Subvention pour la rentrée scolaire en Haïti : Où trouver des fonds ?

Par Myrtha Gilbert *

Soumis à AlterPresse le 15 septembre 2016

1-Le gouvernement haïtien a décidé de prélever sur le FONDS DE GESTION ET DE DEVELOPPEMENT DES COLLECTIVITES TERRITORIALES (FGDCT) 350 millions de gourdes qui devraient être répartis entre 40 000 familles pauvres, à l’occasion de la rentrée des classes.

Notons que la rentrée est effective depuis le 5 septembre et que cette date a été décidée par le gouvernement lui-même. Pourquoi ce retard en matière de subvention ? Est-ce parce que ces fonds sont destinés à des gens si pauvres, qu’on peut leur offrir n’importe quoi, n’importe quand ? « Malere se krim », rappelle le proverbe haïtien.

Bref. Un tel prélèvement est effectué dans un contexte de dénuement et d’appauvrissement continu des collectivités territoriales qui n’ont obtenu jusqu’ici que des miettes du gâteau national. Cette affaire a suscité la colère des maires, des casecs, des asecs qui ont manifesté leur désapprobation au cours d’un sit-in devant les locaux de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif le 14 septembre.

2-La question qui se pose est celle-ci : Le gouvernement n’avait-il aucune alternative que celle de prélever là où il y a tellement de besoins et de précarité ? Tout porte à croire que des alternatives existent et nous ignorons le pourquoi de ce choix.
• Récemment, dans une émission radiophonique, des informations sur les montants empochés par un contractuel (de l’Etat) mensuellement, -au détriment de la collectivité- pour la gestion des chariots à l’aéroport international nous ont laissés abasourdis.
• Combien de millions sont dépensés dans l’acquisition de voitures de luxe pour des fonctionnaires de l’Etat ? Combien de milliers de dollars à titre de per diem pour des voyages improductifs ?
• Le comble, c’est la récente signature d’un contrat de construction des locaux de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif pour la bagatelle de US27 millions. Convertis en monnaie nationale, cela nous donne 1 milliard 755 millions de gourdes ! Et le pays est pauvre, sans ressources… Hélas, ce sont les priorités gouvernementales de l’heure.

Quand on choisit de construire un seul édifice pour un tel montant, il faut bien trouver plus tard, comment découvrir St Pierre pour couvrir St Paul, comme dit le vieil adage.

La liste des possibilités est sans doute bien longue, mais nous voulons nous arrêter sur des fonds expressément préposés à l’éducation.

3- Dans sa livraison du 15 septembre 2016, la rubrique LES REMOUS DE L’ACTUALITE du quotidien Le Nouvelliste fournit les données suivantes : « Appels internationaux : US 133, 343, 584.03 dollars américains récoltés pour le Psugo ». Dans le cadre des taxes devant alimenter le Fonds national d’Education FNE, il a été collecté le montant ci-dessus, pour la période allant du 15 juin 2011 au 3 juin 2016.

Ces fonds ont donc été collectés sur une période de près de 5 ans ; exactement 4 ans 11mois et 18 jours. Près de 60 mois.

4-Un petit calcul (en arrondissant à 60 mois) nous a permis de savoir que la collecte moyenne mensuelle des taxes tirées des appels internationaux se situe autour de US 2, 222, 393 (deux millions, deux cent vingt deux mille, trois cent quatre vingt treize) dollars américains.

Si nous considérons, une période de six mois, mars-août 2016 (où le gouvernement provisoire se trouve aux commandes), les fonds prélevés, sous la rubrique analysée, atteindraient environ US 13, 334, 358 (treize millions, trois cent trente quatre mille, trois cent cinquante huit) dollars américains. Convertis en gourdes, au taux actuel de G 65 pour US1, nous obtenons un montant de G 866, 733, 270 (huit cent soixante six millions, sept cent trente trois mille, deux cent soixante-dix gourdes).

C’est là que le gouvernement devrait prélever les fonds pour la subvention des familles qui doivent être assistées.

Bien entendu, la population est en attente de connaître les critères qui présideront aux choix des bénéficiaires, les mécanismes qui seront utilisés et les zones d’intervention. En attente aussi de toutes les informations relatives à la collecte globale et la gestion à date, du Fonds National d’Education (FNE).

*Enseignante, chercheure