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Haïti-Elections : L’économiste Junia Barreau plaide en faveur d’une vérification en profondeur

P-au-P, 18 déc. 2015 [AlterPresse] --- L’économiste et observatrice de la politique haitienne Junia Barreau souhaite une vérification en profondeur des élections du 9 août et du 25 octobre 2015 et considère la mise en place par l’exécutif de la commission d’évaluation électorale comme « une mauvaise plaisanterie ».

Il ne peut y avoir d’évaluation sans une vérification générale et en profondeur, depuis les élections du 9 août jusqu’à celles réalisées le 25 octobre, exige Junia Barreau, invitée à l’émission Ti chèz ba, prévue pour être diffusée samedi et dimanche sur la station en ligne AlterRadio [1].

Ce serait une grave erreur de s’arrêter seulement aux élections du 25 octobre en ignorant celles du 9 août 2015, met-elle en garde.

« Aucune commission ne peut faire un travail réel si elle n’a pas une indépendance par rapport au gouvernement ».

Par arrêté présidentiel en date du mercredi 16 décembre, le chef de l’Etat, Michel Joseph Martelly a formé une commission présidentielle, dénommée « Commission d’évaluation électorale », chargée de prendre toutes les dispositions nécessaires, en vue d’évaluer le processus électoral.

Pour dénoncer le refus de l’institution électorale de mettre sur pied une commission électorale indépendante pour évaluer les élections du 25 octobre, jugées frauduleuses, l’opposition annonce une nouvelle manifestation pour le 27 décembre.

L’ancien président du Sénat, Dieusseul Simon Desras fait état de pots-de-vin, qu’auraient reçus trois conseillers électoraux, notamment Yolette Mengual, Lourdes Edith Delouis et Vijonet Démérot, de la part de certains candidats, en vue de proclamer la victoire électorale de ces derniers.

Junia Barreau encourage la population à continuer de dénoncer dans les médias les dérives, notamment celles du Conseil électoral provisoire (Cep) qui est devenu « une commission aux enchères privées ».

C’est la première fois que la corruption s’étale aussi clairement dans le pays, fustige-t-elle.

« Nous vivons une situation qui représente un tournant dans le pays » où « les choses sont extrêmement complexes », signale-t-elle soulignant qu’il existe deux voies possibles, l’une qui mène vers plus d’ouverture et l’autre vers un recul, c’est-à-dire vers plus d’autoritarisme.

Critiquant le secteur démocratique qui est morcelé et qui n’arrive pas à comprendre les enjeux réels, l’économiste appelle à l’union, le divorce avec la rancune et les disputes individuelles non essentielles qui ne tiennent pas compte des intérêts de la nation.

« La seule solution qu’on a pour le moment, est que ces groupes s’unissent pour proposer une alternative réelle au pays », estime-t-elle.

Elle souhaite que « les intérêts privés soient bien dirigés, orientés et bien ancrés dans les intérêts communs afin de servir de moteur pour développement d’un pays ».

Par ailleurs, elle a profité pour dénoncer un projet de loi gouvernementale, entaché de failles, visant à permettre l’exploitation des ressources minières, estimées à des milliards de dollars.

« Ce serait une catastrophe pour le pays » au cas où ce projet de loi serait adopté, met-elle en garde en attirant l’attention sur un certain capitalisme financier qui ambitionne de faire main basse sur les ressources minières d’Haïti. [emb apr 18/12/2015 16 : 10]


[1Samedi : 07:00, 15:00 ; dimanche : 07:00, 13:00, 17:00