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Haïti : Politique de l’inimitié


mardi 3 décembre 2019

Par Pascale Romain*

Soumis à AlterPresse le 25 novembre 2019

J’emprunte ce titre à Achille Mbenbe. Jamais titre n’a aussi bien décrit la politique des pays du Nord vis-à-vis des pays du Sud. Jamais titre n’a aussi bien dit le nom de la politique que la communauté internationale à travers le Core groupe applique en Haïti.

Je sais que le monde est aujourd’hui dirigé par des cyniques qui, renonçant au bien-être des peuples, ne se soucient que des intérêts des groupes financiers et du capital. Mais chez eux, puisqu’ils pensent qu’il existe le regard de leurs concitoyens, ils sont astreints à un certain décorum.

Chez nous, puisqu’ils pensent que nous sommes une société sans regard, ils nous obligent à composer avec des brigands, des assassins, des voleurs, des affairistes de tout poil, dument identifiés par la clameur publique, dans des rapports des organisations des droits de l’homme, par des tribunaux administratifs, violant notre conscience et l’éthique.

Le dialogue inclusif qui est devenu le leitmotiv de la communauté internationale nous oblige en effet à pactiser avec ceux et celles qui violent tous azimuts les principes républicains, et ceci au nom de la démocratie. Quel paradoxe !

Il s’est tenu au Mariott Hotel un dialogue INCLUANT tous les secteurs de la vie nationale. Trop peu, selon le Core group. La solution doit inclure tout le monde comme dans un mauvais film : Pinochio, la fée Carabosse, et Alibaba.

C’est qu’il est difficile pour le Core groupe d’avouer son échec en Haïti. Il doit impérieusement nous concocter une sortie de crise par le dialogue impliquant des prévaricateurs, une sortie de crise dont il a la clé, ceci pour continuer à appliquer son agenda pour notre pays, le but étant de nous garder dans le cycle de la dépendance politique et économique.

Profondément, tout se joue autour de cela, faire qu’Haïti continue d’être la périphérie des États-Unis, son arrière-cour et la périphérie de la République Dominicaine, son marché. Peu importe le nombre de morts, peu importent les violations des principes républicains qu’il prétend défendre. Et puis quel sens aurait la mission du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (Binuh) si nous nous prenions en main ?

Aujourd’hui, les discours sur le respect des principes démocratiques ne tiennent pas la route. Car, ils ont été, souventes fois, enfreints par les tenants du pouvoir et la communauté internationale elle-même, qui a supervisé, financé maintes élections frauduleuses. Cette rhétorique ne tient pas la route, car la communauté internationale nie que Jovenel Moïse est un leader antidémocratique et antirépublicain, pour son implication dans des malversations et des crimes, et,par conséquent, il doit être mis à la disposition de la justice. Pourtant, c’est ce que le peuple réclame. Face au peuple haïtien, aujourd’hui les rois sont nus.

Le roi est nu. La communauté internationale, en faisant fi de toute pudeur (en Haïti, selon sa vision des choses, le peuple n’a pas de regard), s’expose, s’exhibe, créant une antipathie renforcée pour les États-Unis et la France. Elle antagonise nos rapports avec ces deux pays, alors que les peuples, partageant le monde, se doivent d’être solidaires et de marcher unis.

Grossièrement, les États-Unis sont revenus en Haïti en 1994. N’évaluant pas bien la situation actuelle ou étant trop obnubilés par la puissance de leurs armes, ils pensent pouvoir, sans fin, rééditer leur sombre exploit de fouler, encore une fois, le sol national comme solution de rechange.

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* Citoyenne engagée