A travers Haiti

Haïti/Covid-19 : Vives inquiétudes liées à la migration d’habitantes et d’habitants de Port-au-Prince vers le Sud-Est et les Nippes et vice versa


vendredi 22 mai 2020

Miragoâne et Baradères, Jacmel et Grandou / Bainet (Haïti), 21 mai 2020 [AlterPresse] --- Des associations paysannes dans les départements des Nippes (une partie du Sud-Ouest d’Haïti) et du Sud-Est, expriment leurs préoccupations, face aux va-et-vient, qu’effectuent des habitantes et habitants de Port-au-Prince dans les dits départements et vice versa, en ces temps de Covid-19 (le nouveau coronavirus).

« Notre plus grande difficulté à Baradères (Nippes), ce sont les allées et venues des personnes de Port-au-Prince, qui rentrent dans la commune, et également de celles qui quittent la commune pour se rendre à Port-au-Prince », soulève Clainor Blanc, dirigeant de la branche locale de l’organisation Tèt kole ti peyizan ayisyen, qui intervenait, ce jeudi 21 mai 2020, à l’émission FwoteLide sur AlterRadio 106.1 Fm.

Dans les transports en commun, à Baradères les gens ne portent pas de masques de protection. Sur 3 personnes à bord d’une motocyclette, seul le chauffeur porte habituellement un cache-nez.

Tèt kole ti peyizan ayisyen de Baradères déplore le fait que l’État central n’a donné aucun mot d’ordre clair, sur les directives à suivre à ce niveau.

« C’est un grand risque : si cette épidémie de Covid-19 arrive à entrer dans la zone, il va y avoir beaucoup de victimes ».

Face à cette situation, Tèt kole ti peyizan ayisyen de Baradères souligne avoir conseillé à la population de mettre en quarantaine, pendant 14 jours, les gens en provenance de Port-au-Prince, de nettoyer leurs bagages, avant de les laisser entrer à la maison.

Certains le font, d’autres non, a confié le dirigeant de Tèt kole ti peyizan ayisyen de Baradères.

A la date du mardi 19 mai 2020, 129 nouveaux cas d’infection au Covid-19 ont été confirmés dans la commune de Port-au-Prince, selon le Ministère de la santé publique et de la population (Mspp).

Mais, officiellement, la section communale de Grandou (dans l’arrondissement de Bainet / département du Sud-Est) et la commune de Baradères (Nippes) ne comptent, à date (21 mai 2020), aucun cas de nouveau coronavirus.

Exode vers la section communale de Grandou, où les habitantes et habitants recourent aux doktè fèy face à certains symptômes

« La communauté de Grandou exprime beaucoup d’inquiétudes, en considérant l’évolution des cas de contamination, dans la capitale et dans les zones avoisinantes, ainsi que la migration de certaines gens, qui viennent dans la zone », alerte Dieulpané Désir, directeur général de l’Association paysanne pour le développement de Grandou (Apdg).

Cet exode s’expliquerait par le fait que ces gens fuient la propagation du nouveau coronavirus, dans les autres villes du pays, pour aller retrouver leurs familles à Grandou.

Aucun cas de Covid-19 n’a été déclaré jusqu’ici à Grandou, une zone plutôt calme et paisible, rapporte l’Apdg.

A la section communale de Grandou, des habitantes et habitants ont ressenti des symptômes, comme de la fièvre, de la courbature, des sensations d’étouffement.

Les personnes, qui sont atteintes de ces symptômes, recourent aux doktè fèy (à la médecine naturelle traditionnelle), en prenant de la tisane, pour se rétablir.

L’État central globalement absent dans le Sud-Est...

« Nous n’avons rien vu, jusqu’à présent, des dispositions d’accompagnement des personnes infectées au virus de Covid-19, annoncées par l’État central. Ce sont, pour le moment, des Organisations non gouvernementales (Ong), qui interviennent auprès de la population du département du Sud-Est », relève l’ingénieur-agronome Pitchon Espady, coordonnateur général de la plateforme paysanne Coordination régionale des organisations du Sud-Est (Crose).

Les actions ne démontrent pas que l’État central est impliqué dans la prise en charge des personnes infectées au virus de Covid-19.

Les personnes malades gagneraient à prendre des remèdes naturels, qui peuvent leur apporter un aller mieux. Car, les appels aux services d’urgences demeurent vains, conseille la Crose.

Le personnel soignant pas suffisamment rodé, ni équipé pour faire face au Covid-19 dans les Nippes

Des interrogations pèsent sur les capacités des personnels soignants à apporter des réponses institutionnelles et adaptées, dans l’éventualité de cas d’infection au Covid-19 dans les Nippes.

« Aucune disposition n’a été prise, aucune autorité n’est venue nous parler ».

« Aucun personnel médical n’est préparé, ni équipé pour faire face à la maladie de Covid-19. Il n’y a absolument rien, comme équipements disponibles, pour éviter aux gens d’attraper la maladie », déplore Pierre Phylogène, porte-parole de la Kòdinasyon rejyonal òganizasyon nan Nip (Korenip).

La Korenip émet de sérieux doutes sur la capacité des centres hospitaliers, dans le département des Nippes, à fournir des soins adéquats aux personnes, qui seraiet infectées au Covid-19, dont celles qui nécessiteraient des dispositifs de réanimation... [mj emb rc apr 21/05/2020 19:10]