Développement durable

Santé : Des institutions et personnalités élèvent la voix contre la stigmatisation des personnes contaminées au Covid-19 en Haïti


jeudi 21 mai 2020

P-au-P, 20 mai 2020 [AlterPresse] --- Des institutions nationales, dont le Ministère de l’éducation nationale et de la formation professionnelle (Menfp) et l’organisation de la société civile Jurimédia, ainsi que le professeur et éditorialiste Roody Edmé lancent un cri d’alarme contre la stigmatisation, subie par les personnes atteintes du virus Covid-19 (le nouveau coronavirus) en Haïti.

La stigmatisation d’une personne malade pourrait la porter à avoir peur de partager les informations sur son état, souligne Miloody Vincent, responsable de communication au Menfp, qui intervenait, ce mercredi 20 mai 2020, à l’émission FwoteLide sur AlterRadio 106.1 Fm.

« Or, cacher cette information pourrait provoquer de nouvelles contaminations.
L’anticipation peut nous aider contre la maladie de Covid-19 ».

Après la sous-estimation de la maladie, la stigmatisation constitue l’un des plus grands dangers, estime Vincent, appelant les enseignantes et enseignants confinés à continuer de partager des messages de sensibilisation aux gens de leur entourage.

« Nous avons le devoir d’accompagner les personnes malades. Nous devons rester humains et ne pas nous laisser emporter par la maladie ».

Pour combattre la stigmatisation, le Menfp a cru bon de diffuser une vidéo, à travers les réseaux sociaux, pour sensibiliser la population.

Cela fait partie du plan de réponse du Menfp pour permettre aux gens de comprendre la dimension de la question, explique Miloody Vincent.

La stigmatisation fait souffrir la personne, qui en est victime, qui est rejetée et marginalisée par la société, déplore, pour sa part, le professeur et éditorialiste Roody Edmé.

Mais, la société en souffre également sans s’en rendre compte, parce que cela agit sur des enfants, des familles et même l’économie, parce que la personne a été mise à l’écart, explique Edmé.

Dans certains cas, cette situation provoque la mort chez des hommes et des femmes.

La stigmatisation s’attaque à des personnes, qui pourraient être guéries. La stigmatisation fait qu’« on ne s’attaque plus à la maladie mais à la personne », critique l’éducateur Roody Edmé, qui appelle à faire très attention à ce genre de comportements, dans ce contexte de Covid-19.

« La pandémie de Covid-19 doit être le moment de développer des solidarités, pour que nous puissions nous réjouir d’être encore en vie, grâce à notre discipline, après la pandémie », affirme Roody Edmé.

« Après le déni de la maladie, la stigmatisation c’est peut être notre plus grand défi dans la lutte contre la Covid-19 », exprime, de son côté, Abdonel Doudou, directeur exécutif de l’organisation de la société civile Jurimédia, membre de l’Observatoire citoyen pour l’institutionnalisation de la démocratie (Ocid).

« C’est fouler aux pieds le droit d’une personne, déjà en situation vulnérable ».

Ce comportement chez les gens, pendant la période de Covid-19, a été le même lors des épidémies de tuberculoses et du Syndrome d’immuno-déficience acquise (Sida), rappelle Jurimédia.

Les gens doivent grandir et comprendre que les personnes, atteintes du nouveau coronavirus, ne choisissent pas leur situation. Par conséquent, c’est une vie qui est fragilisée, avance Jurimédia.

La population est invitée à développer un minimum d’empathie et à se mettre à la place de l’autre, pour comprendre sa réalité.

L’organisation de la société civile Jurimédia déplore une déficience dans la stratégie de communication des autorités, qui ont du mal à faire comprendre à la population les réactions qu’elle doit avoir, lorsqu’il y a un cas de personne présentant des symptômes de Covid-19.

« On ne peut pas se contenter de dire seulement aux gens de se laver les mains et d’appeler un numéro, lorsqu’ils ressentent des symptômes. Cela ne suffit pas. Il faut aller un peu plus loin ».

Jurimédia critique le fait que les autorités ont choisi d’ignorer totalement les ressources disponibles, dans le pays, en médecine naturelle, à savoir les guérisseurs traditionnels, alors qu’elles n’ont pas hésiter à contacter la présidence politique de Madagascar, qui, elle-même, s’est, d’abord, entretenue avec les experts de la pharmacopée de ce pays, situé au large de la côte Sud-Est de l’Afrique.

La population haïtienne serait plus en sécurité et moins paniquée si les autorités réunissaient les experts biologistes et personnes pratiquant la médecine naturelle, dans le pays, pour communiquer sur les méthodes de prévention face au Covid-19, poursuit Jurimédia.

« Les gens paniquent, lorsqu’ils n’ont pas accès à l’information ». [mj emb rc apr 20/05/2020 19:10]