Développement durable

Histoire : Eduquer les jeunes sur la dictature des Duvalier, un leitmotiv de la fondation Devoir de mémoire Haïti


mercredi 26 avril 2017

P-au-P, 26 avril 2017 [AlterPresse] --- Les institutions du pays doivent inculquer, aux jeunes, les données adéquates sur l’histoire de la dictature des Duvalier (François et Jean-Claude Duvalier, 22 septembre 1957 – 7 février 1986), encourage la fondation Devoir de mémoire Haïti (Ddm-H), à l’occasion du 26 avril, journée nationale du souvenir en mémoire des victimes de la dictature des Duvalier.

« Nous voulons, à travers ces écolières et écoliers, ces jeunes qui représentent le futur, (leur) transmettre ces informations. Tant qu’on ne connaît pas son histoire, qu’on ne connaît pas son passé, on ne peut pas s’identifier à son pays », relève Marie Marguerite Bouchereau Clérié, présidente de la fondation Ddm-H, interrogée par AlterPresse.

« Si la mémoire pouvait être connue, si les jeunes pouvaient en savoir plus, sur cette histoire, et découvrir combien nous avions toutes et tous souffert, peu importe la couleur de notre peau, notre provenance et que nous partageons la même histoire, même quand elle est laide… »

Le 26 avril 1963, Franois Duvalier initia un courant de répression, qui emporta les familles de divers officiers militaires, dont François Benoît, à qui il imputa une tentative d’assassinat de son fils Jean-Claude Duvalier…

Des dizaines d’opposants présumés à la dictature de François Duvalier, en majorité des militaires et leurs familles (y compris des enfants), furent massacrés, plusieurs maisons incendiées par des hordes à la solde du dictateur.

Le 26 avril 1986, quand François Benoît et d’autres victimes du 26 avril 1963 tentèrent de rappeler l’horreur vécue, il y eut de nouveaux morts, aux abords de « Fort Dimanche » (Port-au-Prince), un centre de torture et d’extermination d’opposantes et d’opposants, sous la dicture des Duvalier. Les militaires, présents à Fort Dimanche, firent feu sur une foule qui menaçait de pénétrer dans l’enceinte de cette « caserne »…

En divers endroits, dans la capitale, Port-au-Prince, des affiches et portraits appellent les Haïtiennes et Haïtiens à se rappeler ces « horreurs » de la dictature des Duvalier pour mieux construire l’avenir.

La Fondation Devoir de mémoire-Haïti préconise d’inculquer aux jeunes, écolières et écoliers, cette tranche d’histoire, ces tragédies qui ont marqué beaucoup de générations…

« Les jeunes doivent apprendre leur histoire afin de rester plus unis et plus soudés, parce que nous sommes tous des Haïtiennes et Haïtiens. Nous avions, toutes et tous, souffert pendant la période duvaliériste. Il nous faut, toutes et tous, reconstruire ce pays, pour léguer un meilleur avenir, à nos enfants, pour que les Haïtiennes et Haïtiens se sentent chez eux », souhaite Devoir de mémoire Haïti.
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« Le 26 avril est non seulement une bonne date pour honorer la mémoire de toutes les personnes, qui ont été victimes de la barbarie des Duvalier, mais aussi pour honorer la mémoire de tous les victimes, de toutes celles et de tous ceux qui sont morts, qui sont portés disparus, de celles et ceux qui ont souffert, mais aussi de toutes les familles abandonnées, de celles et de ceux qui ont pu grandir sans le réconfort et l’affection d’un père, et tous ceux jusqu’aujourd’hui sont toujours à l’attente du retour de leur fils, ou du retour de leur père. C’est une journée symbolique » souligne Marguerite Bouchereau Clérié.

La fondation Devoir de mémoire Haïti dit regretter que les gens n’accordent pas d’importance au devoir de mémoire, au travail de mémoire. Ce qui est une tragédie.

Officiellement, aucune suite (administrative, institutionnelle, ...) n’est donnée à la date du 26 avril, qui a été consacrée « journée nationale du souvenir » par arrêté présidentiel en date du 21 avril 2015.

Or, d’après la fondation Devoir de mémoire Haïti, « la mémoire peut ressouder les liens. Elle peut réconcilier le peuple haïtien avec lui-même. Elle peut aussi nous faire sentir… comme des sœurs et des frères, avec qui partager la même douleur, la même souffrance ».

« Quel que soit le milieu social, que vous soyez paysan ou travailleur, ouvrier, intellectuel, écolier, quel que soit votre lieu d’origine, dans toutes les familles, il y a la souffrance de la perte d’un proche. La souffrance est générale ».

Tant que la période duvaliériste n’est pas enseignée correctement à l’école, les jeunes ne connaîtront pas cette tranche douloureuse de leur histoire…

Consternation, déconvenues, désillusions... chez la fondation Devoir de mémoire Haïti

« Notre déception et notre douleur, c’est que Jean-Claude Duvalier est mort, sans que rien n’ait été fait. Je reconnais que la justice dort. Nous devrions encore exercer la pression sur l’Etat, sur les autorités, pour que ce procès soit ré-ouvert. Parce que c’était une procédure entamée contre les Duvalier et consorts », regrette Marie Marguerite Bouchereau Clérié, présidente de la fondation Devoir de mémoire-Haiti.

Se donnant pour mission de « chercher la vérité, promouvoir la justice, développer la solidarité, bâtir un État de droit, préserver notre dignité », Devoir de mémoire Haïti déplore également le fait que les « consorts » des Duvalier sont devenus vieux et sont en train de mourir.

Le dossier de plaintes contre Duvalier et consorts « n’est pas plus avancé », en dépit d’une ordonnance de la cour d’appel de Port-au-Prince, pour un « supplément d’instruction », conformément aux dispositions de l’article 19 de la loi du 26 juillet 1979 sur l’appel pénal, signale l’avocat des plaignantes et plaignants, et ancien ministre de la justice, Jean Joseph Exumé.

La cour d’appel de Port-au-Prince avait, alors, désigné le juge Durin Duret Junior, en vue de poursuivre l’instruction…[jep rc apr 26/04/2017 14:10]