aboutir sur le toit d’une autre maison et atteindre une cour. Dès que je suis retourné pour sauver mon père, ils m’ont tiré dessus à la rue des Césars. Je n’ai pas eu le temps de le sauver. Je l’ai seulement entendu crier. Après quelques instants, je ne l’ai plus entendu », exprime-t-il.

Brûlé vif à la maison, son père était malade. Il souffrait d’hypertension et de diabète.

Il avait fait un Accident vasculaire cérébral (Avc), puis est devenu aveugle et paralysé d’une partie du corps, après avoir reçu la nouvelle d’une proche de la famille décédée du Covid-19 (le nouveau coronavirus) aux États-Unis d’Amérique, confie-t-il.

« Imaginez qu’une personne dans un pareil état soit morte, brûlée dans une telle condition, est inconcevable ! Le moral de ma mère est au plus bas », déplore l’homme endeuillé.

Comme ce fut le cas dans les autres massacres, même les femmes et les filles n’ont pas été épargnées, lors de la nouvelle tuerie du 1er avril 2021 à Bel Air.

C’est la troisième tuerie, perpétrée en toute impunité, sans aucune intervention de la police, en moins de deux ans, au Bel Air, après les massacres d’octobre-novembre 2019 et d’aout 2020, rappelle le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh).

Une dizaine d’hommes lourdement armés ont bastonné une femme, autour de la quarantaine, devant sa fille de 13 ans, confie à AlterPresse la victime, qui déclare avoir vécu un calvaire.

Elle révèle avoir du sang qui coule, depuis lors, de ses parties génitales, tandis qu’elle avait fait précédemment ôter son utérus lors d’une intervention chirurgicale, dit-elle.

« Les bandits sont entrés dans ma chambre, où j’étais avec ma fille. L’un d’entre eux a ordonné d’y mettre le feu et de nous brûler vives. Mais, un autre a demandé de nous laisser partir à cause de mon enfant », confesse-t-elle, les larmes aux yeux.

Faute de moyens économiques, elle affirme avoir passé plus de trois jours sans se rendre à l’hôpital, pour se faire consulter et avoir un diagnostic sur son cas.

Les bandits en ont profité pour lui voler son argent, gagné grâce à ses activités commerciales, et l’uniforme de son enfant, relate-t-elle, déplorant les dommages causés à sa maison, dont une partie a été incendiée.

Depuis l’année 2017, cela fait 11 massacres perpétrés dans le pays, dont 3 à Bel Air en moins de deux ans, souligne le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh)

Lors de ces massacres, plusieurs personnes ont été tuées, beaucoup de femmes violées. Nombre d’enfants ont perdu leurs parents. Plusieurs maisons ont été brûlées.

« Nous sommes habitués à travailler dans l’éducation, la promotion, la prévention et l’observation des droits humains. Ça arrive qu’il y ait des cas isolés, qui exigent des enquêtes. Mais, nous n’avons jamais fait face à un pouvoir, qui fédère des gangs armés pour massacrer la population ».

Le Rnddh déplore le manque de solidarité de la population haïtienne à l’endroit des victimes des quartiers populaires, alors que des marches sont organisées en faveur d’autres catégories, victimes d’actes d’insécurité dans la société.

« Ce qu’on vit aujourd’hui, c’est révoltant », lâche Pierre Espérance, le directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains. [mj emb rc apr 05/04/2021 16:50]