Perspectives

Sécurité publique : Signature d’un gros contrat du Département d’État américain avec une compagnie de sécurité ayant des connexions politiques en Haïti, révèle le Cepr


mercredi 9 septembre 2020

P-au-P, 09 sept. 2020 [AlterPresse] --- Le département d’État américain a signé un gros contrat avec une compagnie de sécurité, qui a des connexions politiques en Haïti, ont révélé Jake Johnston et Kira Paulemon du Centre de recherche économique et politique (Center for economic and policy research, Cepr), dans un article publié le 9 septembre 2020 sur le site du Cepr et consulté par l’agence en ligne AlterPresse.

Dans le cadre de son support à la Police nationale d’Haïti (Pnh), le Bureau international chargé de la lutte contre les stupéfiants et de l’application des lois a donné, en novembre 2019, un contrat de Us $73,000.00 à la Pnh, pour l’achat de kits anti-manifestation, pour le Corps d’intervention et de maintien d’ordre (Cimo), chargé de contrôler les foules, souligne l’article.

Ce contrat a été exécuté par la compagnie X-International, qui appartient à Carl Frédéric Martin, alias « Kappa », un haïtiano-américain et ancien membre de l’US Navy [1].

« L’implication de Carl Frédéric Martin dans la question de la sécurité en Haïti, particulièrement son contrat avec le département d’État, à travers son entreprise privée, est inquiétante », alerte le Centre de recherche économique et politique.

De concert avec un membre de la famille de Dimitri Hérard, commandant de l’unité spécialisée de la Police nationale d’Haïti (Unité de sécurité générale du Palais national / Usgpn), Carl Frédéric Martin a formé Haiti Ordonnance Factory S.A. (Hofsa), une compagnie « chargée de fabriquer des armes et des munitions en Haïti ».

La licence de cette compagnie a été retirée, après que l’information a été rendue publique à travers les médias.

Au cours d’une conférence de presse, le 28 mai 2020, le Bureau des avocats internationaux (Bai) a dénoncé la création de la compagnie Hofsa, dont l’autorisation de fonctionnement a été publiée en cachette, dans le journal officiel de la république d’Haïti « Le Moniteur », en date du 7 janvier 2020.

Nombreux sont celles et ceux, qui considèrent que Martin aurait distribué des armes aux mercenaires, qui ont été arrêtés en Haïti en 2019.

7 présumés mercenaires étrangers, interceptés, avec des « armes de guerre illégales », par la Police nationale d’Haïti, le dimanche 17 février 2019, dans les parages de la Banque de la république d’Haïti (Brh, la Banque centrale), à Port-au-Prince, avaient laissé le pays, sans menottes, par avion, en fin d’après-midi du mercredi 20 janvier 2019.

Dans les rues de Port-au-Prince, certains ont vu Martin, accompagné de policiers nationaux, pendant des manifestations anti-gouvernementales.

Environ une douzaine de manifestants ont été tués, à ce moment, selon les organisations de droits humains.

Cependant, « au cours de ces dernières semaines, les témoins ont rapporté avoir remarqué des armes automatiques lourdes (…) il y a des possibilités que les armes de Martin parviennent dans les mains des gangs et des groupes violents », relève le Centre de recherche économique et politique.

« Le support de l’administration Trump semble souder le réseau de corruption, qui entretient la situation d’insécurité. Cela peut avoir une conséquence mortelle pour beaucoup de gens ».

Depuis la montée de Donald Trump au pouvoir, les États-Unis ont multiplié par 4 leur support à la Pnh, poursuit-il.

Ce soutien est passé de $2,8 millions en 2016 à $12,4 millions en 2019, alors que l’institution, du haut de ces 25 ans (la Police nationale d’Haïti a été créée le 12 juin 1995), n’est pas bien financée, tandis que les employées et employés ne reçoivent pas de salaires réguliers. [mj emb rc apr 09/09/2020 16:05]

[1Créée depuis le 13 octobre 1775, représentant l’une des six composantes des Forces armées des États-Unis d’Amérique, la United States Navy ou US Navy est la marine de guerre des États-Unis. Elle est, depuis la Seconde guerre mondiale, la première force aéronavale au monde.