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Haïti : Peut-on continuer à formaliser l’incertitude à travers les élections ?


lundi 15 juin 2020

Par Pierre-Richard Cajuste *

Soumis à AlterPresse

Depuis deux semaines, l’Amérique est en crise. Dans la foulée d’une guerre
d’usure contre le COVID-19, l’assassinat de sang-froid de l’Afro-américain,
George Floyd, par des officiers de police blancs de la ville de Minneapolis, filmé en direct par des témoins, est venu générer une flambée d’indignation et de colère parmi toutes les catégories sociales et communautés ethniques. Les manifestations monstres ont spontanément pris naissance dans toutes les villes des Etats-Unis et dans les grandes capitales du monde.

Ce qui est intéressant dans cette histoire, c’est que l’Amérique est en pleine
année électorale. Novembre va être déterminant pour l’Administration de Donald Trump qui a choisi la confrontation avec les millions de manifestants au lieu de soutenir un discours d’unité, de sagesse et de pondération.

Mais, comment l’observateur de la scène politique haïtienne comprend la
dynamique qui se développe aux Etats-Unis et comment analyse-t-il son impact sur le cours des choses en Haïti ?

Le gouvernement de Jovenel Moïse qui table sur une réélection de Donald
Trump en novembre court le risque de déchanter. Après avoir passé presque tout son mandat à se débattre avec difficulté contre une opposition qui l’accule, Jovenel Moïse s’achemine droit vers les élections. Tout le débat tourne autour de l’échéance de son mandat présidentiel (Février 2021 versus Février 2022) bien que politiquement important, passe à côté du problème réel qui maintient encore le pays dans cette situation d’instabilité chronique.

En prenant la décision d’écrire ce texte et placer en exergue un titre aussi
choquant, je savais que plus d’un allaient tiquer. Ce que j’entends par-là est simple : la situation politique dans le pays reste un épiphénomène car la quintessence de la crise dans laquelle le pays se débat est économique. Il est facile de voir que la majorité des regroupements en lice, sur l’échiquier politique, toutes tendances confondues, ne semble pas poser le problème fondamental qui constitue tout le noeud gordien de la crise haïtienne :
▪ la lutte contre l’extrême pauvreté ;
▪ la croissance économique ;
▪ et l’établissement de l’état de droit.

Trois axes importants pour n’importe quel gouvernement soucieux de donner
une réponse aux multiples problèmes auxquels la nation se trouve confrontée. C’est précisément dans la situation d’extrême pauvreté et les conditions matérielles précaires d’existence de la grande majorité de la population haïtienne, vivant dans des situations infrahumaines qu’il faut chercher les causes profondes de cette crise presque inqualifiable dans laquelle se trouve présentement le pays.

Le degré de pauvreté d’Haïti est insupportable pour la grande majorité de la
population. D’autant que l’apparition de la pandémie du Coronavirus est venue
jeter de l’essence sur le buisson déjà ardent. Les infrastructures sanitaires étant ce qu’elles sont et la population vivant un mode de vie de promiscuité désagréable et contagieuse, on comprend qu’il ne soit pas aisé de maîtriser le virus. Actuellement le chômage frappe plus de soixante-dix (70%) de la population, et la pauvreté affecte même les classes moyennes.

Haïti une crise politique sur fond de crise économique

Cette crise politique, tout aiguë et structurelle qu’elle est, évolue sur toile de
fond économique. Les politiciens qui ne quittent pas des yeux les ors de la
présidence, le fauteuil bourré et le ton martial de l’hymne présidentiel se perdent dans la politique politicienne et ignorent les données sous-jacentes à la crise politique que le pays vit depuis très longtemps et qui ne fait que s’aggraver. Le fondement de cette crise repose sur le déséquilibre croissant entre les besoins de la population et les ressources disponibles. Surtout en ce qui concerne notre pays confronté aussi à la corruption et à une mauvaise gestion des ressources de l’État.

Le peuple est fatigué. Exténué. Peu confiant dans la volonté réelle des politiciens à changer les choses par manque de vision. Il est venu le temps de repenser la base de la production du pays et parallèlement mettre en place des politiques publiques pouvant améliorer les services sociaux de base.

L’appauvrissement continu des masses et l’incapacité à créer la richesse au
sein de la société mettent en péril les bases de la Nation. Comme conséquence, la politique reste la seule voie pour réussir, l’industrie périlleuse du succès facile. La prospérité économique d’un pays est essentielle pour satisfaire les besoins sociaux de ses citoyens. Nous avons tendance à oublier que ce qui compte en dernier ressort, c’est la qualité de la vie des gens qui dépend en grande partie du sentiment qu’ils ont d’appartenir à leur société et de leur conviction que celle-ci leur appartient également.

La question est de savoir quelles mesures nationales doivent être prises face
à cette descente aux enfers. Les Élections ?

* Diplomate
Contact : cajuste2000@yahoo.co