Documents

Quatre grands enjeux des relations haïtiano-dominicaines sous Abinader

“Haïti a beaucoup à apprendre de ses voisins dominicains”, estime l’économiste et politologue Joseph Harold Pierre


mardi 18 août 2020

P-au-P, 18 août 2020 [AlterPresse] --- D’importantes opportunités en matières économiques, environnementales et migratoires sont à saisir par les autorités haïtiennes dans la nouvelle conjoncture qui vient de s’ouvrir en République Dominicaine voisine, avec la prise de fonction du nouveau président dominicain, Luis Abinader Corona, estime l’économiste et politologue Joseph Harold Pierre, dans un échange avec AlterPresse.

Luis Abinader Corona, du Parti révolutionnaire moderne (Prm, centre gauche) met fin à 16 années consécutives de gestion du Parti de libération dominicaine (Pld, Leonel Fernández Reyna 16 août 2004 - 16 août 2012 - qui a été préalablement président du 16 août 1996 au 16 août 2000 - ; Danilo Medina Sánchez 16 août 2012 – 16 août 2020).

Joseph Harold Pierre, qui prépare sa thèse de doctorat en science politique à la NottinghamTrent University au Royaume-Uni, souligne que « la République dominicaine est devenue une référence de développement économique et de stabilité politique dans la Caraïbe ».

« Haïti a beaucoup à apprendre de ses voisins », estime-t-il, faisant remarquer que la République Dominicaine a su « améliorer considérablement les conditions de vie de sa population », grâce à une croissance économique soutenue de 5.5% au cours des 30 dernières années, la plus élevée de la région.

L’expert en économie et politique de l’Amérique latine rappelle que plus de 50% des habitants ont intégré les classes moyennes (des gens vivant avec au moins 10 dollars par jour) au cours des 30 dernières années.

Les observations de Joseph Harold Pierre concernant les nouveaux enjeux pour Haïti dans ses relations avec la République voisine sont les suivantes :

Economie/commerce : « Il serait bon de monter une équipe compétente pour négocier avec nos voisins. Le nouveau gouvernement semble avoir une intelligence économique beaucoup plus aigue que les gouvernements du PLD. Cela dit, Abinader et son équipe, accompagnés des entrepreneurs, vont éviter de créer des troubles politiques capables de perturber les relations commerciales. Victor Bisonó qui est l’actuel Ministre du Commerce est un ardent défenseur du libéralisme économique, ce qui ne doit quand-même pas susciter des préjugés. Il faut plutôt voir comment on peut en tirer parti tout en protégeant s’il le faut certains de nos secteurs ».

Frontières/Environnement : « La Covid-19 illustre fort bien que la délimitation géographique ne peut rien contre les questions environnementales et sanitaires. Haïti doit profiter de la présence au pouvoir en République Dominicaine d’un gouvernement qui se montre ouvert à la coopération pour travailler sur le reboisement et la régénération des cours d’eau ».

Administration publique : « Le PLD, au-delà des divisions internes, a perdu le pouvoir principalement pour avoir été perçu comme un pouvoir foncièrement corrompu. La nomination de Marian German comme procureure générale de la République est le signal le plus probant de la lutte contre la corruption que compte livrer Luis Abinader. Ce message est aussi transmis par d’autres désignations telles que Victor Bisono, Miguel Ceara Hatton, Roberto Alvarez et Roberto Furcal, respectivement Ministres du Commerce, de l’économie, des Affaires étrangères, et de l’éducation, car ils sont tous des professionnels dont la compétence et l’intégrité sont unanimement reconnues dans la société dominicaine. Ainsi, Haïti pourrait apprendre des méthodes que le nouveau gouvernement va mettre en œuvre en vue de ce divorce d’avec la corruption qui est le cancer de l’administration publique haïtienne ».

Migration/culture : « C’est l’aspect le plus difficile des relations haïtiano-dominicaines. Haïti doit développer des programmes pour accompagner les migrants haïtiens en République dominicaine en vue de leur intégration. Utiliser le service des étudiants ou des organisations bien structurées comme N ap sove Ayiti (Napsa) peut être une bonne stratégie. Tout doit se penser aussi dans une logique de lutte contre la corruption, parce que la diplomatie est tout aussi, et même plus, corrompue que la partie de l’administration publique qui fonctionne en Haïti ».

Le président haïtien Jovenel Moïse a assisté, dimanche 16 août 2020, à Santo Domingo (la capitale de la République Dominicaine), à la prestation de serment du nouveau président dominicain

Luis Abinader Corona du Prm a remporté le scrutin présidentiel, dès le premier tour du 5 juillet 2020, avec 52.52 % de voix. Gonzalo Castillo du Parti de la libération dominicaine a obtenu 37.46 % de voix, alors que l’ancien président Leonel Fernandez du nouveau parti politique « Force du peuple » a eu seulement 8.90% de voix. [apr 18/08/2020 07:00]