Perspectives

Haïti-Justice : Il faut empêcher l’ancien chef paramilitaire de Fraph Emmanuel Toto Constant « d’échapper à la justice », souhaite le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits humains


jeudi 30 juillet 2020

P-au-P, 29 juill. 2020 [AlterPresse] --- La haute commissaire des Nations unies aux droits humains, la Chilienne Michelle Bachelet [1] appelle à empêcher l’ancien chef des escadrons de la mort de l’organisation paramilitaire Front révolutionnaire armé pour le progrès d’Haïti, devenu Front pour l’avancement et le progrès haïtien (Fraph) [2] Emmanuel Constant, dit Toto Constant, « d’échapper à la justice », dans une déclaration dont a pris connaissance l’agence en ligne AlterPresse.

« On ne peut pas permettre aux auteurs d’actes aussi graves d’échapper à la justice », a déclaré Bachelet, soulignant combien l’impunité détruit le tissu social et entretient la méfiance au sein des communautés et à l’égard de l’État.

« Seule la lutte contre l’impunité permet d’écarter les sentiments de frustration, d’amertume et le désir éventuel de vengeance qui pourraient conduire à de nouvelles violences et atrocités », lit-on dans la déclaration de la haute commissaire des Nations unies aux droits humains.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits humains souhaite que les victimes obtiennent justice, vérité et réparations, et que leur dignité soit restaurée.

L’ancien chef paramilitaire du Front pour l’avancement et le progrès haïtien (Fraph), Emmanuel Constant, doit répondre, devant la justice, pour les horribles violations des droits humains, commises au cours des années 1990 en Haïti, exige la haute commissaire des Nations unies aux droits humains.

Expulsé des États-Unis d’Amérique, pour fraude, le 23 juin 2020, en pleine crise sanitaire due au Covid-19 (le nouveau coronavirus), et arrêté à son arrivée à Port-au-Prince, Constant a été reconnu coupable par contumace et condamné à la réclusion à perpétuité pour son implication dans le massacre de Raboteau aux Gonaïves, perpétré le 22 avril 1994, lors d’un jugement historique, en Haïti, rendu le 16 novembre 2000, rappelle la déclaration du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits humains.

Le vendredi 10 juillet 2020, la justice haïtienne a indiqué qu’elle n’arrivait pas à localiser le dossier judiciaire de Constant, lié à sa détention.

Cette absence de dossier susciterait des inquiétudes quant au fondement juridique de sa détention, et de sa possible libération. Ce qui aurait pour conséquence qu’il échappe à la justice, évoque la déclaration du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits humains.

Le Fraph, commandé par Constant, a été dénoncé pour son implication dans diverses exécutions extrajudiciaires, disparitions forcées, détentions arbitraires, des viols et d’autres innombrables actes de torture et de violence en Haïti, durant la dictature militaire (de 1991 à 1994). [emb rc apr 2/07/2020 21:30]

[1Ndlr : Après 2 mandats présidentiels (11 mars 2014 - 11 mars 2018 ; 11 mars 2006 - 11 mars 2010) au Chili, Verónica Michelle Bachelet Jeria, dite Michelle Bachelet, a pris fonction le 1er septembre 2018 comme Haut-Commissaire des Nations unies aux droits humains. Du 14 septembre 2010 au 15 mars 2013, elle a été Secrétaire générale adjointe de l’Organisation des Nations unies (Onu), chargée de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes (Onu-femmes). Du 23 mai 2008 au 10 août 2009, elle a été présidente pro tempore (littéralement « pour le moment », elle a assuré la présidence de l’Unasur chaque fois que le président de ce regroupement politique n’était pas présent) de l’Union des nations sud-américaines (Unasur).

[2Créé en 1991 par Emmanuel Constant et Louis-Jodel Chamblain, au lendemain du coup d’État militaire, qui renversa le président Jean-Bertrand Aristide, le 30 septembre 1991, le Fraph fut une organisation paramilitaire d’extrême droite, de type escadrons de la mort, qui terrorisa, avec les mêmes méthodes violentes des sinistres Tontons macoutes, la population haïtienne en commettant de nombreux crimes, exécutions sommaires, enlèvements et viols. Le Fraph a œuvré de concert avec les Forces armées d’Haïti dans leur campagne de terreur et de répression contre la population civile d’Haïti. Le Fraph fut soutenu financièrement et armé par la Central intelligence agency (Cia). La plupart des crimes de Fraph furent commis dans les quartiers les plus pauvres des villes haïtiennes, car c’était là où se concentrait la base du support populaire d’Aristide. Le Fraph participa notamment au massacre de Raboteau (un quartier au bord de la mer aux Gonaïves), perpétré le 22 avril 1994 sous la dictature militaire de Raoul Cédras. En déclarant ouvertement qu’il était à la tête d’un mouvement néo duvaliériste sous la bannière du Fraph, Emmanuel Constant a cherché à créer une façade politique pour ses activités violentes. https://fr.wikipedia.org/wiki/FRAPH