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Brésil : Zoom sur la crise politique

L’actuelle crise politique brésilienne, qui secoue, en 2016, l’administration politique de Dilma Rousseff, rappelle le mouvement parlementaire, qui a poussé le 32e président du Brésil Fernando Collor de Mello, à démissionner, en décembre 1992, puis à être destitué pour corruption.

Par Wooldy Edson Louidor

Bogotá, 14 avril 2016 [AlterPresse] ---À travers le monde et, en particulier en Amérique Latine, les yeux sont braqués sur le Brésil, à l’expectative de la date fatidique qui pourrait marquer la destitution de la présidente Dilma Vana Rousseff [1] : le 17 avril 2016 prochain.

L’actuelle crise politique brésilienne rappelle la première fois, en décembre 1992, qu’un président au Brésil (voire en Amérique Latine), Fernando Collor de Mello (né le 12 août 1949 à Rio de Janeiro) a été destitué pour corruption.

Tout commençait aussi à la Chambre des Députés du géant sud-américain, qui accusait Fernando Collor de Mello de corruption, le contraignant ainsi à présenter sa démission tout au début du jugement.

Cependant, l’actuelle présidente Dilma Vana Rousseff ne voudrait pas renoncer à la présidence. Elle a, plutôt, choisi de lutter contre le processus de jugement politique, en vue de sa destitution (communément appelé « impeachment »), en vue de défendre son mandat.

AlterPresse vous présente un zoom sur l’actuelle crise politique au Brésil.

Le jugement politique contre Rousseff, un processus qui avance à pas de géant

Tous les préparatifs sont faits pour juger la présidente brésilienne Dilma Rousseff : la Commission de députés, qui a été constituée ad hoc, pour étudier les graves dénonciations de corruption contre la mandataire, a donné feu vert, lundi dernier 11 avril 2016, à l’avancement du jugement politique, en approuvant cette décision par 38 voix contre 27.

Il y aurait des raisons suffisantes pour juger la présidente brésilienne pour des « crimes de responsabilité », a étayé cette Commission de parlementaires.

Désormais, la voix est libre pour que le rapport contre Rousseff soit soumis à la Chambre des Députés, au complet, pour que les députés votent en faveur ou non de l’ « impeachment ».

Au cas où au moins deux tiers de la Chambre basse (342 d’un total de 513 membres) votent en sa faveur, le dossier sera acheminé au Sénat brésilien, en vue de donner l’estocade à Rousseff.

Les dés sont jetés, et le destin de la présidente Rousseff se joue le dimanche 17 avril 2016.

Les arguments pour et contre

Le rapport, qui a été approuvé par cette Commission de députés, dénonce, de manière catégorique, « de sérieux indices d’attentats très graves et systématiques contre la Constitution » de la part de la présidente brésilienne.

Les accusations contre Rousseff ont commencé avec le scandale de corruption, dans la plus grande compagnie pétrolière brésilienne Petrobras (l’existence de commissions versées à des personnalités politiques, en échange de leur implication dans des contrats publics surfacturés, touche principalement son mouvement, le Parti des travailleurs).

Un scandale, qui a éclaboussé l’image de l’ex-président Luiz Inácio Lula da Silva (Né le 27 octobre 1945, Luiz Inácio Lula da Silva, plus connu sous le nom de Lula, a été président de la République de 2003 à 2011).

Plusieurs politiques et hauts cadres de l’administration de Rousseff ont été appréhendés ou font l’objet d’enquêtes judiciaires pour corruption, dont son mentor Lula Da Silva, que la présidente a nommé, le mercredi 16 mars 2016, comme ministre de la Présidence (une sorte de super ministre).

Nomination, que la Cour suprême du Brésil n’a pas encore approuvée, en raison des accusations de corruption pesant sur Lula da Silva.

La présidente Rousseff fait face aussi à d’autres charges, dont : l’utilisation de l’argent des banques publiques pour financer des programmes de son gouvernement et maquiller le déficit fiscal du pays ; l’utilisation de l’argent détourné de Petrobras et des travaux publics pour financer sa campagne de réélection présidentielle en 2014.

La présidente Rousseff et sa défense ont rejeté toutes ces accusations, en argumentant que ces pratiques de corruption ont eu lieu effectivement au cours des administrations antérieures et que son gouvernement n’a rien à voir avec elles.

José Eduardo Cardozo, l’avocat général de l’État brésilien (la plus importante figure de la défense de Rousseff), a fait part de « contradictions » et d’ « équivoques conceptuels » qui entacheraient le rapport susmentionné.

Une classe politique, une société et une région tout à fait polarisées

Il s’agit d’un « Coup d’état », orchestré par la droite brésilienne contre la démocratie, argumentent une bonne partie de la société civile brésilienne, des médias alternatifs (dont Telesur), des représentants de la gauche latino-américaine et un grand nombre d’associations et d’initiatives au niveau régional.

