Perspectives

Haïti / Financement Bid : La Dinepa rejette les soupçons de corruption à son encontre


mercredi 26 août 2020

P-au-P, 26 août 2020 [AlterPresse] --- La Direction nationale de l’eau potable et de l’assainissement (Dinepa) rejette les informations, selon lesquelles des cas de suspicion de corruption pèseraient sur l’institution, notamment à travers le projet Port-au-Prince 3, financé à hauteur de 65 millions de dollars américains (Ndlr : US $ 1.00 = 125.00 gourdes ; 1 euro = 145.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 2.10 gourdes aujourd’hui) par la Banque interaméricaine de développement (Bid).

« Jusqu’à présent, nous sommes en conformité avec les procédures établies, permettant d’avancer avec le programme, comme souhaité », tente de rassurer le coordonnateur du projet Port-au-Prince 3, à la Dinepa, l’ingénieur-agronome Johens Martial Michel, en conférence de presse, ce mercredi 26 août 2020, à laquelle a assisté l’agence en ligne AlterPresse.

« Au niveau du projet Port-au-Prince 3, nous sommes en phase de recevoir une troisième avance de fonds. Nous n’avons pas reçu de reproches sur des cas de suspicions et de fraudes, dans la gestion du projet, par la Dinepa et surtout par la direction de l’Office régional de l’eau potable et d’assainissement de l’Ouest (Orepa Ouest) ».

« En fonction du volume de documents, soumis au bailleur, soit physiquement soit à travers l’internet, cela prend du temps pour que le bailleur puisse vérifier si un responsable d’opération a pu, peut-être, faire une erreur ou oublier un détail, avant d’affirmer que tout est correct ».

Le bailleur a lui-même son service d’audit interne, explique Johens Martial Michel.

Dans le cadre d’une opération, dès le commencement jusqu’à sa justification, tout doit passer par la « non-objection » du bailleur.

« En ce moment, le rapport de justification de dépenses, effectuées d’octobre 2019 à juin 2020, déjà soumis à la Bid depuis tantôt un mois, est en cours de traitement par les spécialistes de la Bid », lit-on dans un document de la Direction nationale de l’eau potable et de l’assainissement.

Ces explications ont été apportées après la publication de l’article intitulé « P-au-P risque une pénurie d’eau à cause de suspicions de corruption à la Dinepa », sur le site du media en ligne Ayibopost, portant la signature du journaliste Samuel Céliné.

L’article en question est « tout au point conforme aux multiples enregistrements, documents et échanges de son journaliste avec ses sources, auprès de différentes institutions citées », soutient Ayibopost, insistant sur le fait que chaque article, qu’il publie, subit un processus rigoureux de vérification avant d’être publié.

« La Banque interaméricaine de développement (Bid) refuse de renflouer les comptes de l’institution, parce que ses responsables ne parviennent pas à donner des pièces justificatives pour des millions de dollars américains, déjà décaissés pour le projet Port-au-Prince 3, qui porte une valeur totale de 65 millions de dollars américains », lit-on dans l’article d’Ayibopost.

Dans ce contexte, des employés n’auraient pas reçu leurs salaires depuis environ trois mois au sein de la Dinepa, rapporte Ayibopost.

Le titulaire de facto du Ministère des travaux publics, transports et communications (Mtptc), Nader Joicéus, a affirmé être au courant des soupçons de corruption, qui menacent de paralyser la Dinepa.

« Après l’Électricité d’Haïti, je porterai mon projecteur sur la Dinepa, et des têtes tomberont ce jour-là », prévient Nader Joicéus.

La Dinepa est également épinglée, par la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (Cscca), pour « détournement de fonds », dans le dernier rapport sur la dilapidation des fonds PetroCaribe de l’aide vénézuélienne à Haïti.

« Sur une enveloppe de 84,000,000.00 gourdes, versées à la Dinepa, pour mettre en œuvre un programme de développement, l’institution a utilisé frauduleusement 23,489,024.00 gourdes pour des dépenses de fonctionnement », a indiqué le rapport, cité par Ayibopost.

« Nous sommes régulièrement audités par la Cscca », a confié Guito Édouard, le directeur général de la Dinepa à l’agence Ayibopost.

Cependant, « des recherches, effectuées au sein de la Direction d’apurement des comptes à la Cscca, révèlent que le dernier audit de la Cour remonte à l’ère de la Centrale autonome d’eau potable (Camep) et du Service national d’eau potable (Snep). Donc, bien avant la création de la Dinepa ».

« Rien n’a été bloqué, et même les informations, faisant croire que des employés n’ont pas reçus leurs salaires, c’est du mensonge ! », réagit Guito Édouard, qui prenait part à la conférence de presse du mercredi 26 août 2020.

Il y a eu 3 mois de retard auprès du trésor public, en raison de certains croisements au niveau du trésor public. Mais, le coordonnateur général a récemment confirmé que le trésor public a géré les mois d’arriérés de salaires, explique Guito Édouard.

« Par rapport à la crise sanitaire due au Covid-19 (le nouveau coronavirus), le bureau de la Bid est fermé depuis mars 2020. On fait du télétravail, les pièces justificatives prennent un temps de traitement et de réponse. La Bid affirme que leur plus grand problème, c’est qu’elle n’est pas spécialisée dans l’urgence ».

La Dinepa n’aurait pas simplement accès au compte en banque, après avoir reçu l’autorisation du bailleur pour effectuer des dépenses.

Guito Édouard qualifie de « méchanceté ces stratagèmes, qui chercheraient à décrédibiliser les honnêtes citoyens, qui travaillent à la Dinepa ».

Il invite Ayibopost à apporter plus de preuves et à nommer les ou le cadre de la Dinepa, qui serait impliqué dans un dossier.

Au cas où les preuves lui concerneraient, Guito Édouard dit être disposé à se livrer à la justice, dans moins d’une heure de temps.

Dans le cas contraire, les lois de la république, qui régissent le fonctionnement de l’administration publique, doivent faire leur chemin, déclare-t-il.

La Dinepa promet de conduire des enquêtes, pour identifier les sources de ces fuites et prendre des sanctions, selon ce que la loi définit, au sein de l’administration publique, contre les personnes impliquées de près ou de loin.

Dans une note en date du lundi 24 août 2020, la Dinepa a déclaré avoir « réfuté catégoriquement le contenu du texte d’Ayibopost, qu’elle estime n’être pas cadré avec la réalité, tant sur le plan technique que sur le plan financier, dans le cadre des réalités de la Dinepa avec ses bailleurs ». [mj emb rc apr 26/08/2020 15:24]