Perspectives

Insécurité : Une quinzaine de morts par balles, durant le dernier weekend de février 2020, en Haïti

Des organismes de droits humains tirent la sonnette d’alarme
lundi 2 mars 2020

P-au-P, 02 mars 2020 [AlterPresse] --- Une quinzaine de personnes ont été tuées par balles, les samedi 29 février et dimanche 1er mars 2020, dans la zone métropolitaine de la capitale, Port-au-Prince, et dans la localité dénommée Savien, située à Petite Rivière de l’Artibonite, commune du département de l’Artibonite, selon les informations rassemblées par l’agence en ligne AlterPresse.

Dans la journée du samedi 29 février 2020, 4 personnes ont été tuées par balles à la rue des Miracles, au centre-ville de Port-au-Prince, alors que 4 autres ont été blessées par balles dans la population, lors d’une fusillade.

Ce sont des bandits armés, qui ont tiré en direction de ces personnes, a indiqué l’inspecteur Gary Desrosiers, porte-parole adjoint de la Police nationale d’Haïti (Pnh), dans une interview accordée à AlterRadio/AlterPresse.

3 interpellations ont été effectuées dans le cadre de ce dossier, précise Desrosiers.

4 corps sans vie ont été, entre autres, découverts dans la commune de Pétionville (à l’est de la capitale).

Ces personnes auraient trouvé la mort, lors d’un échange de tirs d’armes à feu, selon les témoignages recueillis par la Pnh auprès de riveraines et riverains.

Par ailleurs, la police nationale a procédé à l’interpellation de 5 présumés bandits, lors d’une opération menée, le samedi 29 février 2020, à Village de Dieu, au sud de la capitale.

Une centaine de policiers nationaux, de 8 unités spécialisées de la Pnh, ont été mobilisés pour conduire cette opération, qui a duré environ 9 heures de temps.

Des véhicules blindés de la Pnh ont été endommagés, lors des affrontements avec des gangs armés, rapporte Gary Desrosiers.

Parallèlement, 7 personnes ont été tuées par balles dans la localité de Savien, à Petite Rivière de l’Artibonite, lors de représailles d’un groupe d’habitants de Jean Denis, après la mort de l’un des leurs.

C’est ce qu’a fait savoir à AlterPresse Jacqueline Ozile, mairesse assesseure de la commune de Petite Rivière de l’Artibonite.

« Hier, vendredi 28 février 2020, des habitants de Jean Denis ont assassiné une personne de la localité Savien. Ce samedi (29 février 2020), un groupe venant de Jean Denis s’est rendu à Savien, tuant 7 personnes », souligne-t-elle.

Les affrontements entre des habitants de Jean Denis et ceux de Savien existent depuis plusieurs mois. Cette situation empêche les citoyennes et citoyens, à Petite Rivière de l’Artibonite, de circuler librement au carrefour Gwo chodyè, à cause des bandits de Savien, qui volent les véhicules.

« La mairie de Petite Rivière de l’Artibonite est impuissante face à ce phénomène d’insécurité, qui inquiète la population. Il est parfois même impossible de se rendre à la mairie », se désole Jacqueline Ozile.

Vives réactions du secteur de droits humains

Pour sa part, interrogé par AlterPresse, le directeur exécutif de l’organisme de promotion des droits humains et de la gouvernance démocratique, Jurimédia, Abdonel Doudou alerte sur l’entrée d’armes à feu illégales sur le territoire national, en raison d’une absence de contrôle pertinent en différents points frontaliers d’Haïti avec la République Dominicaine.

Cette situation entraîne une aggravation de l’insécurité sur le territoire national, déplore Jurimédia, qui relève une absence d’actions coordonnées au niveau de l’État, particulièrement au niveau de la force publique, pour freiner les gangs armés.

« Malgré la création de la Commission nationale de désarmement, on n’a pas l’impression qu’elle effectue un travail sérieux. Il n’y a pas eu de rapports donnés, ni de propositions faites pour freiner les gangs, déjà dénombrés dans le pays ».

De son côté, l’Organisation des citoyens pour une nouvelle Haïti (Ocnh) invite l’État haïtien à faire des droits humains un acte prioritaire et à résoudre les problèmes d’insécurité, du chômage, de la santé et de l’éducation, entre autres.

« Le nouveau gouvernement devrait être un élément pouvant apporter des pistes de solutions par rapport au phénomène de l’insécurité », souhaite Me Camille Occius, coordonnateur général de l’Ocnh, joint par AlterPresse.

Quoi qu’il en soit, l’ensemble des problèmes, auxquels fait face le pays, va au-delà d’un premier ministre et d’un gouvernement, estime l’Ocnh.

Après le Ministère de l’économie et des finances (Mef), comme titulaire ad interim depuis octobre 2019, Joseph Jouthe, jusque-là titulaire démissionnaire au Ministère de l’environnement (Mde), a été catapulté, début mars 2020, au poste de nouveau chef du gouvernement, en Haïti.

Ce choix découle de « consultations avec différents secteurs du pays », déclare le président Jovenel Moïse, sur son compte Twitter.

Jovenel Moïse appelle son « nouveau premier ministre à former, dans les meilleurs délais, un gouvernement d’ouverture et de consensus, capable de répondre aux urgences de l’heure ». [mj emb rc apr 02/03/2020 15:35]