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Petit-Goâve : La jeunesse colore l’avenir d’Haïti

Par Jacob Jean-Jacques*

Soumis à AlterPresse

Ils s’appellent Wismy et Evelt Faustin, frères, artistes et responsables D’HarmonArt Création, déjà très connu dans la cité impériale (Petit-Goâve). Ils sont les principaux initiateurs de la première édition de la vie en couleur, événement qui a rassemblé plus d’une centaine de petit-goâviens et d’amis de la culture de Port-au-Prince, au local de Café Péroni, le dimanche 19 janvier 2020.

La ville de Petit-Goâve connaît depuis quelques semaines un éveil culturel, on dirait inédit dans l’histoire de cette commune qualifiée de tombeau des arts et des sciences par Moreau de Saint-Méry. Paradoxalement, l’intérêt pour les choses de l’esprit devient de plus en plus contagieux après les trois mois de « peyi lòk » au sein d’une ville qui se nourrit encore de promesse de service électrique 24/24.

Après la 6e édition du Marathon du livre (13, 14 décembre 2019), la 6e édition de LIVAKTE camping au jardin du livre (26-29 décembre 2019), la 3e édition du « Goute Lakay » (01 janvier 2020) et la 5e édition de « Slam show » (02 janvier 2020), un nouvel événement culturel annuel, et pas des moindres, vient de s’imposer dans le calendrier de la jeunesse haïtienne : « la vie en couleur ». C’est un public de beaux jeunes gens de goût et d’esprit : écoliers, universitaires, écrivains, artistes et journalistes… la crème de la ville qui s’était réunie, au merveilleux petit local de Café Péroni, autour de la musique engagée, la littérature, la danse traditionnelle et surtout la peinture.

Une causerie a été animée par Jean Evens Eronaldo, étudiant en histoire de l’art à l’UEH sur le sujet : “ l’artiste peintre haïtien entre création et folie”. Une belle rencontre philosophique où les intervenants articulaient psychologie, esthétique et politique.

Pour le chanteur engagé Rebèl Pakamò, qui avait donné une vibrante prestation, son déplacement de Port-au-Prince pour ces genres d’activités auprès de la jeunesse de Petit-Goâve a tout son sens dans son combat. A notre question sur la réussite de son voyage à Petit-Goâve pour l’évènement, il répondra comme suit : « l’objectif de ma musique c’est d’apporter un message à la jeunesse dans un contexte bien précis de lutte de classe. Quand je vois autant de jeunes s’y accrocher ainsi, je ne puis être que satisfait tout en laissant le temps faire son travail ».

C’est avec ce même sentiment de satisfaction que le poète Ecclésiaste qui est entré dans la commune le soir de l’événement, lui qui en a été informé via Facebook : « j’ai surtout été ému devant la démonstration de création de peinture de l’artiste Wismy Faustin. La qualité de la causerie me laisse encore dans cet état de réjouissance et de grande fierté d’avoir été parmi ce beau monde » .

Evelt Faustin invite le public le 19 janvier 2021 pour la deuxième édition de la vie en couleur avec cette fois les oeuvres des enfants de la ville. « Ce ne sont pas les obstacles de financement qui nous feraient renoncer, lance-t-il. Nos amis ont collecté leurs 25 gourdes pour louer une génératrice et l’alimenter en carburant. Nous avons la fierté de produire un miracle ce soir avec nos ongles. Demain nous appartient ».

Il est à signaler que dans le domaine sociopolitique, un projet prometteur se dessine : plus d’une centaine de jeunes de la région, (dont certains résident en terre étrangère) s’engagent comme ambassadeurs de la jeunesse, histoire de constituer une alternative politique contre la corruption, l’obscurantisme et l’exclusion des jeunes sur la scène politique. Reste à voir sur le terrain cette belle composition entre opérateurs culturels et hommes politiques pour redonner la fierté à cette nation qui croupit trop longtemps dans la misère.

*Enseignant