Développement durable

Covid-19 : « Nous ne sommes pas encore à la fin de la crise sanitaire », dixit le docteur Junot Félix


mercredi 1er juillet 2020

P-au-P, 30 juin 2020 [AlterPresse] --- La république d’Haïti n’est pas encore arrivée à la fin de la pandémie de Covid-19 (le nouveau coronavirus), affirme le docteur Junot Félix, également professeur à l’Université d’État d’Haïti (Ueh), face aux comportements de citoyennes et de citoyens, qui tendraient à négliger les mesures barrières contre la maladie.

« Nous ne sommes pas encore à la fin de la crise sanitaire. Les responsables ont fait une gestion politique de la crise, en prenant des mesures politiques inappropriées à notre réalité », souligne Dr. Félix, qui intervenait, ce mardi 30 juin 2020, à l’émission FwoteLide sur AlterRadio 106.1 Fm.

La réouverture du pays s’inscrit dans une logique de gestion politique de la crise, par les autorités.

« Nous avons eu à peine quelques morts et des chiffres sur le nombre de personnes contaminées. Nous n’avons pas testé beaucoup de gens. Les informations, faisant croire que nous aurions atteint le pic, ne sont pas des données probantes, basées sur la réalité. Nous sommes arrivés à peine à tester 10 mille personnes sur une population, dont nul ne connaît l’estimation réelle, y compris le gouvernement. Nous n’avons pas d’informations réelles sur les villes de province. La majorité des tests ont été réalisés dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince » , déplore-t-il.

« Le gouvernement devrait parler clairement et dire qu’il a choisi l’option de la réouverture économique ».

L’épicentre de la maladie aux États-Unis d’Amérique se dirige désormais vers le Sud, dont la Californie, le Texas et la Floride.

« Cela va représenter un risque réel pour Haïti », prévient le professeur d’Université.

En 1918, la grippe espagnole a tué près de 38 millions de personnes, durant les deuxième et troisième vagues de la pandémie, mais pas durant la première.

« Si nous voulons entrer dans la réouverture économique, cela doit se faire dans la transparence de l’information. Il faut tester les gens pour permettre de faire une bonne gestion de la pandémie », recommande Dr. Junot Félix.

L’État doit également permettre aux hôpitaux publics de participer à la gestion de la pandémie. L’Hôpital général et le Sanatorium n’y sont pas impliqués, regrette le Dr. Félix, appelant aussi à une sollicitation des personnels soignants.

L’État doit réorganiser les transports publics et les marchés publics, souhaite-t-il, tout en demandant à la population de continuer à respecter les mesures barrières, notamment le lavage des mains.

Prendre un bain de soleil le matin et des protéines, manger et bien dormir, manger des fruits et légumes, pour pouvoir renforcer son système immunitaire, sont parmi les conseils prodigués par le médecin.

Pour sa part, le principal dirigeant du parti politique Inifòs, Paul Denis, dit assister à une gestion calamiteuse, par les autorités haïtiennes, de la crise sanitaire due au Covid-19.

« Je crois que nous sommes chanceux comme pays, comme peuple. L’inquiétude, liée à la mauvaise gestion de la maladie, laissait croire que les gens allaient mourir en grand nombre ».

« Le président ne peut pas essayer d’en tirer des dividendes, ni de se gratifier d’une bonne gestion de la crise sanitaire », relève Paul Denis.

Les autorités n’ont pas réellement vérifié l’application des dispositions, notamment celles liées aux transports en commun, au couvre-feu et au port du masque, entre autres.

« À part les mesures prises sur du papier, il n’y a pas eu de suivi dans la pratique. Dans l’ensemble, c’est un échec total ».

Les dispositions, permettant de trouver des soins appropriés dans les hôpitaux publics, ne sont pas mises en place. De plus, les professionnels de santé sont précautionneux face à la nocivité du virus de Covid-19, constate le parti politique Inifòs.

Le gouvernement devrait aussi contrôler les points frontaliers d’Haïti avec la République Dominicaine, pour voir si les gens, qui laissent le territoire voisin, sont porteurs du virus.

Depuis l’investiture de Jovenel Moïse, le 7 février 2017, la république d’Haïti est de plus en plus confrontée à une détérioration systématique des conditions de vie, dont une réduction drastique du pouvoir d’achat de chacune et de chacun. Les prix des produits ont également triplé.

Le parti politique Inifòs invite la communauté internationale à cesser de supporter des apprentis dictateurs, mais à penser au pays, au peuple qui vit actuellement une situation insoutenable. [mj emb rc apr 30/06/2020 19:40]