Depuis fin mars 2016, plusieurs manifestations massives ont eu lieu dans plus de 21 Etats brésiliens, dont Brasilia et Sao Paolo, en faveur de Dilma Rousseff et de Lula da Silva.

Outre « le Coup d’état », les manifestants ont dénoncé « les mensonges des médias » et « une campagne de haine » contre l’actuelle présidente.

Le dimanche 17 avril 2016, il est prévu que les Brésiliens et Brésiliennes afflueront massivement devant le Congrès National de Brasilia pour appuyer ou dénoncer le vote de censure contre la présidente Rousseff.

Des mesures de sécurité sont déjà prises pour éviter l’affrontement entre les deux camps.

Non seulement les parlementaires et la classe politique brésilienne, mais aussi la société brésilienne, dans son ensemble, sont de plus en plus polarisés dans ce contexte de l’ « impeachment ».

Le défi majeur, pour le Brésil, est de sauver non seulement la démocratie, mais surtout l’amour, la tendresse et la joie qui sont si caractéristiques de ce pays multicolore, croit, dur comme fer, un secteur de la population brésilienne.

En Amérique Latine, des présidents, tels que Nicolás Maduro (Venezuela), Evo Morales (Bolivie) et Rafael Correa (Equateur), appuient inconditionnellement la présidente Rousseff, pendant que d’autres chefs d’états gardent le silence, observe l’agence en ligne AlterPresse.

A travers la région et le continent, la droite, appuyée par l‘impérialisme étasunien, serait, de plus en plus, en train d’ourdir des complots pour destituer des dirigeants « progressistes » en Amérique du Sud, non seulement par la voie des élections (comme c’était le cas dans les comices présidentiels en Argentine et dans les suffrages législatives au Venezuela), mais surtout par d’autres manœuvres politiques, économiques et juridiques déloyales, estiment des secteurs de la gauche latino-américaine.

« Jusqu’à date, il n’existe aucune preuve qui l’incrimine, de manière personnelle et directe, dans la perpétration d’un quelconque délit », désapprouve, dans un communiqué, publié le mardi 12 avril 2016, l’Union des Nations Sud-américaines (Unasur) qui manifeste son désaccord contre la décision de la Commission de la Chambre des Députés du Brésil d’avancer dans le processus de destitution de la présidente Rousseff.

L’organisme sud-américain a qualifié cette décision de « motif de sérieuse préoccupation pour la sécurité juridique du Brésil et de la région ».

Des questions sans réponses

Des questions restent sans réponses.

Que se passera-t-il ce dimanche 17 avril 2016 ?

Au cas où la Chambre des Députés vote en faveur de l’ « impeachment », quelles seraient les stratégies politiques, que la présidente Rousseff adoptera, pour éviter au Sénat un vote favorable à sa destitution ?

Quel sera l’impact d’une éventuelle destitution de Rousseff sur l’économie du Brésil, faisant face actuellement au taux le plus haut d’inflation (de l’ordre de 10%) depuis 12 ans ?

Quel sera l’effet économique sur l’Amérique latine, puisque le Brésil est la plus grande économie de la région ? Quelles incidences sociales et politiques sur la région, particulièrement la veille des Jeux olympiques de Rio (du vendredi 5 au dimanche 21 août 2016 à Rio de Janeiro) ? [wel rc apr 14/042016 11:40]


[1Née le 14 décembre 1947 à Belo Horizonte, Dilma Vana Rousseff, est une économiste et femme d’État brésilienne. Elle est la fille de Dilma Jane Silva et de l’avocat et homme d’affaires bulgare Pedro Rousseff, sympathisant du mouvement communiste bulgare, qui a émigré en France en 1929, où il vécut jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est pour cette raison que le nom de famille est transcrit à la française. Il s’installa ensuite en Argentine en 1944, et peu après au Brésil, où il épousa Dilma Jane da Silva avec qui il eut trois enfants : Igor, Dilma et Zana. Lors de sa campagne présidentielle en 2010, Dilma Vana Rousseff laissa entendre, devant la Confédération israélite du Brésil, que sa grand-mère maternelle était juive.

Pendant la dictature militaire, Dilma Rousseff intègre le commando de libération nationale, mouvement de résistance, devenu plus tard le VAR Palmares. Arrêtée en 1970, elle est torturée pendant vingt-deux jours, puis condamnée par un tribunal militaire et détenue trois ans jusqu’en 1973. À l’époque de sa détention, elle est surnommée la « Jeanne d’Arc de la guérilla », en raison de son poids idéologique dans le mouvement. En décembre 2006, elle obtient une indemnisation.

À la fin des années 1970, elle épouse un autre membre du mouvement guérillero, Carlos Franklin Paixão de Araújo, avec qui elle a une fille, et s’installe avec lui dans l’État du Rio Grande do Sul.

En 1977, elle obtient un diplôme de l’École de sciences économiques de l’université fédérale du Rio Grande do Sul. / Source : wikipédia