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États-Unis : Tendance à l’isolationnisme et moins de démocratie avec Donald Trump, prévoit l’éminent professeur François Houtart

P-au-P, 20 janv. 2017 [AlterPresse] --- « On ne peut pas s’attendre véritablement à plus de démocratie » aux États-Unis d’Amérique avec le nouveau président, Donald Trump, au pouvoir, estime l’éminent professeur à l’Institut des hautes études de l’Équateur (Iaen), François Houtart.

Il est évident que certaines libertés pourraient être mises en veilleuse, reconnaît Houtart, invité à l’émission TiChèzBa, prévue pour être diffusée les samedi 21 et dimanche 22 janvier 2017 sur la station en ligne AlterRadio (samedi : 7:00 am, 3:00 pm ; dimanche : 7:00 am, 1:00 pm, 5:00 pm).

Pour appuyer son affirmation, il évoque la manière dont Trump a envisagé sa politique pour le moment, en référence à la constitution de son cabinet, qui s’inscrit dans une perspective de mise en œuvre de « moyens très coercitifs et extrêmement négatifs sur le plan culturel ».

Le vice-président du Forum social des alternatives anticipe une politique de Trump, axée sur un rejet de l’autre, notamment sur le plan de la migration.

« Je pense qu’on doit s’attendre à des mesures d’isolement, à moins de globalisation et à un début de mouvement de recentrage des économies locales sur elles-mêmes »

Même si en soi, cette orientation ne serait pas mauvaise, elle viserait, probablement, « pour de mauvaises raisons », à renforcer la force des États-Unis d’Amérique et, par conséquent, cette conscience que ces derniers « sont la meilleure chose du monde et qu’il faut éventuellement le proposer aussi aux autres, par d’autres moyens que les moyens militaires », avance-t-il.

Donald Trump, qui a remporté l’élection américaine du 8 novembre 2016, sera investi, ce vendredi 20 janvier 2017, comme 45e président des États-Unis d’Amérique, par un juge de la Cour suprême, John Roberts.

Selon Houtart, l’élection du républicain Donald Trump, qui n’était pas attendue, révèle, à la fois, des tensions locales très profondes.

Houtart mentionne une réaction des classes sociales, de plus en plus marginalisées, notamment les petits blancs, c’est-à-dire les classes moyennes de la population blanche, qui a beaucoup perdu ces emplois, au cours des dernières années, avec l’évolution de la politique néolibérale aux Etats-Unis d’Amérique.

Ces classes ont réagi par des orientations de types racistes et anti-migration, sur lesquelles Trump a véritablement surfé pour obtenir la majorité des grands électeurs, avec l’idée qu’il faut relocaliser les activités économiques aux États-Unis, souligne-t-il.

Cette idée repose sur une conception « très isolationniste, très raciste et particulièrement négative de ce point de vue là », souligne-t-il.

Sur le plan international, Houtart ne croit pas que Trump soit l’instrument de la réduction de l’impérialisme américain, Donald Trump ayant déclaré « qu’il fallait moins d’intervention des États-Unis dans les affaires du monde, toujours dans une logique isolationniste ».

La logique de Trump est qu’il faut que les Américains soient bien chez eux et qu’ils se développent économiquement à l’intérieur du pays, peu importe ce qui se passe à l’extérieur, avance-t-il.

Cette politique est négative « mais avec quelques effets positifs. C’est probable qu’il y ait moins d’interventions, avec un effet qui pourrait être plus ou moins positif », affirme-t-il.

L’Europe est aussi affectée par des courants néolibéraux, semblables à celui de Trump, avance-t-il, tout en se référant au Brexit. [1]

« Nous avons, dans presque tous les pays européens, des gouvernements, qui sont, peut-être, parfois, nominalement socialistes, mais, en fait, qui sont des gérants du néolibéralisme », dénonce-t-il.

« Avec la croissance économique, que représente la Chine, alliée de la Russie, un nouveau pôle pourrait se constituer, dans le sens d’un monde pluri polaire, une autre manière de se situer dans le capitalisme ».

Pour le professeur, « c’est un avantage et un pas en avant » qu’il y ait un autre pôle qui se met en route, même s’il ne va pas réorienter l’économie en dehors des principes néocapitalistes.

« C’est une autre manière d’être capitaliste », insiste le professeur à l’Institut des hautes études de l’Équateur (Iaen), François Houtart. [emb rc apr 20/01/2017 12:00]


TiChèzBa, édition du 14 janvier 2017 - Invité, Jetry Dumont, blogueur, co-fondateur du site AyiboPost

Le blogueur Jetry Dumont, co-fondateur du site AyiboPost, se dit confiant dans l’avenir d’Haïti, malgré l’actuelle situation difficile au plan politique, économique et social.


[1Brexit : Le terme est utilisé pour désigner le scénario de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. C’est une expression, créée au 21e siècle et qui vient de la contraction de deux mots anglais, "British" (britannique) et "Exit" (sortie). Ce sujet fait débat au Royaume-Uni et oppose les grandes forces politiques du pays.