Perspectives

Élections : Appel à la vigilance face à l’avant-projet de décret électoral, transmis par le Cep démissionnaire à l’exécutif

Concert d’applaudissements suite à la démission des membres du Cep
lundi 27 juillet 2020

P-au-P, 27 juill. 2020 [AlterPresse] --- Plusieurs organisations appellent à la vigilance face à l’avant-projet de décret électoral, transmis par les membres du Conseil électoral provisoire (Cep) démissionnaire à l’exécutif, alors que d’autres minimisent le document.

L’un des porte-parole du parti politique Mouvement patriotique populaire dessalinien (Mopod), Raphaël André, dit ne pas prendre au sérieux cet avant-projet de décret électoral, dans une interview accordée à AlterRadio/AlterPresse.

Pour que le décret électoral devienne une loi électorale, il faut un parlement, fait remarquer le Mopod.

Le parti politique Mouvement populaire dessalinien déplore l’attitude des conseillères et conseillers électoraux, qui ont passé, dit-il, plus de quatre ans à recevoir l’argent de l’État, sans réaliser un travail sérieux.

Il était pourtant clair que le président Jovenel Moïse n’arrivera pas à réaliser les prochaines élections, estime le Mopod.

Les membres du Cep sont pris au piège par Jovenel Moïse, qui tenterait de réaliser un coup d’État électoral, afin de maintenir le Parti haïtien tèt kale au pouvoir, considère le parti politique Organisation du peuple en lutte (Opl), dans une déclaration à AlterRadio/AlterPresse.

Le porte-parole de l’Opl, Danio Siriak, encourage tous les secteurs de la vie nationale à rejeter toute éventuelle demande de l’exécutif, qui les inviterait à participer à la formation d’un nouveau conseil électoral.

La formation du prochain conseil électoral doit être le fruit d’une large concertation entre les forces vives du pays, à travers un accord politique, souhaite l’Opl.

Dans une note, le Collectif des citoyennes et citoyens Nou p ap dòmi reproche aux membres du Cep d’avoir transmis un document à l’exécutif, dans lequel ils ont révisé le décret électoral, avant leur départ.

Tout en invitant à la vigilance, le Collectif de citoyennes et citoyens Nou p ap dòmi demande à toutes les organisations et à tous les secteurs de la société de prendre leurs responsabilités, en ne participant à aucune décision, qui rendra encore plus difficiles les conditions de vie de la population.

L’« avant-projet de décret électoral », transmis par le Cep à l’exécutif, « ne m’engage pas », a déclaré la secrétaire générale démissionnaire de l’institution électorale, Marie Frantz Joachim, dans une note de clarification, en date du 26 juillet 2020.

Marie Frantz Joachim a rappelé avoir fait part de son retrait des séances de travail sur la révision du projet de loi électorale de 2018, transformé aujourd’hui en « avant-projet de décret électoral », par lettre acheminée aux membres du Conseil, dès le 24 juin 2020.

Elle affirme aussi avoir explicité son désaccord sur la démarche, produit des observations sur la forme et le fond du document, ainsi que des recommandations pour assurer son applicabilité, en regard de la Constitution, et parfaire sa qualité technique, dans un mémoire déposé le 8 juillet 2020 au Conseil électoral provisoire.

Divers secteurs applaudissent la démission des membres du Cep

Des organisations politiques, de droits humains, de femmes et de la société civile ont salué la démission des membres du Conseil électoral provisoire (Cep), dans un contexte de crise politique en Haïti.

La démission en bloc des huit membres sur 9 (Jean Simon Sain-Hubert avait déjà démissionné le 3 juillet 2020) du conseil d’administration du Conseil électoral provisoire (Cep), qui avaient été nommés en l’année 2016, prendra son plein effet le lundi 27 juillet 2020.

S’agit-il d’ un revers contre la frénésie électorale de Jovenel Moïse ?

Le Collectif citoyen Nou p ap dòmi exige un audit sur la gestion des membres du Conseil électoral provisoire (Cep) démissionnaire.

Pour sa part, l’organisme de droits humains Jurimédia espère que cette démission sera un signal, qui permettra le démarrage d’un processus de dialogue réel entre les actrices et acteurs de la vie nationale, dans la perspective de trouver un accord réaliste pour sortir le pays de cette impasse.

C’est un geste citoyen, qui devrait porter le pouvoir à faire retrait de ses décisions unilatérales, comme la publication illégale d’une série de décrets, souligne le directeur exécutif de Jurimédia, Abdonnel Doudou.

La démission des membres du Cep va entraver les démarches de Jovenel Moïse visant à organiser de prochaines élections, soutient Jurimédia.

Aucune condition n’est réunie, par le pouvoir en place, pour la réalisation des élections dans le pays, insiste le directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), Pierre Espérance, dans un entretien à AlterRadio/AlterPresse.

Le Rnddh appelle les actrices et acteurs nationaux à mettre de côté leurs intérêts personnels, dans l’idée d’organiser une transition, qui pourrait favoriser la relance du pays.

La crise, qui secoue actuellement le Cep, s’inscrit dans cette spirale de problèmes, qui affaiblissent les institutions et l’État lui-même, et pénalisent lourdement les populations, déplorent des organisations féministes, comme Solidarite fanm ayisyèn (Sofa), Kay fanm, Fanm Deside et le Rezo fanm nan radyo kominotè ayisyen, entre autres.

Alarmées par le contexte de crise nationale en général, les organisations féministes dénoncent aussi les velléités de vassalisation des institutions de l’État, dont le Cep en particulier.

Les organisations féministes critiquent « la démarche du président de la république, qui demande aux secteurs, ayant contribué à la désignation des membres de l’actuel Cep, de confirmer ou non ces derniers, ou de désigner de nouvelles personnalités ».

« La démarche pressante du président, envers chaque secteur séparément, relève clairement d’une inacceptable volonté de mainmise. Face à ce constat, il revient aux membres du Cep d’assumer leurs responsabilités patriotiques ». [emb rc apr 27/07/2020 12:50]