Perspectives

Haïti-Droits humains : La Nehro craint d’éventuels affrontements violents entre la population et les gangs armés au service du pouvoir

« Jamais, nous n’avons eu un président, qui a commis tant de crimes financiers et de massacres contre sa propre population, dans l’espace de quelques années »
mercredi 2 décembre 2020

P-au-P, 02 déc. 2020 [AlterPresse] --- L’organisation New england human rights organization (Nehro) évoque sa préoccupation, face à d’éventuels affrontements violents, qui se prépareraient, selon elle, entre la population et les gangs armés au service du pouvoir, à l’approche de la fin du mandat constitutionnel, le dimanche 7 février 2021, du président Jovenel Moïse.

« Dans notre histoire de peuple, nous avons connu plusieurs présidents, qui ont commis des crimes insensés contre leurs opposants politiques. Duvalier était un parfait exemple. Mais jamais, nous n’avons eu un président, qui a commis tant de crimes financiers et de massacres contre sa propre population dans l’espace de quelques années. Dans un de ses discours, il a déclaré qu’en Haïti il est le seul dieu. Le président croit qu’il est aussi puissant grâce à l’appui du gouvernement Américain et les gangs armés qui lui sont dévoués », critique-t-elle, dans une lettre datée du 29 novembre 2020, adressée à Ayanna Pressley, représentante au 7e district de Massachusetts du Congrès américain (U.S. Representative 7th Congressional District Massachusetts USA), et dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

La Nehro dénonce les abus de pouvoir, les crimes et les emprisonnements massifs, mis en œuvre pour terroriser la population.

« Le kidnapping est devenu une effroyable institution » dans le pays, où des kidnappeurs exigent des rançons variant de 100 mille à 500 mille dollars américains (Ndlr : US $ 1.00 = 70.00 gourdes ; 1 euro = 80.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 1.20 gourde aujourd’hui), pour la libération de personnes enlevées, déplore l’organisme de défense des droits humains.

L’institution policière devient impuissante, face « aux gangs armés qui agissent sous la protection du gouvernement. Le peuple est complètement livré entre les mains des bandits et des maraudeurs ».

Les cas d’enlèvements se sont multipliés, ces dernières semaines, à travers le territoire national.

Plusieurs médecins sont malmenés. L’un d’entre eux a reçu une balle à la bouche, lors des manifestations de protestation pacifiques, les samedi 28 et lundi 30 novembre 2020, à Port-au-Prince, violemment dispersées par la police, qui a fait usage de balles en caoutchouc.

« A cause de la dissolution du sénat, responsable de la ratification du chef de la police pour un mandat de 3 ans, Jovenel Moïse s’érige en roi dans l’utilisation des décrets présidentiels. Il nomme et révoque les chefs de la police, selon sa volonté », souligne la Nehro.

L’objectif du mouvement des médecins, dans les rues de Port-au-Prince, est de dénoncer l’insécurité, les crimes organisés contre la population, et le kidnapping au sein du corps des médecins, dont leur collègue Hans David Télémaque, enlevé tôt dans la matinée du samedi 28 novembre 2020, puis libéré par ses ravisseurs, dans la soirée du 29 novembre 2020, après versement d’une rançon.

Par ailleurs, « la Cour supérieure des comptes, une institution recommandée par la Constitution pour le contrôle des finances publiques, est éliminée par décret, publié le 6 novembre 2020. De fortes sommes d’argent quittent régulièrement la banque nationale pour d’autres destinations, sans aucun contrôle », relève la New england human rights organization.

« Profitant de la caducité du parlement, Jovenel Moïse vient de nommer un Conseil électoral provisoire, avec la mission de voter une nouvelle Constitution que son équipe a préparée pour le maintenir au pouvoir ». « La dernière fois qu’un président a utilisé, à son profit, son autorité pour changer la Constitution haïtienne, c’était en 1983. Il s’agissait de Jean-Claude Duvalier ; il était président à vie », rappelle la Nehro. [emb rc apr 02/12/2020 11:20]