Culture : Pour une protection des savoirs de la médecine traditionnelle en Haïti

P-au-P, 20 août 2020 [AlterPresse] --- Des actrices et acteurs culturels haïtiens, dont Érol Josué et Kesler Bien-Aîmé, invitent la population haïtienne à protéger les savoirs de la médecine traditionnelle en Haïti, lors d’une conférence-débats, organisée, ce jeudi 20 août 2020, par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) et à laquelle a assisté l’agence en ligne AlterPresse.

« Résistances en héritage : lieux d’expression de liberté » était le thème de cette conférence-débats du 20 août 2020, sous les auspices de l’Unesco.

L’organisation de l’habitat des Haïtiennes et Haïtiens ainsi que la disposition des arbres ont leur propre signification. Tout ceci fait également partie de la médecine traditionnelle, fait savoir le musicien et directeur général du Bureau national d’ethnologie (Bne), le houngan (chef spirituel dans le vodou ayisyen) Érol Josué.

« Heureusement que ces savoirs n’ont pas été écrits. Sinon, on nous les aurait volés. Il est important de protéger ces savoirs, pour que nous Haïtiennes et Haïtiens puissions vivre de nous-mêmes (…) ».

Par rapport à la pandémie de Covid-19 (le nouveau coronavirus), Érol Josué estime combien, aujourd’hui, certaines Haïtiennes et certains Haïtiens sont morts, en consommant de l’armoise par « excitation », sans tenir compte des doses requises ni avoir respecté la posologie transmise par les ancêtres.

Érol Josué souligne l’importance de la médecine traditionnelle dans la prise en charge des personnes handicapées.

« Nous sommes un peuple confiant, qui n’espère pas trouver de l’aide auprès de l’État ou autre. Nous faisons ce que nous avons à faire », dit-il, se vantant de la consommation quotidienne du thé dans les familles.

Érol Josué déplore l’absence de l’État au niveau de la santé, de l’éducation et de la justice.

L’Haïtienne et l’Haïtien prennent soin d’eux-mêmes. Ils ont su se protéger contre les menaces de la pandémie de Covid-19, reconnaît, de son côté, Kesler Bien-Aîmé, expert en patrimoine culturel immatériel.

« Nous n’accordons pas assez d’importance aux savoirs de la médecine traditionnelle en Haïti, aux personnes les plus âgées qui détiennent ces connaissances », regrette-t-il.

« Ces connaissances ne sont pas dans les livres. Elles n’ont pas des droits d’auteurs dessus, fort heureusement. Car, l’industrie pharmaceutique pourrait en profiter et cela appauvrirait nos porteuses et porteurs de traditions ».

Kesler Bien-Aîmé invite les gens à « décadrer les connaissances, qui nous viennent d’une globalité et qui se perdent », tout en appelant les Haïtiennes et Haïtiens à garder une position de résistance par rapport à tout ce qui vient d’ailleurs. [mj emb rc apr 20/08/2020 16:40]