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Haïti/Journée mondiale des enseignants-es : « Les syndicats exigent le retrait de toutes les mesures répressives », contre les enseignants/tes responsables syndicaux


mardi 6 octobre 2020

Communiqué des syndicats d’enseignants/tes en lutte (UNNOH, CNEH, LINEH, REEH, UNNOEH, GIEL, ANNIH) à l’occasion de la Journée Mondiale des Enseignants/tes, le 05 octobre

Document transmis à AlterPresse le 4 octobre 2020  

Le 05 octobre marque la Journée mondiale des enseignants-es visant à mettre partout à l’honneur la profession enseignante et à attirer l’attention des gouvernants/tes sur les conditions de travail du personnel enseignant ainsi que la nécessité d’un véritable encadrement. Depuis1994, l’UNESCO célèbre le 05 octobre la Journée Mondiale des Enseignants (EJM) commémorant la signature de la Recommandation de l’Organisation Internationale du Travail (OIT)/l’UNESCO concernant la condition du personnel enseignant de 1966 et l’adoption, en 1997, de la Recommandation de l’UNESCO concernant la condition du personnel enseignant de l’enseignement supérieur. 

 La Journée mondiale des enseignants (EJM) est célébrée cette année autour du thème : « Enseignants : leaders en temps de crise et façonneurs d’avenir ». Ce thème est choisi en référence au rôle essentiel du personnel enseignant dans la consolidation des systèmes éducatifs chargés d’assurer l’avenir de nos sociétés soumises à de multiples contraintes et à de nouveaux défis posés particulièrement par la pandémie de COVID-19. Cela exige la mise en place de systèmes éducatifs solides, capables d’aider à affronter les problèmes, à relever les défis posés, grâce au concours d’un corps d’enseignants/tes dignement traités. Il importe dans cette perspective de repenser l’éducation, ses objectifs et finalités, d’améliorer considérablement la condition enseignante pour garantir une éducation de qualité, capable d’ouvrir pour nos sociétés meurtries, en désarroi et en quête de sens, des perspectives d’avenir certaines. En effet, l’avenir de nos sociétés dépend étroitement de celui de l’éducation et du métier d’enseignant. Pour permettre aux enseignants/tes d’assumer pleinement leurs lourdes responsabilités dans le contexte de la crise du Coronavirus en particulier, il est nécessaire de revoir, entre autres, les méthodes et contenus d’enseignement, les conditions d’enseignement et d’apprentissage, le type de soutien accordé par les pouvoirs publics pour un leadership enseignant actif et transformationnel, élément indispensable au changement scolaire, à l’innovation pédagogique et à une éducation de qualité.  

En outre, alors qu’au niveau d’autres pays les enseignants/tes sont honorés/es et bénéficient d’un certain encadrement et d’un minimum d’encouragement de la part des pouvoirs publics, ici en Haïti ils/elles sont l’objet de mépris au quotidien de la part de nos dirigeants politiques grossiers, incompétents, insouciants et corrompus qui n’accordent effectivement aucune importance à l’éducation. Nous avons, entre autres, pour preuve la réduction systématique de la part du budget national consacrée à l’éducation passant de 17% à 9.6%, le traitement avilissant réservé par ces gouvernants/tes aux enseignants/tes qui sont, à tous les niveaux, le moteur de toute réelle transformation. En ce qui concerne ce traitement indigne, les agissements de Monsieur Pierre Josué Agénor Cadet, ministre de l’éducation, sont parlants. Ce dernier tente, par tous les moyens, de salir l’image des enseignants/tes en lutte parce qu’ils/elles réclament, de meilleures conditions de vie et de travail, une éducation publique de qualité et la satisfaction pure et simple de leurs justes et légitimes revendications. Au lieu de faire preuve de compréhension à l’égard des enseignants, il préfère leur lancer toutes sortes d’injures au niveau de la presse. Ce qui témoigne éloquemment de son mépris manifeste et de sa désinvolture à l’égard des enseignants/tes.

La Journée mondiale des enseignants/tes se commémore en Haïti, cette année, sous le signe de l’insécurité étatique planifiée, de la violence étatique organisée, de la répression syndicale systématique, d’assassinats politiques ciblés, du banditisme gouvernemental assumé et d’une campagne de persécutions politiques orchestrée par un gouvernement criminel et corrompu et en particulier par un ministre de l’éducation inapte, mégalomane, irrévérencieux traitant les enseignants/tes en lutte de ʺterroristesʺ et de ʺméchants/tesʺ. Monsieur Pierre Josué Agénor Cadet est en train de perpétrer à l’encontre de plusieurs leaders syndicaux tout un ensemble d’actes d’intimidation, de répression, et de persécution. En témoignent le transfert illégal des leaders syndicaux Magalie Georges et Georges W. Franck, la suspension illégale du chèque du leader syndical Josué Mérilien et l’émission d’un mandat d’arrestation à son encontre. Par ailleurs, d’autres mandats d’arrestation ont été émis contre l’enseignant militant Jeanty Manis et quatre autres enseignants militants. 

A l’occasion de cette Journée mondiale, les syndicats exigent le retrait de toutes les mesures répressives et demandent aux autorités judiciaires d’annuler ces mandats d’amener illégaux et politiques émis par un gouvernement criminel dans l’unique intention malsaine de persécuter et d’intimider. Ils s’adressent particulièrement au Doyen du Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince, Me Bernard Sainvil et au Commissaire Ducarmel Gabriel pour leur rappeler leur devoir d’assumer convenablement leur responsabilité citoyenne consistant, dans ce cas précis, à prononcer le mot du droit donc à casser, sans aucune forme de dilatoire, ces mandats arbitraires pour ne pas se faire complice d’un gouvernement corrompu, bandit qui continue à semer le deuil dans les familles haïtiennes en général et dans le monde de l’éducation en particulier. 

Les enseignants/tes haïtiens/nes se préparent, cette année, à commémorer dans des conditions particulièrement difficiles et douloureuses la Journée mondiale des enseignants/tes. Car, après l’assassinat du Bâtonnier en fonction Monferrier Dorval, professeur à l’Université d’Etat et de plusieurs autres enseignants et étudiants, c’est le cas de l’assassinat du jeune enseignant Grégory Saint-Hilaire, dans la journée du 02 octobre quand les gangs du pouvoir en place, habillés en policiers, ont pénétré dans l’enceinte inviolable de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) et ont assassiné ce jeune enseignant, vers les 05 heures de l’après midi, plongeant ainsi dans le deuil toute la communauté éducative.. La grande tristesse ou l’immense douleur dans laquelle nous plonge cette situation inacceptable nous interdisent de fêter comme cela se fait de par le monde. Les syndicats d’enseignants se contentent d’organiser à Port-au-Prince en particulier à l’Hôtel le Plaza une activité de réflexion sur la conjoncture et sur certains problèmes fondamentaux liés à l’éducation, à partir de 10 heures AM en vue d’un plus grand réveil de la conscience citoyenne et d’une indignation populaire encore plus remarquable. 

C’est indignant et révoltant. C’en est trop. Il nous faut agir vite et bien pour parvenir à mettre un terme à cette situation troublante et dangereuse. C’est pourquoi nous sollicitons la solidarité agissante de la communauté humaine en général et en particulier de nos collègues enseignants/tes à l’échelle mondiale pour nous aider à sortir de cette situation intenable qui a trop duré. En ce sens, le renforcement du mouvement de protestation populaire s’impose et les enseignants/es sont invités/es à se préparer pour la seconde phase du mouvement.

Pour authentification :

Magalie Georges, syndicaliste 
Josué Mérilien, syndicaliste