Développement durable

Santé : Appel à une surveillance continuelle du choléra, même en cas de sa disparition en Haïti


vendredi 17 janvier 2020

P-au-P, 17 janv. 2020 [AlterPresse] --- Plusieurs médecins appelent à une surveillance continuelle du choléra, même si la maladie est en voie de disparition en Haïti.

« Il est nécessaire de continuer la surveillance du choléra sur tout le territoire national en Haïti, particulièrement dans les zones où les derniers cas de la maladie ont été enregistrés. Il faut espérer que le moment se présentera, pour que l’Etat puisse déclarer la fin du choléra en Haïti », souhaite le médecin Jean Hugues Henrys, lors d’une conférence internationale multidisciplinaire, tenue le mercredi 15 janvier 2020, et à laquelle a assisté l’agence en ligne AlterPresse.

« Le dernier cas positif de choléra en Haïti remonte au 4 février 2019. Ce qui laisserait supposer que la maladie est en situation d’élimination », souligne Drr. Jean Hugues Henrys.

Après deux ans de dénégation de l’Organisation des Nations unies (Onu) sur l’implication de casques bleus népalais dans la propagation de l’épidémie du choléra, sur le territoire national, l’Onu a fini par reconnaître son rôle dans l’introduction de cette épidémie en Haïti.

Une plainte collective a été déposée, en novembre 2011, par des victimes contre l’Organisation des Nations unies, pour dénoncer son rôle dans l’introduction, en octobre 2010, du choléra en Haïti.

Il y a une très longue histoire entre l’épidémie et le colonialisme, selon le responsable de la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (Papda), Camille Chalmers.

« Nous ne pouvons pas dissocier l’épidémie du choléra en Haïti du contexte de l’occupation onusienne. Leur traitement et leurs réactions, par rapport à la question du choléra, sont rentrés dans une relation nettement coloniale, caractérisée par le mépris et la stigmatisation, souvent accompagnés de racisme », critique Chalmers.

Face à la passivité de l’Etat haïtien, sur les demandes exprimées par les victimes du choléra, une Asosyasyon viktim kolera kafou (Asovikk) a été mise sur pied pour apporter un appui minimum à la population de Carrefour, rappelle le coordonnateur général de cette structure, Vilner Benjamin.

L’Asovikk recommande aux Nations unies d’enregistrer, entre autres, toutes les victimes de l’épidémie sur le territoire national, de prêter mains fortes aux organisations, dans l’objectif de mieux les accompagner et d’établir une bonne structure pour éradiquer complètement le choléra sur le territoire national en Haïti.

La Conférence internationale multidisciplinaire du mercredi 15 janvier 2020 a été organisée, suite à une étude intitulée « Comment répondre aux besoins des victimes du choléra ? » et conduite, en juin 2019, par Avocats Sans Frontières Canada (AsfC) et l’ l’Institut interuniversitaire de recherche et développement (Inured) .

Selon certaines autorités politiques, l’Etat haïtien n’a pas assez accompagné, avec la force nécessaire, les victimes du choléra dans leurs revendications, afin de reconnaître la responsabilité des Nations unies dans l’introduction de l’épidémie en Haïti, rapporte le journaliste Roberson Alphonse, qui a travaillé, en profondeur, sur le dossier.

« Cette conférence internationale fait acte de mémoire et permet de braquer, une nouvelle fois, les projecteurs sur la conscience nationale et internationale, et sur la gestion du dossier du choléra par les Nations unies ».

La gestion de la maladie est « scandaleuse et injuste », déplore Alphonse.

La maladie du choléra, introduite en octobre 2010, en Haiti, par des soldats de la force onusienne, a complètement disparu dans le pays, avaient affirmé les médecins Jean Hugues Henrys et Renaud Piarroux, cités dans un article du média en ligne Ayibopost.

« On n’a plus la moindre trace » de la maladie dans le pays, avait soutenu, pour sa part, Renaud Piarroux, expert du choléra, mandaté, en 2010, par le gouvernement haïtien, pour enquêter sur l’épidémie.

Plus de 800 mille personnes, infectées par le choléra, ont été enregistrés (selon une estimation de l’Organisation mondiale de la santé / Oms, remontant à août 2016), suite à l’épidémie, déclenchée, le mardi 19 octobre 2010, dans une base de l’Onu en Haïti. [rf dj emb rc apr 17/01/2020 10:45]