Perspectives

Haïti-Justice : Le candidat à la présidence du Phtk, Jovenel Moïse, soupçonné d’implication dans le blanchiment d’argent


mercredi 24 août 2016

Le rapport de l’Ucref, sur Jovenel Moïse, pour des transactions financières, suspectes ou douteuses, du 5 mars 2007 au 31 mai 2013, a été acheminé, pour les suites utiles, aux autorités compétentes, dont le Parquet près le tribunal civil de Port-au-Prince, « conformément à l’article 35 de la Loi du 11 novembre 2013, relative au blanchiment et au financement du terrorisme ».

Ce rapport est rendu public, dans la presse, à l’ouverture, ce mardi 23 août 2016, de la campagne électorale, pour la présidentielle et les législatives partielles, qui prendra fin le 7 octobre 2016 à 11:59 pm.

Y aura-t-il d’autres rapports de l’Ucref sur les différents canditats en course pour la présidentielle et les législatives de 2016 ?

P-au-P, 23 août 2016 [AlterPresse] --- Jovenel Moïse, le candidat à la présidence du Parti haïtien tèt kale (Phtk de l’ancien président Joseph Michel Martelly), est soupçonné d’implication dans des activités de blanchiments des avoirs, d’après un rapport partiel de l’Unité centrale de renseignements financiers (Ucref), transmis à AlterPresse.

Jovenel Moïse aurait effectué des transactions bancaires et des acquisitions (douteuses ?), qui ne sont pas soutenues par des opérations salariales et/ou commerciales, suivant l’enquête financière menée sur l’intéressé allant de la période du 5 mars 2007 au 31 mai 2013.

Certains montants de dépôts, retracés sur les comptes de Jovenel Moïse, paraissent « évocateurs », souligne l’Ucref.

En un seul jour, soit le 21 janvier 2013, une somme de 1 million 570 mille gourdes a été déposée sur un compte commercial à la Banque populaire haïtienne (Bph), où différents montants ont été déposés du 16 janvier 2012 au 29 avril 2013.

Des dépôts journaliers, effectués sur un compte conjoint, à la Banque nationale de crédit (Bnc), des époux Jovenel Moïse et Marie Etienne Martine Joseph, s’élèvent à 5 millions 552 mille 999 dollars américains et 50 centimes, poursuit l’Ucref.

Un nombre important de chèques est émis sur un compte, ouvert au nom d’une entité commerciale, à l’ordre notamment de seulement deux (2) bénéficiaires specifiques, en l’occurrence les nommés Isonès Etienne et Winsky Knagg.

Ce sont des acquisitions et des chiffres, non soutenus par des opérations salariales et/ou commerciales, dénonce le rapport de l’Ucref, acheminé, pour les suites utiles, aux autorités compétentes, dont le Parquet près le tribunal civil de Port-au-Prince, « conformément à l’article 35 de la Loi du 11 novembre 2013, relative au blanchiment et au financement du terrorisme ».

Des informations, figurant sur un relevé d’un compte en gourdes, détenu par Jovenel Moïse à la banque commerciale Scotiabank, laissent croire que l’investigué aurait bénéficié d’un emprunt bancaire, évalué à plus d’un million de gourdes, alors que la banque, dans une correspondance adressée à l’Ucref en date du 29 juillet 2016, a évoqué qu’elle n’a accordé aucun prêt à Jovenel Moïse, selon le rapport de l’Ucref.

Les opérations de dépôt, constatées sur un des comptes en dollars américains, domiciliés à la Bnc, sont en espèces et sont très significatives. Plusieurs dépôts journaliers, mobilisant des montants très importants, dépassent le seuil exigé pour la « déclaration de provenance de fonds », ajoute l’Ucref.

Du 16 janvier 2012 au 29 avril 2013, le montant total des dépôts sur ce compte en dollars américains est estimé à 3 millions 678 mille 849.50 dollars américains.

En ce qui concerne les biens mobiliers, Jovenel Moïse, président des entreprises dénommées « Jomar Auto Parts », « Agritrans S.A » et « Comphener S.A », disposait, au préalable, dans son patrimoine, de seize (16) véhicules : douze (12) usagés et quatre (4) neufs, rappelle l’Ucref.

Il a acquis, de 2007 à 2013 (période couverte par l’investigation), vingt-neuf (29) autres véhicules, dont vingt-huit (28) neufs et un (1) usagé.

« Parmi ces acquisitions, seize (16) matériels roulants, dont quinze (15) neufs, ont été achetés en 2009. Et, parmi les véhicules neufs, onze (11) ont été enregistrés un seul et même jour, soit le 22 juillet 2009 ».

Les chiffres, relevés dans les comptes analysés, et les acquisitions de matériels répertoriées ne sont pas également soutenus par des opérations salariales et/ou commerciales, relève l’Ucref.

Au total, quatorze (14) comptes bancaires, dont Jovenel Moïse est signataire à la Banque populaire haïtienne (Bph), à la Banque nationale de crédit (Bnc), à la Banque de l’union haïtienne (Buh), à Scotiabank et à la coopérative Koperativ Tèt Ansanm pou Lavi Miyò (Kotelam), ont été passés au peigne fin par l’Unité centrale de renseignements financiers.

Jovenel Moïse a ouvert, en son nom personnel, six (6) comptes courants et deux (2) comptes conjoints avec son épouse Marie Etienne Martine Joseph, révèlent les analyses de l’Ucref.

Sur six (6) autres comptes commerciaux, deux (2) sont ouverts au nom de « Comphener S.A. », avec l’autorisation de signatures des Sieurs Jovenel Moïse, Luc Ambert Saindoux et Pierre-Richard Joseph. Deux (2) autres sont détenus au nom de « Agritrans S.A. » et cosignés par Jovenel Moïse et Pierre-Richard Joseph.

Ouverts au nom de « Jomar Auto Parts », les deux (2) derniers sont cosignés avec Marie Etienne Martine Joseph, l’épouse de Jovenel Moïse.

Le Parti haïtien tèt kale (Phtk) de Jovenel Moise se garde, pour le moment, de réagir face au rapport de l’Ucref, qui pourrait mettre à mal la participation du candidat à la prochaine présidentielle du 9 octobre 2016.

Dans la course électorale de 2015, plusieurs candidats ont été expulsés pour leur implication dans des actes répréhensibles, dont la drogue. [emb rc apr 23/08/2016 12 :00]