Développement durable

Éducation/Covid-19 : Risques d’échec et d’abandon scolaire anticipés pour la réouverture des classes du 10 août 2020 en Haïti

Inquiétudes sur les conditions psychologiques de stress post-traumatique et les conditions sanitaires appropriées
vendredi 24 juillet 2020

P-au-P, 23 juill. 2020 [AlterPresse] --- La réouverture officielle, fixée au lundi 10 août 2020, des classes (suspendues depuis le vendredi 20 mars 2020), dans ce contexte de Covid-19 (le nouveau coronavirus), augmenterait les risques d’échec et d’abandon scolaires anticipés, prévient le professeur Nesmy Manigat, ancien titulaire (2 avril 2014 - 23 mars 2016) du Ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle (Menfp).

Nesmy Manigat intervenait autour du livre intitulé « Haïti et le Covid-19. Des outils pour comprendre et agir », lors d’un webinaire, organisé par l’Université privée Quisqueya, le mercredi 22 juillet 2020, et dont des extraits ont été diffusés à l’émission FwoteLide sur AlterRadio 106.1 F.m.

« Le ministère de l’éducation nationale déclare vouloir récupérer 50 jours de classes, sur un total imaginaire de 120 jours, pour une année scolaire. Ce que je ne vois nulle part ailleurs », doute Nesmy Manigat.

« Même s’il y avait 50 jours à récupérer, dans quel contexte sanitaire plus de 3 millions d’élèves vont retourner en salles de classes, en 50 jours d’affilée, pour boucler une année, sans rotation, sans oublier la notation, l’évaluation et le classement, dans ces conditions psychologiques de stress post-traumatique ».

« Ils (les responsables) disent que les élèves remplissent les conditions pour pouvoir subir des épreuves. Ceci va causer plus d’échec, et cet échec scolaire va créer beaucoup plus d’abandon. A moins qu’ils s’arrangent à les faire réussir toutes et tous », avertit Nesmy Manigat.

Aucun focus-groupes n’a été fait pour demander aux élèves qu’est-ce qu’ils ont vécu depuis la suspension des activités scolaires, dues au Covid-19, le vendredi 20 mars 2020.

L’ancien titulaire du Menfp affirme n’avoir pas encore la preuve que les conditions sanitaires sont réunies pour la réouverture des classes sur le territoire national.

« En tant que membre du Partenariat mondial pour l’éducation (Pme), j’ai le privilège d’observer ce qui se passe tous les jours, à travers 69 pays qui sont membres de la communauté du Partenariat mondial de l’éducation ».

Dans cette crise de Covid-19, seulement 30% des écoles en Haïti ont une installation d’eau potable. Environ 50% d’écoles ont des toilettes fonctionnelles en Haïti, relève Nesmy Manigat.

Certains pays optent pour la rotation dans les écoles, pendant les jours de la semaine et durant les heures de la journée, soit des vacations matin et après-midi, tout en poursuivant leurs objectifs pédagogiques.

Ces pays engagent des professeurs additionnels, pour pouvoir accompagner les groupes d’élèves qui sont restés chez eux.

« Est-ce que, chez nous, les groupes d’élèves sont assez autonomes pour travailler seuls, ou est-ce qu’ils sont confiés aux parents » ?, s’interroge le professeur Nesmy Manigat.

Pour la réouverture des classes, les enseignantes et enseignants doivent se préparer académiquement et avoir des moyens économiques pour cette nouvelle normalité.

Nesmy Manigat invite les actrices et acteurs à réfléchir sur ce qu’ils peuvent apporter, pour assurer une réouverture des classes de manière responsable.

Il faut mobiliser tout le monde possible, notamment la commission municipale d’éducation, l’État central, les associations des parents d’écoles, pour repenser la nouvelle école en Haïti, tout en encadrant les réformes déjà entamées, préconise le professeur Nesmy Manigat. [mj emb rc apr 23/07/2020 20:10]