Liberté de la Presse et Responsabilités des Médias

Intervention de Vario Sérant dans le cadre d’un panel organisé par le PNUD et l’UNESCO à l’occasion du Jour mondial de la Liberté de la Presse

Soumis à AlterPresse le 3 mai 2005

Liberté de la Presse / Historique

Historiquement, le concept de liberté de la presse a émergé dans des périodes de transition vers un espace politique plus ouvert.

Dans le cadre de cet exposé, nous faisons un coup d’œil rétrospectif sur les péripéties ayant marqué le combat en faveur de la liberté de la presse dans deux grandes démocraties, la France et les Etats-Unis d’Amérique. Nous voulons par ainsi montrer que la liberté de la presse n’est jamais acquise une fois pour toutes, mais qu’elle relève d’une lutte quotidienne.

Le cas de la France

En France, lors des premiers balbutiements de la presse, en 1631, il était assez difficile d’évoquer ce concept vu que la Gazette de Théophraste Renaudot était le seul organe existant, et de surcroît, l’organe officiel de Richelieu. Il a fallu attendre les Etats généraux de 1789 pour voir apparaître une presse libre. Celle-ci allait être rompue en Août 1792 pour réapparaître pendant dix-huit mois seulement à l’occasion de la révolution de 1848. Pendant le 19e et le 20e siècle, les différents gouvernements français ont cherché par tous les moyens à contrôler la presse. « Le contrôle de l’Etat a atteint son paroxysme dans les années 1944-1954, pendant lesquelles toute la presse a été nationalisée », souligne le journaliste et écrivain Thierry Meyssan. Le président du Réseau Voltaire rappelle que la privatisation de la presse écrite en France ne remonte qu’en 1754 (avec Pierre Mendès-France), la privatisation partielle de la radio en 1982 (avec François Mitterrand) et la privatisation partielle de la télévision en 1986 (avec Jacques Chirac).

Le cas des Etats-Unis

Aux Etats-Unis, les Pères fondateurs ont affirmé vouloir opposer la liberté à la tyrannie de la Couronne britannique. Dans le premier amendement inscrit dans le « Bill of right » du 25 septembre 1789, on peut lire ce qui suit : « Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l’établissement ou interdise le libre

exercice d’une religion, ni qui restreigne la liberté de la parole ou de la pensée, ou le droit qu’a le peuple de s’assembler paisiblement et d’adresser des pétitions au gouvernement pour la réparation des torts dont il a à se plaindre ». Malgré ces bonnes dispositions, il arrive que l’attachement à la liberté de la presse soit contesté devant les tribunaux par des particuliers, et même par le gouvernement, dans des cas d’attaques personnelles ou de menaces présumées d’atteinte à la sécurité nationale.

Problématique de la liberté de la Presse en Haïti

En Haïti, la longue tradition de régime autoritaire que connaît le pays nous incite le plus souvent à ne plancher que sur les moyens de coercition vulgaire et les pratiques millénaristes auxquelles recourent nos dirigeants, négligeant par ainsi d’autres aspects de la problématique de la liberté de la presse. Nous oublions souvent que même en temps de relative normalité et dans de grandes démocraties, les professionnels de la presse et les citoyens se doivent d’être vigilants face à l’affinement des mécanismes et techniques de contrôle de la presse, par le pouvoir politique, qui se muent souvent en censure démocratique. Celle-ci est souvent caractérisée par l’accumulation, la saturation, l’excès et la surabondance d’informations. Il est vrai que cet effort de distanciation par rapport à une conjoncture souvent rythmée par des horreurs au quotidien n’est pas chose aisée. Il suffit de rappeler, pour s’en convaincre, qu’ils sont plusieurs dizaines de journalistes et travailleurs de la presse, de générations différentes, à avoir été assassinés, maltraités, arrêtés, menacés ou contraints à l’exil en 2001, 2002 et au premier trimestre de 2003.

A qui appartiennent les médias ? Les journalistes sont-ils indépendants (libres de s’exprimer) ?

Ces deux questions reviennent souvent lorsqu’on adresse la question de la liberté de la presse. Leur simple évocation montre qu’une démarche holistique pour comprendre la problématique de la liberté de la presse ne renvoie pas seulement à des facteurs extérieurs aux médias, mais aussi à des questions structurelles propres à ces derniers.

De même, cette problématique ne devrait pas être analysée par rapport à la seule force coercitive personnifiée par l’Etat à travers les trois pouvoirs

(Exécutif, Législatif, Judiciaire), mais aussi par rapport à d’autres comme la société, le commerce, l’économique et le financier, etc.

Préalables à la liberté de la presse

La liberté de la presse est garantie par l’article 11 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, par l’article 7 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793, par l’article 19 de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, par l’article 10 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales de 1950, par les articles 28, 28-2, 28-3 et 40 de la constitution haïtienne du 29 mars 1987.

La liberté de la presse suppose le libre accès des médias et des journalistes à l’information et à leurs sources. Comme le préconise par exemple le Conseil de presse du Québec, les médias et les journalistes doivent être à l’abri de toute pratique ou intervention qui les empêche de s’acquitter de leur fonction dans la société.

Responsabilités des médias

Thomas Jefferson eut à déclarer, je cite : « S’il m’appartenait de décider si nous devrions avoir un gouvernement sans presse libre ou une presse libre sans gouvernement, c’est la seconde option que je préférerais ». Mais pour essentielle qu’elle puisse être, la liberté de la presse ne doit jamais justifier n’importe quelle pratique ou n’importe quel discours journalistique. Le corollaire de la liberté de la presse doit toujours demeurer le droit à une information correcte, rigoureuse et complète du citoyen. Ces responsabilités incombent à la fois aux journalistes et aux médias. « Le droit du public à une information de qualité apparaît alors comme le fondement de l’éthique journalistique ».

Notes bibliographiques :

http://www.reseauvoltaire.net/article14060.html

http://www.conseildepresse.qc.ca/content/_cpqdresp.htm

http://usinfo.state.gov/journals/itdhr/0297/ijdf/ijdf0297.htm

http://perso.wanadoo.fr/ch.mym.lallement/4e/ec-4e/information.htm

http://www.acrimed.org/article1793.html

RAMONET, Ignacio:La tyrannie de la communication, Ed.Galilee, Paris, 1999

GRALIP : « Presse haïtienne : trois années de turbulences », avril 2003

JESPERS, Jean-Jacques : Méthodologie du journalisme télévisuel, PUB, 1997

Constitution de la République d’Haïti 29 mars 1986

Les droits & les devoirs du journaliste Textes essentiels 2e éd actualisé et augmentée, CFPJ