Perspectives

Haïti-Carburant-Crise : Calme précaire et marge de manoeuvre de plus en plus réduite du pouvoir


mardi 17 septembre 2019

Par Gotson Pierre

P-au-P., 17 sept. 2019 [AlterPresse] --- Un calme précaire est observé, tôt dans la matinée du mardi 17 septembre 2019, au lendemain de vives tensions dans les rues de Port-au-Prince et de plusieurs villes de provinces.

Un appel à la grève, lancé par les syndicats et les mouvements sociaux, puis relayé sur les réseaux sociaux, a bloqué la circulation et les activités à travers beaucoup de départements.

La population est en colère, notamment à cause de la pénurie des carburants, une crise qui entre dans sa quatrième semaine.

Des restes de barricades sont observés sur diverses artères. La police est à pied d’oeuvre, à Port-au-Prince et en province, pour frayer un passage à des usagères et usagers de la voie publique (automobilistes et motocyclistes).

Peu de véhicules de transports en commun sont remarqués dans les rues, jonchées de fatras et de pierres.

Des gens tentent de se rendre à pied à leurs activités. Les parents montrent une certaine prudence et les enfants sont, en partie, gardés chez eux.

Violences

La journée du lundi 16 septembre 2019 a été marquée par des violences.

Au moins un jeune homme de 30 ans, dénommé Vladimir Fédé, a été tué par balle, lors des mouvements à Diquini 63 (Carrefour, municipalité au sud de la capitale). La police est pointée du doigt dans cet assassinat.

Des jets de pierres ont été lancés contre des patrouilles policières à Carrefour.

Un confrère de Radio Hozanna FM, à Jacmel (Sud-Est), a été blessé à l’arme blanche le lundi 16 septembre 2019, sur la route de Meyer.

Elmond Zidor a été attaqué, pendant que lui et plusieurs autres collègues journalistes tentaient de traverser une barricade. Le confrère reçoit actuellement des soins dans un hôpital de Jacmel.

La police n’a effectué aucune arrestation, alors que les assaillants ont été identifiés, dénonce l’Association des journalistes du Sud-Est, qui condamne, avec la dernière rigueur, cette agression.

Rendez-vous manqué

Le gouvernement du premier ministre démissionnaire, Jean-Michel Lapin, avait promis l’arrivée d’une importante cargaison de carburant pour le lundi 16 septembre 2019.

Les 555,000 barils promis ne sont finalement pas arrivés.

Les produits pétroliers attendus ne seront pas disponibles avant mardi à 16:00 (heure locale = 20:00 gmt), informe le Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement (Bmpad).

Ce rendez-vous manqué tendrait à creuser davantage la méfiance, qui s’est installée entre les autorités et la population.

Ras-le-bol

La population est très affectée par la pénurie, qui se rajoute à de multiples autres difficultés d’un quotidien, qui devient de plus en plus invivable. De 224.00 gourdes (Ndlr : US $ 1.00 = 96.00 gourdes ; 1 euro = 111.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 2.00 gourdes aujourd’hui), le gallon d’essence est passé entre 1,200.00 et 1,500.00 gourdes au marché parallèle, dans certains départements.

Il est Impossible de prévoir exactement comment évoluera cette situation, qui a provoqué un vrai ras-le-bol.

Ce qui est certain est que tout retour au calme ne sera que provisoire, tant qu’une réponse concrète ne sera pas apportée aux problèmes cuisants, que sont l’inflation galopante, la disponibilité des produits pétroliers, la stabilisation de la gourde.

Le défi du pouvoir en place est également de trouver un terrain d’entente avec l’opposition, qui se rallie, de plus en plus, autour de l’exigence de démission du président Jovenel Moise.

Quelle marge de manœuvre du pouvoir en place ?

Après plusieurs échecs à faire passer un gouvernement au niveau du parlement, celui du premier ministre nommé Fritz William Michel est, pour le moment, dans l’impasse.

L’opposition au sénat exige la mise en place d’une commission, chargée d’enquêter sur les derniers scandales de corruption, particulièrement ceux-là qui éclaboussent Fritz William Michel et quelques sénateurs de la majorité, qui auraient reçu, chacun, la somme de 100,000 USD pour la ratification de son énoncé de politique générale.

Un des grands problèmes du président Jovenel Moise aujourd’hui est qu’il semble ne plus rien diriger.

Le pouvoir est perçu, par la population, comme une structure qui s’occupe uniquement des intérêts particuliers de ses tenants. [gp apr 17/09/2019 07:00]