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Haïti-Coronavirus : Ce qu’on devrait éviter commence à se manifester


vendredi 20 mars 2020

Par Dr Guy Marcel Craan

Soumis à AlterPresse le 19 mars 2020

La pandémie du Covid-19 s’est transformée en crise mondiale en un peu de temps. Pour avoir une idée de cette catastrophe il suffit de regarder :
− Ses conséquences sur la finance, effondrement des marchés boursiers de l’Asie de l’Europe jusqu’en Amérique ;
− Ses effets sur l’économie (l’arrêt de l’industrie du tourisme, les faillites des compagnies de transport aérien et des industries dépendantes de ces derniers)
− La résurgence des réflexes racistes et protectionnistes
− L’égoïsme entre les pays dits alliés ou formant des unions.

Il s’agit d’une vraie crise parce que le problème est inédit. L’épidémie provoque un renversement ontologique. En temps normal on demande aux malades d’aller voir les soignants tandis qu’actuellement on recommande aux cas suspects de rester chez eux. Mon propos n’est pas de faire un discours sur le concept de crise mais plutôt d’attirer l’attention des autorités et des soit disant influenceurs qu’ils sont en train d’aggraver une catastrophe bien avant sa survenue dans le pays. Une crise peut être une opportunité, cependant les autorités doivent faire tout ce qui est de leur pourvoir pour tenir à l’écart les opportunistes de mauvais aloi. Nous avons constaté ces derniers jours une avalanche de messages venant de tout horizon allant des citoyens de bonne volonté jusqu’aux plus vilains fossoyeurs qui sont les principaux acteurs de nos malheurs. Je voudrais leur demander de réfléchir un peu sur l’incident de Limonade. La réaction de quelques énergumènes de la zone où s’est produit l’incident, le mutisme et/ou les réactions maladroites de certaines autorités démontrent que vos messages ne sont ni écoutés ni compris.

Une crise habituellement fait ressurgir les problèmes latents dans une société. Nous connaissons tous, le comportement des dirigeant de ce pays en période de crise. Point n’est besoin de rappeler que c’est le moment propice pour sortir les lois d’urgence pour échapper aux mécanismes de contrôle et piller allègrement les maigres ressources du pays, c’est le temps des appels de fonds en faveur du pays dont on sait à l’avance qu’ils seront mal dépensés et donneront peu de résultats.

On doit aussi penser aux réactions primaires de la population. J. Ruffié a écrit que l’humanité n’a pas beaucoup évolué en matière de psychologie collective. Les réactions des hommes dans toutes les sociétés face aux épidémies ont été identiques de la peste au moyen âge jusqu’à l’épidémie du VIH au vingtième siècle, rien n’a changé, les mêmes peurs, les mêmes réflexes racistes, xénophobes et imbéciles.

Les autorités nationales devraient prendre en compte cet aspect surtout que nous avons récemment fait l’expérience lors de l’épidémie de choléra. Des gens ont été tués dans le Département de la Grande Anse sous le fallacieux prétexte de simen poud kolera. Nous avons raté l’entrée inaugurale de la crise. Souvenez-vous du comportement hystérique des autorités, quand cet avion, transportant des Asiatiques, a été immobilisé sur le tarmac de l’aéroport Toussaint Louverture. Ce n’est pas nécessaire de faire une liste exhaustive des ratés, des cafouillages et autres.

L’incident de Limonade est un très mauvais précédent, les autorités ne peuvent pas se complaire dans leurs mauvaises habitudes d’être présentes où elles ne devraient pas être et absentes là où on a besoin d’elles.

Le résultat des tests du professeur s’est révélé négatif, il est traumatisé en essayant d’être un citoyen exemplaire. Il faut que les autorités judiciaires recherchent et jugent les quidams, qui ont commis une tentative d’assassinat sur le Professeur. Point n’est besoin de vous dire que si vous restez les bras croisés comme d’habitude, être un cas suspect de Covid-19 pour la population pourrait être une condamnation au lynchage. Une fois, c’est déjà trop, ce n’est pas le professeur qui devrait être dans le maquis, ce sont les voyous qui ont attenté à sa vie qui doivent être en prison. Messieurs Dames les autorités, montrez nous que vous pouvez être utiles.