Perspectives

Haïti-Politique : Sous prétexte de limitation du virus de Covid-19, le décret présidentiel « arbitraire et inconstitutionnel » du 21 mai 2020, estime la Pohdh


jeudi 4 juin 2020

P-au-P, 03 juin 2020 [AlterPresse] --- La Plateforme des organisations haïtiennes de défense des droits humains (Pohdh) qualifie « d’arbitraire et d’inconstitutionnel » le décret, en date du 21 mai 2020, du président Jovenel Moïse, fixant les règles générales de protection de la population en cas de pandémie et d’épidémie.

« Ce décret présidentiel du 21 mai 2020 non seulement porte atteinte aux libertés publiques et aux droits fondamentaux du peuple haïtien, mais aussi menace les acquis démocratiques, obtenus aux prix de lourds sacrifices durant de nombreuses années, par les secteurs progressistes sur le territoire national », dénonce le Secrétaire exécutif de la Pohdh, Alermy Piervilus, interrogé, ce mercredi 3 juin 2020, à l’émission FwoteLide sur AlterRadio 106.1 Fm.

Ce décret, qui viole de nombreux principes démocratiques, a été pris sous prétexte de limiter la propagation du virus de Covid-19 (le nouveau coronavirus), sans tenir compte des parlementaires restants au sénat, malgré la situation de dysfonctionnement du parlement depuis janvier 2020.

« L’état d’urgence sanitaire n’est pas une porte ouverte pour prendre des décisions n’importe comment », met en garde la Plateforme des organisations haïtiennes de défense des droits humains, soulignant combien ce décret présidentiel du 21 mai 2020 ne reflète pas la réalité sociale.

Ce faisant, les dirigeants politiques prétendent ou font semblant d’ignorer les conditions de vie dans la population nationale.

Une famille de plus de 5 personnes n’aurait pas le droit de partager ensemble un repas ?

Les transports publics continuent de fonctionner comme auparavant...

Le gouvernement de facto de Joseph Jouthe n’a pris aucune disposition pour accompagner les transports publics dans l’adoption des gestes barri ères et d’autres dispositions de prévention de la propagation du virus de Covid-19.

« Ce décret interdit le rassemblement de plus de 5 personnes, au niveau de la justice. Comment va-t-on demander à un juge, qui gère un dossier de justice, d’organiser une audience » ?, s’interroge la Pohdh.

La Plateforme des organisations haïtiennes de défense des droits humains critique le pouvoir en place, qui ne fait montre, dit-elle, d’aucune volonté réelle pour protéger les secteurs, comme la justice, en s’autorisant des restrictions des libertés publiques et des droits fondamentauux, sous prétexte d’état d’urgence sanitaire.

Or, la légèreté du gouvernement a favorisé l’entrée du virus de Covid-19 dans les prisons.

Il y a une utilisation politicienne de la crise sanitaire, due au Covid-19, à des fins propagandistes et électoralistes (avec la distrribution de maillots à l’effigie de la femme de Jovenel Moïse, en utilisant les fonds de l’État).

Avec de tels agissements antidémocratiques, au lieu de protéger la population, le régime politique en place, qui communique par des discours créant de la confusion, a des agendas cachés.

« L’objectif, poursuivi avec le décret arbitraire et inconstitutionnel du 21 mai 2020, serait d’asseoir les velléités dictatoriales, du régime politique tèt kale au pouvoir, pour casser les potentielles mobilisations citoyennes et organisationnelles contre le mode de gestion gouvernementale, dans les différentes sphères de la gestion publique », relève la Pohdh.

Saluant les positions publiques, déjà prises par plusieurs organisations contre cette « infamie » du 21 mai 2020, la Plateforme des organisations haïtiennes de défense des droits humains appelle toutes et tous (actrices et acteurs) à faire une concertation pour exiger le retrait du décret présidentiel arbitraire et inconstitutionnel du 21 mai 2020. [mj emb rc apr 03/06/2020 20:15]