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Une Haïti rénovée : Lorsque le diamant sera désembourbé

Réflexion

Extrait du livre intitulé : Haïti, un diamant dans la boue ? [1]

Ecrit par Charles Joseph Charles

Soumis par l’auteur à AlterPresse

En nous fiant au témoignage de nos grands pères qui, eux-mêmes, le tenaient de leurs grands parents, nous pouvons dire - sans risque de nous tromper - voilà deux siècles déjà que nous gérons une Haïti de stagnation et aucun Haïtien ne saurait dire que c’est fichu !

Cependant tant et aussi longtemps que l’instabilité sévit, la situation de sous-développement d’Haïti se détériore. Haïti rétrograde. Aujourd’hui est pire que hier. La recherche d’un mieux-être se fait peu rassurante. Car, il semblerait que nous prenions un malin plaisir à maintenir le pays dans un bourbier à perpétuité faisant croire que son cas est énigmatique.

Que le cas d’Haïti soit absurde, il nous pose une question que chacun formulera d’après ses préoccupations, car la situation d’Haïti est inquiétante. Nous formulerions notre question ainsi : depuis la création de la société de l’ONU et de l’UNESCO, depuis l’invention et les progrès des moyens de transport et de télécommunication, le cosmopolitisme et l’internationalisme ont fait un bond prodigieux. C’est pour quand la migration d’Haïti vers ce monde d’épanouissement ?

Est-ce pour bientôt ou pour un lendemain un peu lointain ? Peut-être pour dans un siècle !

2004-2104, un siècle d’histoire à orienter vers le triomphe du développement intégral. L’un des échecs de la Nation haïtienne - depuis deux siècles - est l’opposition de deux cultures séparées par un fossé d’ignorance : la culture littéraire passablement développée ne prend pas en compte la culture scientifique en développement rapide à travers le monde. Un fossé d’ignorance qui fait que l’histoire d’Haïti se déroule sous le signe de l’inégalité. L’inégalité qui tend à diviser au lieu d’unifier ; inégalité qui est source de conflits ; inégalité qui viole la justice et contredit le droit élémentaire et inaliénable de chaque Haïtien à la vie.

Il faut sauver le peuple haïtien ; si ce n’est pas celui d’aujourd’hui, ce doit être obligatoirement celui de demain. Je doute parfois, écrit Albert Camus, qu’il soit permis de sauver l’homme d’aujourd’hui. Mais il est encore possible de sauver les enfants de cet homme dans leur corps et dans leur esprit. Cette phrase d’Albert me fait souvent rêver ; rêver désespérément grand pour mon pays. J’ai comme le sentiment de rêver d’une autre Haïti entrant dans son 3ème centenaire. Une Haïti nouvelle qui va prendre son élan dans l’aujourd’hui de l’Haïti bicentenaire.

Je rêve d’un avenir en dépassement au passé et surplombant le présent. Car à travers mes rêves d’avenir, je soupçonne une Haïti rénovée et innovée où les enfant abandonnés et les pauvres déshérités de la rue ne mendieront plus parce qu’ils seront pris en compte et assistés, où la justice ne sera plus vendue, mais sera rendue à qui de droit dans la mesure du possible et dans tous les domaines. Au niveau de l’emploi, il y aura équivalence entre le boulot accompli et la rémunération. Nous envisageons une Haïti nouvelle ou l’administration publique sera enfin affranchie de la corruption ; où l’investissement du secteur privé aidera à réduire le chômage et la pauvreté. Nous croyons dans un pays qui fera de la démocratie sa principale arme de combat. Une Haïti où le respect de la constitution sera une exigence des générations à venir.

Dans ce pays nouveau, la presse, dans l’exercice de sa mission, pourra jouir d’une pleine liberté, grâce à laquelle, la répression, les prises d’otage, les coups de bâton seront à jamais bannis. Nous rêvons aussi d’un pays, où nos hommes politiques épouseront résolument et patriotiquement la cause du peuple ; où les amis du changement accompagneront sincèrement le gouvernement dans ses efforts soutenus pour améliorer la situation. Un pays nouveau où la politique sera vraiment abordée comme stimulant de progrès et de développement.

Nous osons entrevoir une Haïti où sera exclue toute forme d’exclusion ; une Haïti où le rural et l’urbain se reconnaîtront complémentaires, partageant ainsi les mêmes droits d’existence. Nous présageons un pays où l’agriculture sera prospère parce que nos champs seront irrigués ; un pays où le travail organisé sera définitivement mis sur les rails, parce que l’industrialisation aura vu le jour. Nous envisageons un pays où la pensée scientifique deviendra monnaie courante parce que l’éducation sera généralisée parmi le peuple.Une Haïti où l’espérance de vie s’élèvera parce que la santé sera garantie à tout le peuple.

Alors, nous parions pour une Haïti où il n’existera point de kokorat , c’est-à -dire des gens qui cherchent leur gagne-pain dans les poubelles et dans les dépotoirs de détritus. Il en sera ainsi parce que tout le monde sera suffisamment nourri. Une Haïti où seront bannis, de nos marchés de coin de rue, les pèpè-kenedi , je veux parler des vêtements et autres produits usagés provenant de l’étranger. Nous espérons un jour avoir un pays où sera combattu toute situation d’isolement ; où s’effaceront les distances tant au niveau interne qu’externe. Un pays où les moyens modernes de communication et d’information tiendront « l’homme de la rue », au courant de tout.

Nous voulons reconstruire un pays où la sécurité sera garantie parce que la violence sera maîtrisée ; un pays où l’ordre public sera rétabli et l’anarchie abolie. Nous diagnostiquons une Haïti où la fierté perdue sera retrouvée parce que, dans le concert des nations libres et souveraines, elle aura joué valablement sa partition. Nous pronostiquons une Haïti nouvelle où l’amour du prochain et le sentiment patriotique abonderont dans le cœur de chaque citoyen haïtien. De la sorte que, main dans la main, nous avancerons dans un même chemin où la prospective anticipe et planifie le futur.

Enfin, à l’occasion de notre bicentenaire, de tout cœur, nous espérons que le pouvoir concevra des directives rédemptrices d’avenir pour notre pays. La nation haïtienne ne peut connaître un avenir brillant que dans la plénitude de son autonomie, dans l’effort de la promotion d’une existence disciplinée et rationalisée. Ces prévisions lumineuses dépendront des efforts concentrés de tous et de chacun pour les traduire en réalité. Pansons nos plaies, soignons nos blessures et luttons pour une Haïti autonome où il fera bon vivre.


[1- Publié en décembre 2003 à Montréal, Qc. Canada
- Chez CIDIHCA