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La PAPDA appelle à la mobilisation contre les déportations massives d’Haitiens de la République Dominicaine

Communiqué de presse

Soumis à AlterPresse le 9 juin 2005

La PAPDA condamne la nouvelle vague d’expulsion contre les haïtiens et haïtiennes en République Dominicaine. La solution réside dans un changement d’orientation des politiques nationales

Le Secrétariat de la Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA) condamne les déportations massives effectuées par le Gouvernement Dominicain au cours du mois de mai 2005.

La PAPDA tient à rappeler à l’opinion publique haïtienne que ces déportations ne constituent pas un fait isolé et conjoncturel. C’est un phénomène cyclique qui entre dans le cadre des stratégies de gestion de la main-d’œuvre en terre voisine de façon à assurer des pressions permanentes vers la baisse des salaires payés. Selon un spécialiste dominicain, au cours des 12 dernières années près de 200.000 travailleurs haïtiens ont été rapatriés de force. Des flux importants de travailleurs haïtiens sont embauchés dans des conditions illégales chaque année avec la complicité des autorités dominicaines. Nos compatriotes qui se retrouvent en terre voisine font partie des dizaines de millions de travailleurs victimes de mesures de politiques économiques impulsées par les institutions internationales relatif à la mobilité de la main d’œuvre vers les zones stratégiques de concentration des capitaux. Les décideurs haïtiens parient sur la main-d’œuvre à bon marché et appliquent des politiques qui maintiennent les salaires de base déprimés et qui sont à la racine de ce type de drames.

Cette récente vague de déportations, qui a affecté déjà plus de 5000 compatriotes, a été opérée avec la plus grande brutalité au mépris des Conventions internationales, des droits des citoyens, des droits de travailleurs migrants. Les horaires de déportation permis par la Loi n’ont pas été respectés. De nombreux mineurs ont été séparés de leurs parents. De nombreux citoyens dominicains ont été déportés à cause de la couleur de leur peau. Les déportés ont souvent été molestés physiquement et ont subi des agressions et des menaces verbales. Les résidences de nos compatriotes ont été pillées, leurs avoirs séquestrés ou détruits et dans beaucoup de cas ils ont du traverser la frontière dépouillés de leurs maigres avoirs et de leur dignité d’êtres humains. Ces derniers jours plusieurs rapports confirment l’assassinat de plusieurs compatriotes en République Dominicaine notamment à Hatillo Palma.

Ce processus est de nature à envenimer dangereusement le climat des rapports entre les 2 Peuples tout en provoquant une dramatique détérioration des conditions de vie et de travail de nos compatriotes surexploités et humiliés de façon continuelle en territoire dominicain.

Cette déplorable situation est en partie le résultat de la grave crise vécue par notre pays depuis de nombreuses années. Cette crise a augmenté les flux de migration vers l’extérieur d’une masse grandissante de compatriotes poussés vers le désespoir par une paupérisation galopante. Nous ne sortirons pas de cette situation si nous n’avons pas le courage de rompre avec les politiques qui sont aujourd’hui en application qui appauvrissent notre pays, détruisent l’économie paysanne et augmente les niveaux de dépendance face à l’extérieur.

Nous avons été scandalisés de constater la mollesse, la lenteur et le caractère inapproprié et choquant des réactions du Gouvernement provisoire. Les responsables haïtiens ont repris à leur compte le discours des dirigeants dominicains qui justifient et cautionnent dans une certaine mesure ces déportations et ces violations. Nous avons entendu des responsables haïtiens affirmer que la motivation de ces expulsions était de protéger la vie de nos ressortissants. L’actuel Ministre des Affaires Etrangères ne cesse de répéter que tout Etat souverain a le droit de refouler des illégaux. Le Chancelier ignore-t-il que la nouvelle Loi migratoire 285-04 - même si elle est très défavorable aux haïtiens - fait obligation aux autorités dominicaines d’ouvrir un processus de régularisation de la situation des migrants. Depuis août 2004 cette Loi approuvée n’a jamais été appliquée. Le Chancelier haïtien ne se rend-il pas compte que ces rapatriements massifs violent l’article 22.9 de la Convention Interaméricaine des droits de l’homme ? De plus cette décision du Gouvernement dominicain viole l’esprit et les dispositions du Protocole signé entre les 2 Etats le 2 décembre 1999.

