Développement durable

Santé/Covid-19 : Haïti vit les pires crises dans son histoire économique, dixit l’économiste Fritz Alphonse Jean


vendredi 31 juillet 2020

P-au-P, 30 juillet 2020 [AlterPresse] --- La république d’Haïti est en train de connaître, actuellement, les pires crises de son histoire économique, surtout dans ce contexte de pandémie de Covid-19 (le nouveau coronavirus), relève le président de l’Institut haïtien d’observatoire de politiques publiques (Inhopp), Fritz Alphonse Jean, également ancien gouverneur de la Banque centrale (Banque de la république d’Haïti /Brh).

Jean intervenait sous le thème « Inégalités sociales et relances économiques post/Covid-19 en Haïti », lors d’un webinaire organisé, ce jeudi 30 juillet 2020, et dont des extraits ont été diffusés à l’émission FwoteLide sur AlterRadio 106.1 F.m.

Les statistiques expriment l’anéantissement presque total des couches moyennes en Haïti, en l’occurrence les professionnels, les médecins, les professeurs, les ingénieurs, etc., signale l’économiste.

Le taux de croissance économique de 2019-2020 est de -4% selon les informations de la Brh.

Ce taux avoisinait -5%, lors du tremblement de terre en 2010. Ce qui fait que « nous sommes en train de vivre un séisme économique dans le pays ».

Cette situation se détériore davantage dans le contexte de confinement, de fermeture des aéroports et de l’arrêt total des activités de certaines entreprises.

Au niveau de l’agriculture, la campagne agricole d’hiver a été perdue, à cause d’une pluviométrie irrégulière. La campagne de printemps a été totalement compromise, déplore-t-il.

Le taux de change se fixe déjà à 120.00 gourdes pour un dollar américain.

Cette situation paraît plus difficile pour les toutes celles et tous ceux, qui ne peuvent pas obtenir un ajustement de leurs salaires.

Le taux d’inflation est passé de 10.9 % en 2018 à 23.4% aujourd’hui, selon les dernières statiques de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (Ihsi), citées par l’économiste Fritz Alphonse Jean.

Le pays continue d’importer plus de 55% de ses consommations en produits de base, en grande partie auprès de la République Dominicaine.

Il y a une hausse vertigineuse des prix des produits, notamment de la marmite du riz importé.

Avant la crise de Covid-19, elle se vendait à 175.00 gourdes. Son prix a été augmenté de 100% en juillet 2020, dans la commune de Pétionville, suivant une enquête de l’Inhopp.

Le haricot noir a connu une augmentation de 285.71% en juillet 2020 contre 175 gourdes avant la crise sanitaire.

Le président de l’Inhopp souligne la nécessité de penser Haïti, à partir d’une dynamique visant à impliquer les Haïtiennes et Haïtiens de la diaspora, notamment celle des États-Unis d’Amérique et du Canada, entre autres.

Haïti devrait reconsidérer ses relations avec la Communauté des Caraïbes (Caricom) et la République Dominicaine, pour être plus forte comme pays.

L’économiste Fritz Alphonse Jean dénonce les relations dites « incestueuses » entre l’État et des entrepreneurs politiques ainsi que des groupes privilégiés du secteur privé.

Plaidoyer en faveur d’un processus de développement sur le long terme

Le président du Groupe de réflexion et d’action pour une Haïti nouvelle aux États-Unis (Grahn-Usa), Ludovic Comeau, invite les actrices et acteurs à lancer un processus de développement du pays, qui vise le long terme.

Soutenir un taux de croissance très rigoureux, créer au moins 10 à 20 mille emplois chaque année sur 10 à 20 ans, pour résoudre le problème de chômage, sont parmi les recommandations de Comeau, qui participait également au webinaire du jeudi 30 juillet 2020.

L’existence « de barrières » empêche l’investissement dans le pays, alors que le secteur privé est dans l’incapacité extrême à créer de l’emploi pour résoudre le problème du chômage criant en Haïti, constate-t-il.

« Il n’est pas facile à un investisseur de venir et de s’installer dans une branche, où il y a déjà des opératrices et opérateurs locaux qui y sont dominants. Le jeu compétitif ne se fait pas », regrette Ludovic Comeau.

Le président du Ghrahn-Usa relève également l’absence de bourse des valeurs dans le pays.

Malgré les velléités, manifestées depuis des années, cela n’a pas été fait. L’une des choses, les plus essentielles pour la favoriser, serait la transparence des données économiques. Les entreprises doivent accepter de rendre public leurs états financiers, pour investir et acheter des actions, suggère Ludovic Comeau.

Le secteur privé à une capacité productive extrêmement faible. Ce qui rend faible, voire insignifiant, le volume d’exportations par rapport au niveau de l’importation en Haïti. [mj emb rc apr 30/07/2020 19:20]