Perspectives

Justice : Malgré les soupçons à son encontre, Jovenel Moïse appelle à combattre la corruption « avec la plus grande rigueur » en Haïti


mardi 27 octobre 2020

P-au-P, 27 oct. 2020 [AlterPresse] --- Malgré les soupçons de corruption qui pèsent à son encontre, le président Jovenel Moïse estime nécessaire de combattre la corruption, en Haïti, « avec la plus grande rigueur », a-t-il souligné, lors d’un symposium, réalisé, ce mardi 27 octobre 2020, dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

Alors que la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (Cscca) épingle Jovenel Moïse, pour avoir utilisé « des stratagèmes de détournements de fonds », à travers sa firme dénommée « Agritrans », dans la gestion de fonds publics du programme PetroCaribe de l’aide vénézuélienne à Haïti, Jovenel Moïse exhorte les fonctionnaires de l’État à faire appliquer la loi pour toutes et pour tous, « pour les riches et les pauvres, les citadins et les ruraux ».

Il déclare avoir orienté beaucoup de ses actions, dans le sens d’un renforcement de la lutte contre la corruption, à travers des institutions à caractère répressif, de contrôle, et celles qui interviennent dans la chaîne de contrôle des dépenses publiques.

Il s’agit de l’Unité de lutte contre la corruption (Ulcc), de l’Unité centrale de renseignements financiers (Ucref), du Bureau des affaires financiers et économiques (Bafe), de la Direction centrale de la police judiciaire (Dcpj), la Direction générale du trésor et de la comptabilité publique (Dgtcp) la Commission nationale des marchés publiques (Cnmp), entre autres.

Or, en mai 2017, la décision de Jovenel Moïse de remplacer le directeur général de l’Ucref, Me. Sonel Jean-François, à l’origine d’un rapport d’enquête le mettant en cause dans une affaire de blanchiment d’argent, pour des transactions financières, suspectes ou douteuses, du 5 mars 2007 au 31 mai 2013, a été qualifiée d’ « arbitraire, illégale et autoritaire ».

En août 2019, diverses organisations de droits humains en Haïti ont demandé à l’Office national d’identification (Oni), de sursoir à l’enregistrement et à la distribution d’une nouvelle Carte d’identification nationale unique (Cinu).

Ces organisations de droits humains ont conseillé à la Cscca de se saisir du dossier, conformément à la loi du 4 mai 2016, en raison des soupçons de corruption entourant tout le processus.

Sans un avis préalable de la Cscca, une résolution a été adoptée par le gouvernement haitien, en date du 30 avril 2017, pour attribuer le contrat d’émission d’une nouvelle carte d’identification nationale à une compagnie allemande, dénommée Dermalog.

Le mardi 2 juin 2020, l’Organisation des citoyennes et citoyens pour une nouvelle Haïti (Ocnh) a annoncé avoir porté plainte contre le Ministère de la justice et de la sécurité publique (Mjsp), le Ministère de l’économie et des finances (Mef) et l’Office national d’Identification (Oni), dans le cadre du dossier controversé de Dermalog.

Le 14 octobre 2020, plus de 3 mois après, l’Ocnh a demandé au doyen du tribunal civil de Port-au-Prince, Me. Bernard Sainvil, de lui fournir des informations sur l’état d’avancement du dossier, relatif à la plainte déposée contre les signataires et commanditaires du contrat de la firme allemande Dermalog, pour « corruption, association de malfaiteurs, faux et usage de faux ».

Le contrat, signé avec la firme Dermalog, en violation de la loi sur la passation de marchés, constitue un vaste scandale de corruption, relve l’Ocnh, qui appelle à la désobéissance civile, face à l’imposition, par le régime tèt kale au pouvoir, de la carte Dermalog, dans le pays, dans une note de protestation.

Il n’empêche que les institutions Ulcc, Ucref, le Bafe, la Dcpj, la Dctcp et la Cnmp ont été instruites de s’allier sur les engagements du gouvernement, en matière de lutte contre la corruption, pour la nouvelle année fiscale 2020-2021, selon Jovenel Moïse, aux yeux de qui « la corruption va à l’encontre des intérêts de base de la société ».

Jovenel Moïse en a profité pour dénoncer des « oligarques corrompus, qui contrôleraient tout, l’État et ses institutions, la société civile, la presse et les organisations socioprofessionnelles », lors du symposium du 27 octobre 2020, tenu autour du thème : « Les institutions de contrôle au cœur de la bonne gouvernance et de la lutte contre la corruption ». [mj emb rc apr 27/10/2020 14:15]