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Haïti-Matthew/Jérémie : Accompagner l’accouchement de 6 bébés à la lueur d’une torche

Ndlr : Dans la nuit du lundi 3 au mardi 4 octobre 2016, Marie-Lynette Casimir, la seule sage-femme de service à la maternité de l’hôpital public Saint-Antoine de Jérémie (chef-lieu du département de la Grande Anse, une partie du Sud-Ouest d’Haïti), a rassemblé toutes ses forces pour rassurer les patientes sur le point d’accoucher.

Malgré l’anxiété, la force des vents du cyclone et les eaux en crue qui atteignaient ses genoux à la salle d’accouchement, elle a pu accompagner l’arrivée de 6 bébés… à la lueur d’une torche…

Soumis à AlterPresse le 30 octobre 2016

Extraits d’un texte de la branche en Haïti du Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa) / Auteur : Vario Sérant

Les établissements de santé dévastés par l’ouragan Matthew : « Je ne pouvais pas laisser les femmes mourir »

Jérémie (Haïti), 25 octobre 2016 – Le soir où l’ouragan Matthew a frappé Haïti, Marie-Lynette Casimir, 46 ans, était la seule sage-femme de service à la maternité de l’hôpital Saint-Antoine de Jérémie. Ce serait le seul bâtiment de l’hôpital à ne pas avoir été réduit à l’état de ruines.

La tempête s’est renforcée autour de minuit, a raconté Miss Casimir.

Des rafales de plus de 200 kilomètres par heure ont secoué l’hôpital, emportant des pans de toiture. Les pluies torrentielles ont brisé des vitres et provoqué une coupure de courant.

Dans la salle d’accouchement, les eaux en crue ont atteint mes genoux. Des cris provenaient d’autres parties de l’hôpital, terrifiant les patientes.

« J’ai essayé de les rassurer », a-t-elle dit, même quand elle était, elle-même, très anxieuse.

Pourtant, « j’ai dû rester à l’hôpital pour travailler. Ma conscience professionnelle ne m’aurait pas laissée partir. Je ne saurais les laisser mourir », a-t-elle indiqué.

Cette nuit-là, Miss Casimir a accompagné l’accouchement de six bébés à la lueur d’une torche.

Elle était soulagée du fait que la maternité n’avait enregistré aucun décès, au cours de cette soirée de tous les dangers.

Des établissements de santé à réhabiliter

L´Unfpa vient d´entreprendre, conjointement avec les Ministères haïtiens de la santé et de la condition féminine, une évaluation des infrastructures sanitaires dans deux des départements les plus touchés – la Grande Anse et les Nippes (Sud-Ouest).

Ils ont également évalué les besoins en matière de santé et de sécurité des femmes et filles touchés.

Sur les 26 établissements évalués, 23 ont été touchés. Sur les 11 installations de la Grande Anse, 2 ont été complètement détruites, 2 ont été fermées. Aucune d´entre elles n´a de l´eau ni de l´électricité, mais toutes requièrent des travailleurs de santé.

Les travailleurs de santé, qui restent, font face à des défis importants.

Parmi la population touchée par l´ouragan, il y a plus de 540,000 femmes et filles en âge de procréer, qui auront besoin de soins de santé de qualité.

Dans les zones affectées, plus de 13,650 femmes enceintes sont censées accoucher au cours des trois derniers mois. 15% de ces femmes auraient besoin de soins obstétriques d´urgence pour des complications.

Les dégats sont énormes dans les départements de la Grande Anse et des Nippes.

Et les femmes, ayant accouché récemment, auront besoin de services post-partum. Certaines de ces femmes n´auront plus de maisons après leur accouchement.

Judelaine, 24 ans, a donné naissance à son premier enfant, un garçon, au centre de santé communautaire de l´Asile, dans le départment des Nippes.

Son mari, assis à côté du lit, affiche un air mêlé de joie et d´anxiété. La maisonnette du couple venait d´être détruite par l´ouragan Matthew.

Le jeune couple dort, depuis, chez quelques connaissances.

« Le vent a détruit ma maison. Il a entièrement détruit la cour », a précisé Judelaine.

Photo : Unfpa-Haïti