Perspectives

Criminalité : « Justice pleine et entière pour Me. Monferrier Dorval », exigent les avocates et avocats à la marche du jeudi 3 septembre 2020 en Haïti


vendredi 4 septembre 2020

P-au-P, 03 sept. 2020 [AlterPresse] --- A l’appel du Conseil de l’ordre des avocates et avocats de Port-au-Prince, plusieurs manifestantes et manifestants, dont beaucoup vêtus en toges, ont défilé, le jeudi 3 septembre 2020, dans les rues de Port-au-Prince et dans plusieurs autres villes du pays (Cap-Haïtien et Grande Rivière du Nord / Nord, Gonaïves / Artibonite, Port-de- Paix / Nord-Ouest, Petit-Goâve / Ouest, Jacmel / Sud-Est, Miragoane / Nippes, Jérémie / Grande Anse), en réprobation à l’assassinat, le vendredi 28 août 2020, du bâtonnier de l’ordre des avocats, Me. Monferrier Dorval, a observé l’agence en ligne AlterPresse.

« Dans une société démocratique, personne ne doit être au-dessus de la loi, La lumière doit jaillir autour de l’assassinat du bâtonnier », souhaite la nouvelle bâtonnière ad intérim de l’ordre des avocates et avocats, Marie Suzie Legros, dans un message délivré devant la Cour de Cassation, à Port-au-Prince, à la fin de la marche.

« Justice pleine et entière pour Me. Monferrier Dorval. Trop souvent, les enquêtes se poursuivent indéfiniment pour se diluer dans l’oubli et consacrer le règne de l’impunité dans le pays ».

Les enquêtes, qui prétendent aboutir, ne se déroulent que sur la condamnation des exécutants, sans jamais remonter à celles et ceux qui ont conçu, planifié et mis en route le processus criminel, a déclaré la bâtonnière ad intérim de Port-au-Prince.

Elle espère que les institutions compétentes se montreront à la hauteur et parviendront, en toute indépendance, à établir la vérité et rendre justice à Me. Monferrier Dorval (10 juin 1956 Grande Saline / Artibonite - 28 août 2020 Pèlerin-Pétionville / Ouest) et à la société toute entière.

« La vérité doit éclater intégralement », a insisté Me. Marie Suzy Legros.

Ce jeudi 3 septembre 2020, plusieurs centaines de personnes, pour la plupart des avocats et avocats, ont marché à Port-au-Prince, pour réclamer justice pour le bâtonnier de l’ordre des avocats de Port-au-Prince, Me. Monferrier Dorval, assassiné par balles, le vendredi 28 août 2020, en sa résidence, à Pèlerin 5 (Pétionville), dans la même zone où habite le président Jovenel Moïse (à l’est de la capitale).

Les avocates et avocats ont exprimé leur ras-le-bol face à l’assassinat du bâtonnier et l’insécurité grandissante à travers le pays.

« Nous pouvons avoir un président à 1,000.00 gourdes, mais nous prendrons 1,000 ans pour un avoir un Monferrier Dorval », « Justice pour la justice », « A bas l’insécurité organisée », « Ces crimes ne resteront pas impunis », « Nous voulons vivre, nous sommes fatigués de compter des cadavres », sont parmi les messages inscrits sur les pancartes des protestataires.

Les manifestantes et manifestants ont pointé du doigt Jovenel Moïse comme l’un des responsables de l’assassinat du bâtonnier de Port-au-Prince.

« Jovenel Moïse, c’est toi qui a assassiné Dorval », scandaient, à tue-tête, les avocates et avocats à cette marche, qui a également réuni d’anciens parlementaires, des représentantes et représentants de syndicats, d’organisations de droits humains et sociales.

« C’est un crime d’État. La zone, où a été assassiné Me. Dorval, est une zone placée sous haute sécurité. On ne peut pas entrer dans cette zone pour commettre un crime, sans être contrôlé par le système de sécurité, mis en place. C’est un crime d’État. Il faut aussi noter le comportement des autorités par rapport à la façon, dont ils massacrent la population », s’est exprimé Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (Rnddh).

« Nous allons lutter jusqu’au bout contre quelle que soit la personne, qui constitue un élément de blocage, en vue de trouver justice pour Me. Dorval. Nous allons nous assurer, au niveau du barreau de Port-au-Prince, que cette personne soit poursuivie pour complicité dans l’assassinat de Me. Dorval », déclare, de son côté, Me. Mario Delcy, président de la commission de protection des avocates et avocats au barreau de Port-au-Prince.

Ayant démarré devant le local du cabinet de Me. Monferrier Dorval, à la rue Rivière (Port-au-Prince), la marche s’est déroulée sans incident jusqu’au niveau du Champ-de-Mars (principale place publique dans la capitale), où les protestataires ont poursuivi leur parcours, jusqu’à la Cour de Cassation, où un message final a été délivré.

Les agents de la Police nationale d’Haïti (Pnh) sont intervenus pour maîtriser plusieurs dizaines de militants, qui tentaient de briser les grilles des ruines du Palais national (détruit dans le tremblement de terre du mardi 12 janvier 2010) et de dresser des barricades de pneus usagés enflammés.

Le feu a été tout de même mis à un arbre, situé en face du Palais national.

Les militants, qui ont installé des pierres sur le macadam, au niveau du Champ-de-Mars, ont été dispersés à coup de gaz lacrymogènes par des policiers nationaux. [mj emb rc apr 03/09/2020 19:30]

Photos : Wedly Ludger / AlterPresse