Développement durable

Covid-19 : Les décisions politiques en Haïti devraient s’inspirer de la recherche scientifique, souhaitent des professeurs haïtiens


vendredi 3 juillet 2020

P-au-P, 02 juil. 2020 [AlterPresse] --- Des professeurs haïtiens, dont Paul Antoine Bien-Aîmé, directeur de coopération à l’Université d’État d’Haïti (Ueh), et Samuel Pierre, président de l’Institut des sciences, des technologies et des études avancées d’Haïti (Isteah)/Groupe de réflexion et d’action pour une Haïti nouvelle (Grahn), souhaitent que les décisions politiques en Haïti après la pandémie de Covid-19 (le nouveau coronavirus), tiennent compte de la recherche scientifique en Haïti.

« Aujourd’hui la nature des décisions à prendre est telle, que nous ne pouvons pas les prendre uniquement en se basant sur l’intuition. L’intuition ne suffit pas », soutient le professeur Samuel Pierre, président de l’Isteah/Grahn, qui intervenait lors du lancement, ce jeudi 2 juillet 2020, d’une série de Webinaires (séminaires, durant lesquels les participantes et participants communiquent à distance, via Internet) sur la science ouverte et la recherche en Haïti, dont a pris connaissance l’agence en ligne Internet.

« Les décideurs ne consultent pas les chercheurs. Ça a été comme ça historiquement. C’est à nous de prendre des dispositions, pour que cela en soit autrement », déclare-t-il, tout en déplorant le manque de synergie entre les décideurs politiques et les chercheurs en Haïti.

Samuel Pierre espère que les politiciens vont se baser sur la recherche, les données scientifiques et probantes, s’ils souhaitent prendre des décisions judicieuses.

Les activités de recherche en Haïti sont financées par les organismes internationaux ainsi que l’État haïtien.

Mais, l’État haïtien, qui finance très peu la recherche en Haïti, a quand même adopté, le mercredi 11 mars 2020, par décrets, en Conseil des ministres, trois textes relatifs à l’enseignement supérieur et à la recherche scientifique.

Dans le champ social, la plupart des recherches émanent de la société civile. Le secteur privé est « quasi-absent » dans la recherche en Haïti.

La pandémie de Covid-19 a fait que tous les fonds disponibles sont redirigés vers la recherche d’un vaccin, relève Samuel Pierre, rappelant combien cela fait déjà 30 ans qu’on cherche un vaccin pour le Syndrome d’immuno-déficience acquise (Sida).

« La recherche de vaccins ne devrait pas monopoliser tous les fonds destinés à la recherche ».

Pour sa part, le professeur Paul Antoine Bien-Aîmé propose quatre priorités de recherche en Haïti après la pandémie de Covid-19.

Il cite l’urgence d’une connaissance scientifique de la vie ordinaire des gens du monde de l’exclusion en Haïti, la construction des savoirs locaux en tant qu’objets de recherches scientifiques à part entière, la problématique de l’accès à l’eau dans une grande partie des sections communales du pays, les risques et leur gestion en Haïti.

La réalité de l’exclusion sépare réellement le pays en deux, insiste Bien-Aîmé.

« Il existe une ignorance profonde des conditions et des modes de ce monde de l’exclusion. Les discours nationaux, les décisions et directives nationales ne s’adressent pas vraiment à ce monde de l’exclusion, non par mépris, mais par méconnaissance (...) ».

« Or, pour une parole nationale et des transformations pertinentes, il est impératif de promouvoir une connaissance rigoureuse de la vie ordinaire du monde de l’exclusion ».

Sur la construction des savoirs locaux, le professeur signale combien les Haïtiennes et Haïtiens, à travers le pays et dans des pays étrangers, ont privilégié le recours à des recettes naturelles, à la place des personnels soignants dans la médecine classique, pour lutter contre le virus de Covid-19.

Face au recours à la médecine naturelle pendant la pandémie du nouveau coronavirus, une recherche collective devrait être conduite dans des laboratoires. Ce qui permettrait de répondre à un certain nombre d’interrogations.

Il faut connaître « les effets réels de ces tisanes, des doses idéales, des effets secondaires, des contre-indications, des combinaisons possibles et déconseillées », souhaite Paul Antoine Bien-Aîmé, tout en soulignant combien la médecine traditionnelle a sauvé bien des vies.

« En Haïti, en dépit de l’état d’inorganisation de la communauté scientifique et de la faible reconnaissance de l’importance de la compétence scientifique, la science est appelée à contribuer à l’identification des priorités post/Covid-19 ».

L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) a lancé, ce jeudi 2 juillet 2020, une série de réflexions scientifiques autour du thème « Faire face à la pandémie : la science ouverte et la recherche au service de la réponse ».

Cette série de Webinaires, qui se poursuit tous les jeudis, jusqu’au jeudi 30 juillet 2020, tourne autour du rôle de la science ouverte, dans la transformation, en une opportunité, de la crise de Covid-19 en Haïti, pour mieux préparer l’avenir, précise un communiqué de l’Unesco, initiatrice de l’activité. [mj emb rc apr 02/07/2020 19:45]