Dépêches

Haïti-Droits humains : Un sit-in contre les crimes organisés et contre la corruption, violemment dispersé par la police


lundi 29 juin 2020

P-au-P, 29 juin 2020 [AlterPresse] --- Des agents de la Police nationale d’Haïti (Pnh) ont fait usage de gaz lacrymogènes et de tirs nourris, pour disperser un rassemblement, le lundi 29 juin 2020, non loin des locaux du Ministère de la justice et de la sécurité publique (Mjsp), contre le banditisme (la multiplication des crimes organisés) et contre la corruption dans le pays, observe l’agence en ligne AlterPresse.

Une banderole a même été saisie, par la Pnh, entre les mains des organisatrices et organisateurs du rassemblement, qui tentaient de se réunir devant le Mjsp, malgré une interdiction policière.

Plusieurs des protestataires ont encore essayé de se réunir, au carrefour Tifou, à quelques metres du Mjsp.

Des agents d’unités spécialisées de la Pnh, dont le Corps d’intervention et de maintien d’ordre (Cimo) et la Brigade d’opération et d’intervention départementale (Boid), ont fait usage de gaz lacrymogènes et de tirs nourris, pour les disperser.

Ccf ak Zantray mande jistis pou Sysy ak Babas, pouvait-on lire sur une banderole déployée avant la dispersion des protestataires, réunis à l’initiative du regroupement des Petrochallengers Nou p ap dòmi.

Le vendredi 26 juin 2020, les cadavres calcinés de ces deux jeunes danseurs, Nancy Dorléan et Sébastien Jean (Sysy ak Babas), ont été découverts à Tabarre (municipalité au nord-est de la capitale, Port-au-Prince), trois jours après qu’ils ont été portés disparus (depuis le 23 juin 2020).

C’est une attaque planifiée par les autorités de l’État, de concert avec la Pnh, en vue d’empêcher les citoyennes et citoyens de faire passer leurs revendications, estime l’une des initiatrices du rassemblement de protestation, Vélina Charlier, jointe au téléphone par AlterRadio/AlterPresse.

« Nous allons revoir notre stratégie pour pouvoir continuer la mobilisation en faveur du droit à la vie », fait-elle savoir.

La dispersion de ce rassemblement de protestation, par des agents de la Pnh, est extrêmement grave, considère, pour sa part, le directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), Pierre Espérance, qui était présent dans les parages.

Les autorités ne respectent pas la vie des citoyennes et citoyens. La Police nationale d’Haïti est devenue un outil politique, utilisé contre l’exercice des droits des citoyennes et citoyens, s’élève le Rnddh, qualifiant le régime au pouvoir d’ « extrême droite ».

Il existe une insécurité d’État, qui fait plus de victimes que le virus de Covid-19, constate le Réseau national de défense des droits humains. [wl emb rc apr 29/06/2020 13:40]

Copyright photos : Stephen William Phelps (FB)