Le rôle de la diplomatie haïtienne, en toute bonne logique, serait de défendre les intérêts des citoyens de notre pays et donc de questionner l’implication de la force publique de l’Etat dominicain dans des violations systématiques et massives des droits de nos compatriotes, de remettre en question la liaison entre l’assassinat de Maritza Nuñez et ces déportations massives faites dans d’autres localités, d’exiger une enquête célère sur les circonstances entourant la mort de cette personne. Les organisations haïtiennes ne peuvent accepter la timidité de l’actuel gouvernement sur un dossier aussi important. Quand aurons-nous un Gouvernement qui soit à l’écoute de nos citoyens et vraiment disposé à défendre la dignité de notre Patrie ?

Contrairement aux déclarations rassurantes des autorités haïtiennes qui semblent n’avoir pas pris la dimension de ce drame les déportations n’ont pas cessé. Entre le 19 et le 25 mai 400 compatriotes ont été expulsés. Au cours des derniers jours 72 haïtiens et haïtiennes ont été appréhendés et humiliés à Dajabon avant d’être conduits à la frontière selon les déclarations du Père Regino Martinez diffusées dans la presse dominicaine récemment dans la presse dominicaine.

Nous sommes particulièrement inquiets face à cette nouvelle flambée de xénophobie avec des connotations coloristes. L’ambiance qui règne dans certaines communautés en République voisine fait penser à une véritable ‘épuration ethnique’. Cet événement risque d’avoir des effets désastreux sur la qualité des rapports entre nos deux pays.

La PAPDA demande au Gouvernement haïtien :

1) de cesser de justifier et de cautionner ces déportations massives avec un discours ambigu qui reprend en grande partie l’argumentation des autorités dominicaines

2) de convoquer en urgence une Commission Mixte entre les 2 pays pour travailler sur la régulation des flux migratoires entre les 2 nations.

Le Gouvernement haïtien devrait exiger du Gouvernement dominicain :

3) Le plein respect des Conventions internationales et des accords signés entre les 2 pays

4) L’arrêt de toute campagne anti-haïtienne qui entretient l’insécurité permanente des familles haïtiennes vivant en territoire dominicain

5) L’utilisation d’un réseau d’observateurs des droits de la personne afin de documenter les violations commises et de lutter contre l’arbitraire de l’Armée Dominicaine régnant en maître dans les régions frontalières

6) La réalisation d’une enquête sérieuse visant à faire le jour sur les circonstances de l’assassinat de Maritza Nuñez

7) La mise en place de sanctions contre tous les fonctionnaires de l’Etat dominicain qui se sont rendus coupables de violations contre les ressortissants haïtiens

8) La restitution des biens et avoirs qui ont été illégalement enlevés à nos compatriotes

9) L’indemnisation des ressortissants haïtiens munis de documents légaux qui ont été arbitrairement expulsés

10) La mise en place d’un programme spécial visant la réconciliation haïtiano-dominicaine dans la localité de Hatillo Palma

Le Gouvernement haïtien devrait aussi :

a. débloquer en urgence un financement permettant aux rapatriés d’engager un processus de réinsertion économique dans leur pays

b. mettre en place un processus participatif et un dialogue constructif pour la définition d’une politique migratoire en mettant à profit les expériences des réseaux binationaux.

c. Renforcer les outils institutionnels de la représentation diplomatique haïtienne en territoire dominicain

d. Renforcer les postes frontaliers en y ajoutant des fonctionnaires dotés d’une formation de base en droit international et sur la question des droits humains.

e. Accompagner les ressortissants dominicains expulsés par erreur, documenter ces cas, et les aider à retourner chez eux

Nous demandons au Gouvernement haïtien de prendre un train de mesures d’urgence pour soulager la masse des haïtiens vivant dans des conditions critiques de misère et de dénuement. En ce sens, la réduction des prix de vente des produits pétroliers nous semble une mesure tout à fait appropriée.

Les organismes de la société civile haïtienne devraient :

• Tout de suite prendre de nouvelles initiatives pour contrecarrer cette flambée xénophobe anti-haïtienne et renforcer les canaux de coopération solidaire.

• Mettre en place un programme de création d’emplois privilégiant les zones frontalières

• faire campagne pour l’adoption d’une nouvelle législation migratoire en RD tenant compte des intérêts des ressortissants haïtiens et des descendants dominico-haïtiens

Les institutions et organisations démocratiques et populaires haïtiennes appellent les mouvements sociaux haïtiens, les ONGs nationales ou internationales à  :

• Mettre en place des mesures de solidarité active aux groupes de rapatriés qui se trouvent maintenant dans des moments extrêmement difficiles

• Se mobiliser pour forcer le gouvernement provisoire à se pencher sur les grands problèmes cruciaux de notre société.

• Déclencher une campagne internationale de solidarité en faveur des migrants haïtiens

Marc-Arthur Fils-Aimé, ICKL
Fruck Dorsainvil, ANDAH
Camille Chalmers, Secrétariat PAPDA